MYTHES ET LÉGENDES D’UNE CRÉATURE MYSTÉRIEUSE

LICORNES !

Même si vous pensez tout savoir sur la licorne, l’exposition au musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge à Paris (en coproduction avec GrandPalaisRmn et le musée Barberini de Potsdam, en Allemagne), « LICORNES ! » peut encore vous surprendre avec une centaine d’œuvres et d’objets d’art fabuleux qui retracent l’histoire de la représentation des licornes, de 2000 avant J.-C. jusqu’à aujourd’hui.

Musée de Cluny (Paris) Salle des Thermes.

Omniprésente dans la culture populaire contemporaine, la licorne a traversé les siècles et les continents. Être hybride à la fois symbolique, littéraire, religieux et même scientifique cet animal fantastique reste encore plein de mystères ! 
Connue depuis l’Antiquité, il faut attendre la période moderne pour que son existence soit remise en cause sans pour autant disparaître de l’imaginaire collectif. 

Quels sont les secrets de la licorne ?
Elles sont partout ! Parées des couleurs de l’arc-en-ciel ou rose flashy, les licornes se sont imposées dans notre quotidien, aussi bien au rayon enfants des grandes surfaces que sur les banderoles des militant.e.s LGBTQIA+.
Mais la connaissons-nous vraiment ? 

Au Musée de Cluny, La licorne est décryptée tout au long d’un parcours de visite composé de
9 sections thématiques qui déclinent les multiples aspects de la licorne.

Les multiples facettes des licornes.
  • Le Monocéros :

« La licorne mentionnée dans les textes depuis l’Antiquité, en Asie, au Proche et au Moyen-Orient revêt de nombreuses significations symboliques. Universelle, elle est réputée avoir des pouvoirs extraordinaires. 
L’origine du mythe de la Licorne (ou de l’unicorne selon les mythes) est ancienne et encore sujette à débats. De par ses caractéristiques, on a parfois pu la décrire comme une variante de l’antilope ou du rhinocéros. Les premières descriptions d’un animal semblable remontent à la Grèce antique, sous la plume du médecin Ctésias, qui officiait dans la cour impériale perse. Sans en avoir rencontré, il décrivait un animal des plaines de l’Inde appelé monokeros, une forme d’âne à la tête surmontée d’une grande corne dont la description faite des siècles plus tard par Pline l’Ancien s’approche de celle du rhinocéros (le nom scientifique du rhinocéros indien étant d’ailleurs Rhinoceros Unicornis). »
(Extraits du Dossier de Presse)
La licorne asiatique apparaît d’abord en Chine, puis est présente au Japon, où elle porte le nom de Kirin. Selon la croyance, c’est une créature pacifique qui regarde vers le ciel, pour guetter la venue d’un dirigeant sage. 

Le Monoceros – Merveilleuse licorne
Le Monocerote – Historia animallum – Conrad Gessner. 1551
Netsuké : Kirin assis (licorne assise) Epoque Edo (1603-1868)

Licorne voyageuse :

« Dès l’Antiquité, des voyageurs disaient avoir vu des licornes en Inde ou au Moyen-Orient. Peut-être ont-ils observé des  œuvres comme cet étendard ou enseigne aux deux bouquetins, qui, de profil, paraissent n’avoir qu’une seule corne.» Extrait du Dossier de Presse.
C’est au XVIIe siècle que la plupart des scientifiques admettent que la licorne terrestre n’existe pas, et que la « corne de licorne » est en fait une dent d’un mammifère marin vivant à proximité du Groenland, le narval. 

Etendard aux deux bouquetins – Bronze – 100 à 800 av. J.C.       Iran- Paris Musée du Louvre –
Licorne enseigne d’apothicaire
Salle avec l’Enseigne de pharmacie, tête de licorne – Avant 1720 – Dent de Narval, bois sculpté et doré.

Licorne amoureuse :
Depuis le Physio logos, bestiaire grec du IIe siècle de notre ère, il est dit qu’il n’est pas possible de capturer une licorne, sauf si une jeune fille vierge l’attire à elle. De là découle l’image de la licorne assoupie sur les genoux d’une femme et la thématique de la littérature courtoise dans laquelle la licorne incarne l’amoureux, attiré par la beauté de sa dame, blessé par son refus ou comblé par ses caresses.

Jeune fille et licorne – Giovanni delle Robbia (1469-1529)
terre cuite vers 1510
Femme à la licorne – Stalle du chœur de la chapelle Fugger d’Augsbourg (Allemagne) –
Hans Daucher et l’atelier (1486-1538)

Licorne merveilleuse :
En raison des vertus thérapeutiques de la « corne de licorne » et des légendes entourant la licorne depuis le Moyen Âge, la dent de narval est devenue un objet de collection dès le XIIIe siècle : elle est admirée dans des trésors d’église et recherchée par les princes et les rois, qui aiment la posséder, pour témoigner de leur puissance ou profiter de ses propriétés purificatrices. Dans les cabinets de curiosités des XVIe-XVIIIe siècles, les récipients en dent de narval côtoient de spectaculaires pièces d’orfèvrerie ou des coupes à boire en forme de licorne. Parfois même, c’est une défense d’éléphant qui est réinterprétée comme une corne de licorne précieuse.

 
Ci-dessous: la Qilin a la tête relevée et semble se tourner vers le spectateur. Elle est paisible car elle incarne la bonne fortune et la fécondité. Selon la tradition, une qilin est apparue à la mère de Confucius avant sa naissance :

Tibet – Gazelle unicorne – XVIII°- bronze doré – (Bouddha aurait prêché dans le parc aux gazelles à Bénarès.)
La Qilin, Licorne couchée –  dynastie Ming (1368-1644) –               Chine – Bois, Bronze – 
Chope à couvercle et figures de licornes et d’Inuits – Jakob Jensen Nordman (après 1656) et Défense d’éléphant
Aquamanile en forme de licorne – Bronze XIV°.
(récipient contenant de l’eau pour se laver les mains)

Licorne symbolique :
Symbole de pureté, la licorne représente aussi des qualités comme la rapidité, la valeur, mais elle peut également être une image de l’orgueil. Elle a pris place dans les armoiries de familles nobles en France, dans l’Empire germanique, ou dans celles des rois d’Écosse au XVe siècle. Les humanistes de la Renaissance ont exploité les multiples résonances de la licorne, par exemple dans la série de gravures de Jean Duvet ou dans les livres d’emblèmes.

Licorne tenant l’Ecu de Robert de Croÿ – Graduel (livre contenant les chants exécutes pendant la messe) Enluminure sur parchemin – 1540 – Marc Lescuyer (peintre)
 Conversation amoureuse Roman de la Dame à la licorne
et du beau chevalier (milieu du XIV°)
Le corps de Saint Etienne exposé aux animaux sauvages – Cathédrale Saint-Etienne d’Auxerre –
Tapisserie Paris, Gauthier de Campes ? (1468-apr. 1530, peintre – Guillaume de Rasse, lissier .
Une chasse à la licorne par un roi et sa cour au XVI°-
Jean Duvet, orfèvre et graveur vers 1560

Licorne symbolique et emblématique : L’exemple de l’Ecosse. 
La présence de la licorne en Écosse remonte au Moyen Âge, et plus précisément au règne de Guillaume Ier d’Écosse au XIIᵉ siècle. Ce dernier aurait utilisé cet animal mythique sur ses armoiries personnelles. Mais c’est à partir du XVᵉ siècle, sous le règne de Jacques III, que la licorne devient véritablement emblématique. Elle figure alors sur les pièces de monnaie royales et devient un symbole récurrent des armoiries du royaume d’Écosse. À cette époque, la licorne est considérée comme une créature noble, forte et indomptable. Si vous observez les armoiries du Royaume-Uni, vous remarquerez un détail troublant : la licorne écossaise y est enchaînée, contrairement au lion anglais qui est libre. Ce n’est pas un hasard. Cette représentation est apparue après l’union des couronnes en 1603, lorsque Jacques VI d’Écosse devient aussi Jacques Ier d’Angleterre. En fusionnant les deux royaumes, on décide de réunir leurs symboles : le lion pour l’Angleterre, la licorne pour l’Écosse. Mais alors pourquoi enchaîner la licorne ? La réponse est avant tout symbolique : dans la mythologie médiévale, la licorne est si puissante et indomptable qu’elle doit être retenue par des chaînes pour ne pas devenir incontrôlable.
Cette chaîne exprime à la fois la force de la licorne et la volonté de l’État britannique d’unifier les royaumes sous une même autorité.
Ainsi, les armoiries deviennent le reflet politique de cette union, où la majesté du lion cohabite avec la fougue bridée de la licorne.

Les armoiries de l’Écosse.

Licorne inspirante:
La présentation de La Dame à la licorne au musée de Cluny en 1883 et la vogue de l’esthétique médiévale au XIXe siècle signent le retour de la licorne dans la création artistique depuis la fin du XIXe siècle. La grâce de la licorne, associée à des figures féminines inspire les artistes symbolistes. 
Cette magnifique tapisserie composée de 6 tentures est visible au musée de Cluny à Paris.

La salle de « La Dame à la licorne ».
« L’entendement »

La Relecture et la Réinterprètation de l’image de la licorne  XIX°, XX° et XXI° siècle :

Femme et licorne huile sur toile vers 1885-1898 – Gustave Moreau (1826-1898)

Gustave Moreau a été un visiteur assidu du musée de Cluny et la licorne a fait partie de son univers, surtout à partir de l’accrochage de la tenture de la Dame à la licorne dans les salles du musée en 1883.
Il réinterprète le couple de la femme et de la licorne avec mystère et sensualité.

De nos jours, la licorne reste une figure particulièrement inspirante. Les réinterprétations se sont multipliées, certaines sont étranges, oniriques ou minimalistes, colorées ou monochromes. Les femmes artistes sont nombreuses à revisiter l’image de la licorne, de façon personnelle et militante.
Au XXIe siècle, la licorne revêt de nouvelles significations : elle est le symbole des minorités sexuelles ou d’une nature menacée par la surexploitation des ressources naturelles. 
L’exposition présente ainsi :

  • Deux portraits de licornes, une licorne blanche et une licorne noire (teinte vedette des décennies 1980 à 2000)de Marie Cécile Thijs – Licornes de la série « Chevaux » 2012 – Impression sur papier baryté inspirée d’un tableau de l’artiste anversois Maerten de Vos :
  • Une Licorne de Niki de Saint Phalle 
    Quelle licorne extraordinaire ! Une licorne noire avec une corne dorée qui porte un manteau bleu à motifs rouges. Sa cavalière est bien petite. Elle ressemble à une écuyère de cirque en équilibre instable. Pour Niki de Saint Phalle, l’échange entre la licorne et la femme est très joyeux.  
    Cette œuvre fait partie de la série des fameuses « Nana » :
Niki de Saint Phalle (1930_2002) La Licorne – Polyester, polyuréthane, métal, peinture, vernie, vers 1994.
  • La tapisserie de Suzanne Husky 
    Réinterprétation de l’une des paisibles tapisserie de La Dame à la licorne. Les arbres qui encadraient les personnages principaux sont ici tronçonnés par un énorme engin de chantier. L’habitat de la licorne est chamboulé par la surexploitation des ressources naturelles de la terre, au bénéfice à court terme d’une humanité inconsciente de la beauté fragile du vivant :
Suzanne Husky (1975-) La noble pastorale – Tapisserie, coton, laine, fibres synthétiques – 2017. 
  • Le tableau de Julien des Monstiers 
    Julien des Monstiers réinterprète une peinture de 1572, un « portrait » de licorne créé par le peintre anversois Maerten de Vos pour les ducs de Meckdenburg.
    La licorne peut-elle survivre dans le monde contemporain qui ne fonctionne que grâce aux énergies fossiles où à la technologie nucléaire ?
Julien des Monstiers (1983-) Le Réel , huile sur toile – 2021.
  • La performance de Rebecca Horn (1944-2024)
    Rebecca Horn transforme une étudiante en licorne, en créant ce dispositif qui s’apparente à des bandages que la jeune femme portait, à travers champs et forêts, lors d’une performance :
Rebecca Horn (1944-2024) Unicorn –
Bois, lin, métal vers 1970-1972

Musée de Cluny :
28 rue du Sommerard 75005 PARIS

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