MYTHES ET LÉGENDES D’UNE CRÉATURE MYSTÉRIEUSE

LICORNES !

Même si vous pensez tout savoir sur la licorne, l’exposition au musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge à Paris (en coproduction avec GrandPalaisRmn et le musée Barberini de Potsdam, en Allemagne), « LICORNES ! » peut encore vous surprendre avec une centaine d’œuvres et d’objets d’art fabuleux qui retracent l’histoire de la représentation des licornes, de 2000 avant J.-C. jusqu’à aujourd’hui.

Musée de Cluny (Paris) Salle des Thermes.

Omniprésente dans la culture populaire contemporaine, la licorne a traversé les siècles et les continents. Être hybride à la fois symbolique, littéraire, religieux et même scientifique cet animal fantastique reste encore plein de mystères ! 
Connue depuis l’Antiquité, il faut attendre la période moderne pour que son existence soit remise en cause sans pour autant disparaître de l’imaginaire collectif. 

Quels sont les secrets de la licorne ?
Elles sont partout ! Parées des couleurs de l’arc-en-ciel ou rose flashy, les licornes se sont imposées dans notre quotidien, aussi bien au rayon enfants des grandes surfaces que sur les banderoles des militant.e.s LGBTQIA+.
Mais la connaissons-nous vraiment ? 

Au Musée de Cluny, La licorne est décryptée tout au long d’un parcours de visite composé de
9 sections thématiques qui déclinent les multiples aspects de la licorne.

Les multiples facettes des licornes.
  • Le Monocéros :

« La licorne mentionnée dans les textes depuis l’Antiquité, en Asie, au Proche et au Moyen-Orient revêt de nombreuses significations symboliques. Universelle, elle est réputée avoir des pouvoirs extraordinaires. 
L’origine du mythe de la Licorne (ou de l’unicorne selon les mythes) est ancienne et encore sujette à débats. De par ses caractéristiques, on a parfois pu la décrire comme une variante de l’antilope ou du rhinocéros. Les premières descriptions d’un animal semblable remontent à la Grèce antique, sous la plume du médecin Ctésias, qui officiait dans la cour impériale perse. Sans en avoir rencontré, il décrivait un animal des plaines de l’Inde appelé monokeros, une forme d’âne à la tête surmontée d’une grande corne dont la description faite des siècles plus tard par Pline l’Ancien s’approche de celle du rhinocéros (le nom scientifique du rhinocéros indien étant d’ailleurs Rhinoceros Unicornis). »
(Extraits du Dossier de Presse)
La licorne asiatique apparaît d’abord en Chine, puis est présente au Japon, où elle porte le nom de Kirin. Selon la croyance, c’est une créature pacifique qui regarde vers le ciel, pour guetter la venue d’un dirigeant sage. 

Le Monoceros – Merveilleuse licorne
Le Monocerote – Historia animallum – Conrad Gessner. 1551
Netsuké : Kirin assis (licorne assise) Epoque Edo (1603-1868)

Licorne voyageuse :

« Dès l’Antiquité, des voyageurs disaient avoir vu des licornes en Inde ou au Moyen-Orient. Peut-être ont-ils observé des  œuvres comme cet étendard ou enseigne aux deux bouquetins, qui, de profil, paraissent n’avoir qu’une seule corne.» Extrait du Dossier de Presse.
C’est au XVIIe siècle que la plupart des scientifiques admettent que la licorne terrestre n’existe pas, et que la « corne de licorne » est en fait une dent d’un mammifère marin vivant à proximité du Groenland, le narval. 

Etendard aux deux bouquetins – Bronze – 100 à 800 av. J.C.       Iran- Paris Musée du Louvre –
Licorne enseigne d’apothicaire
Salle avec l’Enseigne de pharmacie, tête de licorne – Avant 1720 – Dent de Narval, bois sculpté et doré.

Licorne amoureuse :
Depuis le Physio logos, bestiaire grec du IIe siècle de notre ère, il est dit qu’il n’est pas possible de capturer une licorne, sauf si une jeune fille vierge l’attire à elle. De là découle l’image de la licorne assoupie sur les genoux d’une femme et la thématique de la littérature courtoise dans laquelle la licorne incarne l’amoureux, attiré par la beauté de sa dame, blessé par son refus ou comblé par ses caresses.

Jeune fille et licorne – Giovanni delle Robbia (1469-1529)
terre cuite vers 1510
Femme à la licorne – Stalle du chœur de la chapelle Fugger d’Augsbourg (Allemagne) –
Hans Daucher et l’atelier (1486-1538)

Licorne merveilleuse :
En raison des vertus thérapeutiques de la « corne de licorne » et des légendes entourant la licorne depuis le Moyen Âge, la dent de narval est devenue un objet de collection dès le XIIIe siècle : elle est admirée dans des trésors d’église et recherchée par les princes et les rois, qui aiment la posséder, pour témoigner de leur puissance ou profiter de ses propriétés purificatrices. Dans les cabinets de curiosités des XVIe-XVIIIe siècles, les récipients en dent de narval côtoient de spectaculaires pièces d’orfèvrerie ou des coupes à boire en forme de licorne. Parfois même, c’est une défense d’éléphant qui est réinterprétée comme une corne de licorne précieuse.

 
Ci-dessous: la Qilin a la tête relevée et semble se tourner vers le spectateur. Elle est paisible car elle incarne la bonne fortune et la fécondité. Selon la tradition, une qilin est apparue à la mère de Confucius avant sa naissance :

Tibet – Gazelle unicorne – XVIII°- bronze doré – (Bouddha aurait prêché dans le parc aux gazelles à Bénarès.)
La Qilin, Licorne couchée –  dynastie Ming (1368-1644) –               Chine – Bois, Bronze – 
Chope à couvercle et figures de licornes et d’Inuits – Jakob Jensen Nordman (après 1656) et Défense d’éléphant
Aquamanile en forme de licorne – Bronze XIV°.
(récipient contenant de l’eau pour se laver les mains)

Licorne symbolique :
Symbole de pureté, la licorne représente aussi des qualités comme la rapidité, la valeur, mais elle peut également être une image de l’orgueil. Elle a pris place dans les armoiries de familles nobles en France, dans l’Empire germanique, ou dans celles des rois d’Écosse au XVe siècle. Les humanistes de la Renaissance ont exploité les multiples résonances de la licorne, par exemple dans la série de gravures de Jean Duvet ou dans les livres d’emblèmes.

Licorne tenant l’Ecu de Robert de Croÿ – Graduel (livre contenant les chants exécutes pendant la messe) Enluminure sur parchemin – 1540 – Marc Lescuyer (peintre)
 Conversation amoureuse Roman de la Dame à la licorne
et du beau chevalier (milieu du XIV°)
Le corps de Saint Etienne exposé aux animaux sauvages – Cathédrale Saint-Etienne d’Auxerre –
Tapisserie Paris, Gauthier de Campes ? (1468-apr. 1530, peintre – Guillaume de Rasse, lissier .
Une chasse à la licorne par un roi et sa cour au XVI°-
Jean Duvet, orfèvre et graveur vers 1560

Licorne symbolique et emblématique : L’exemple de l’Ecosse. 
La présence de la licorne en Écosse remonte au Moyen Âge, et plus précisément au règne de Guillaume Ier d’Écosse au XIIᵉ siècle. Ce dernier aurait utilisé cet animal mythique sur ses armoiries personnelles. Mais c’est à partir du XVᵉ siècle, sous le règne de Jacques III, que la licorne devient véritablement emblématique. Elle figure alors sur les pièces de monnaie royales et devient un symbole récurrent des armoiries du royaume d’Écosse. À cette époque, la licorne est considérée comme une créature noble, forte et indomptable. Si vous observez les armoiries du Royaume-Uni, vous remarquerez un détail troublant : la licorne écossaise y est enchaînée, contrairement au lion anglais qui est libre. Ce n’est pas un hasard. Cette représentation est apparue après l’union des couronnes en 1603, lorsque Jacques VI d’Écosse devient aussi Jacques Ier d’Angleterre. En fusionnant les deux royaumes, on décide de réunir leurs symboles : le lion pour l’Angleterre, la licorne pour l’Écosse. Mais alors pourquoi enchaîner la licorne ? La réponse est avant tout symbolique : dans la mythologie médiévale, la licorne est si puissante et indomptable qu’elle doit être retenue par des chaînes pour ne pas devenir incontrôlable.
Cette chaîne exprime à la fois la force de la licorne et la volonté de l’État britannique d’unifier les royaumes sous une même autorité.
Ainsi, les armoiries deviennent le reflet politique de cette union, où la majesté du lion cohabite avec la fougue bridée de la licorne.

Les armoiries de l’Écosse.

Licorne inspirante:
La présentation de La Dame à la licorne au musée de Cluny en 1883 et la vogue de l’esthétique médiévale au XIXe siècle signent le retour de la licorne dans la création artistique depuis la fin du XIXe siècle. La grâce de la licorne, associée à des figures féminines inspire les artistes symbolistes. 
Cette magnifique tapisserie composée de 6 tentures est visible au musée de Cluny à Paris.

La salle de « La Dame à la licorne ».
« L’entendement »

La Relecture et la Réinterprètation de l’image de la licorne  XIX°, XX° et XXI° siècle :

Femme et licorne huile sur toile vers 1885-1898 – Gustave Moreau (1826-1898)

Gustave Moreau a été un visiteur assidu du musée de Cluny et la licorne a fait partie de son univers, surtout à partir de l’accrochage de la tenture de la Dame à la licorne dans les salles du musée en 1883.
Il réinterprète le couple de la femme et de la licorne avec mystère et sensualité.

De nos jours, la licorne reste une figure particulièrement inspirante. Les réinterprétations se sont multipliées, certaines sont étranges, oniriques ou minimalistes, colorées ou monochromes. Les femmes artistes sont nombreuses à revisiter l’image de la licorne, de façon personnelle et militante.
Au XXIe siècle, la licorne revêt de nouvelles significations : elle est le symbole des minorités sexuelles ou d’une nature menacée par la surexploitation des ressources naturelles. 
L’exposition présente ainsi :

  • Deux portraits de licornes, une licorne blanche et une licorne noire (teinte vedette des décennies 1980 à 2000)de Marie Cécile Thijs – Licornes de la série « Chevaux » 2012 – Impression sur papier baryté inspirée d’un tableau de l’artiste anversois Maerten de Vos :
  • Une Licorne de Niki de Saint Phalle 
    Quelle licorne extraordinaire ! Une licorne noire avec une corne dorée qui porte un manteau bleu à motifs rouges. Sa cavalière est bien petite. Elle ressemble à une écuyère de cirque en équilibre instable. Pour Niki de Saint Phalle, l’échange entre la licorne et la femme est très joyeux.  
    Cette œuvre fait partie de la série des fameuses « Nana » :
Niki de Saint Phalle (1930_2002) La Licorne – Polyester, polyuréthane, métal, peinture, vernie, vers 1994.
  • La tapisserie de Suzanne Husky 
    Réinterprétation de l’une des paisibles tapisserie de La Dame à la licorne. Les arbres qui encadraient les personnages principaux sont ici tronçonnés par un énorme engin de chantier. L’habitat de la licorne est chamboulé par la surexploitation des ressources naturelles de la terre, au bénéfice à court terme d’une humanité inconsciente de la beauté fragile du vivant :
Suzanne Husky (1975-) La noble pastorale – Tapisserie, coton, laine, fibres synthétiques – 2017. 
  • Le tableau de Julien des Monstiers 
    Julien des Monstiers réinterprète une peinture de 1572, un « portrait » de licorne créé par le peintre anversois Maerten de Vos pour les ducs de Meckdenburg.
    La licorne peut-elle survivre dans le monde contemporain qui ne fonctionne que grâce aux énergies fossiles où à la technologie nucléaire ?
Julien des Monstiers (1983-) Le Réel , huile sur toile – 2021.
  • La performance de Rebecca Horn (1944-2024)
    Rebecca Horn transforme une étudiante en licorne, en créant ce dispositif qui s’apparente à des bandages que la jeune femme portait, à travers champs et forêts, lors d’une performance :
Rebecca Horn (1944-2024) Unicorn –
Bois, lin, métal vers 1970-1972

Musée de Cluny :
28 rue du Sommerard 75005 PARIS

JEU DE MÉMOIRE : le 1er mai…

Ré-interprétée, vidée de sens, instrumentalisée… La journée du 1er Mai est devenue une fête « traditionnelle » , sans que l’on ne sache plus vraiment d’où vient ce jour férié…

Ce très bon documentaire d’Arte retrace l’historique de cette journée,
fête des travailleuses et des travailleurs.

Il dure 27 minutes, et comme vous êtes en congé, prenez le temps de le regarder 🙂

Au hasard des rues ensoleillées d’un village catalan, une belle surprise , en forme d’hommage :
« La Boutifanfare »

BON WEEK-END À TOUTES ET TOUS !

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COUP DE COEUR À LODÈVE

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Vue de Lodève.

LODÈVE

Au sortir du tunnel de l’Escalette, sur l’autoroute A75, Lodève est nichée entre le Larzac et le lac du Salagou, au confluent de deux rivières.
Ancienne cité épiscopale et grand centre textile, labellisée “Ville et Pays d’art et d’histoire”, vous prendrez plaisir à découvrir son patrimoine architectural et culturel exceptionnel : la cathédrale St Fulcran, l’Apothicairerie de l’hôpital St Jean, la Manufacture Nationale de la Savonnerie et, bien sûr, le Musée…

Un grand coup de coeur pour l’exposition exceptionnelle que nous offre le musée de Lodève jusqu’au 30 Août !….

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Rassemblant plus d’une centaine d’œuvres réalisées entre les années 1990 et 2000, l’exposition invite à découvrir l’art des Aborigènes d’Australie à travers un parcours mêlant peintures et sculptures. Cette culture immémoriale nous enseigne qu’une autre relation au territoire et à la Terre est possible, où l’Homme ne possède pas la Terre, mais vit en symbiose avec celle-ci.
L’art aborigène est bien plus qu’une tradition picturale. Il s’agit d’un système de connaissance, d’une structure de croyances et d’un modèle de vie qui ont guidé les communautés depuis 65 000 ans.
Dans les cultures aborigènes, l’art, le récit, la loi et la survie sont indissociables.
La peinture, la cérémonie et le chant constituent des modes de pensée, des formes de transmission du savoir, de renouvellement des relations et de préservation de la vie.





Grâce à une sélection d’œuvres provenant de différentes régions, cette exposition rappelle que le continent aujourd’hui nommé Australie n’a jamais constitué un pays unique.
Avant la colonisation, il se composait d’environ 250 communautés distinctes, chacune dotée de ses propres langues, lois, traditions et histoires. Ces différences se reflètent dans la grande diversité régionale de l’art aborigène, des œuvres abstraites et vibrantes des déserts occidentaux et centraux aux traditions anciennes de peinture sur écorce de l’Arnhem Land.

Dans la première salle, au sol…
… Et au plafond.


Pour faciliter la compréhension de cette vision du monde complexe, l’exposition est organisée autour de trois thèmes profondément imbriqués :

  • COUNTRY (pays, territoire, Terre mère) se trouve au cœur de la vie culturelle aborigène.
    Il ne s’agit pas d’une propriété, mais d’une entité vivante à laquelle les individus appartiennent et dont ils prennent soin.
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Détail
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Détail
  • CREATION renvoie aux récits fondateurs – appelés Tjukurrpa en Australie centrale et Wangarr en Arnhem Land – qui décrivent comment les êtres ancestraux ont façonné la terre, établi les lois de l’existence et laissé leur présence dans le monde naturel.
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2009. 38 gravures sur papier.
Centre d’art Papunya Tula Artists – collectif d’artistes aborigènes.

  • CEREMONY évoque la danse, le chant, la peinture corporelle et la performance rituelle qui maintiennent le bien-être de Country et assurent la transmission de la mémoire culturelle.
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….
Détails….

Pour terminer ce parcours, vous pourrez vous installer dans une alcôve sonorisée pour écouter des récits aborigènes en admirant des oeuvres disposées autour :

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Ils et elles sont toujours présent.e.s dans les musées, déambulant calmement dans les salles, observant visiteurs et oeuvres d’art, à l’image de Chérif TABTEN , responsable de la sécurité incendie au musée de Lodève :

interview Chérif TABTEN
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Chérif TABTEN
Chef Sécurité incendie au musée de Lodève.

Le musée de Lodève est situé
Square Georges Auric
34700 LODÈVE
(grand parking gratuit à proximité)
Horaires : 10h30-13h et 14h-18h

Fermé les lundis et le 1e Mai

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VIVRE ET FAIRE VIVRE DES MONDES

Au musée du Luxembourg à Paris, l’exposition « Leonora Carrington » co-organisée par le GrandPalaisRmn et MondoMostre est, en France, la première exposition d’envergure consacrée uniquement à l’œuvre de l’artiste, figure culte du Mexique depuis les années 60. 

« À travers une approche chronologique et thématique cette exposition rassemble 126 œuvres d’une artiste visionnaire, profondément liée au surréalisme, mais aussi pionnière du féminisme et de l’écologie qui a transformé ses épreuves personnelles — de la migration à l’internement psychiatrique — en façonnant une vision unique de l’art et du monde. » (Extrait du dossier de presse)


Portrait de Leonora Carrington (entrée de l’exposition)
Photo : Lee Miller

Née au Royaume-Uni en 1917, d’un père industriel anglais et d’une mère irlandaise et décédée en 2011 à l’hôpital anglais de Mexico, Leonora Carrington est élevée dans une atmosphère victorienne. 
Dans des œuvres foisonnantes de métamorphoses et de références ésotériques et mythologiques, Leonora Carrington – qui se décrivait elle-même comme un « animal-humain-femelle » – nous montre une harmonie fondée sur la fusion alchimique de l’humain et de l’animal, du masculin et du féminin. C’est ce monde fabuleux (et un peu inquiétant), où les demi-dieux, les saints, les animaux et les monstres cohabitent, que l’exposition nous invite à explorer.
Tere Arcq et Carlos Martin, deux historiens de l’art, commissaires de l’exposition, racontent que Leonora Carrington a mené « une vie en décalage avec son époque : exilée, mère, survivante de la violence et des abus de la psychiatrie. Une vie dans laquelle le voyage, qu’il soit réel ou symbolique, occupe une place centrale. Les vrais voyages, physiques, et ceux de l’esprit par la recherche de nouvelles voies de connaissance« . 


Leonora Carrington enfant (1921)

Portrait de Leonora  Carrington
Kati-Horna – photographe -1947 

Leonora chez elle à Mexico


 Photogramme extrait de la vidéo : Daniel Aguilar – L’Artiste britannique Leonora Carrington parle lors d’un entretien avec Reuters 11 novembre 2000 – Bridgeman image.

Les œuvres de Leonora Carrington sont particulièrement complexes et pour mieux les décoder, la lecture des cartouches est fortement recommandée !

Dès l’enfance elle est fascinée par la mythologie et les contes de fées irlandais que lui racontent sa mère, sa grand-mère maternelle et la nourrice irlandaise de la famille.
Dans la première salle de l’exposition un écran déroule les pages d’un carnet plein de créatures imaginaires dessinées par Leonora à l’âge de 10 ans : 

Cahier de dessin

À 16 ans, Leonora Carrington part en Italie et découvre à Florence les maîtres de la Renaissance qui l’inspireront toute sa vie. En 1932, elle réalise une superbe série d’aquarelles, Les sœurs de la lune, présentée dans l’exposition:

Et en 1933 une peinture qui fait penser à un début de rébellion :


Chatte infernale bleue et ours démoniaque – Collection particulière

En 1935, rejetant la haute société britannique dans laquelle ses parents voudraient l’intégrer et toujours déterminée à devenir artiste peintre, elle poursuit sa formation  à Paris où elle découvre la peinture surréaliste. Elle est impressionnée par une peinture signée Max Ernst, un peintre qu’elle ne connaît pas personnellement. 
En 1937, elle se rend  à Londres où elle fait la connaissance de Max Ernst. C’est le début d’une relation amoureuse. Vingt-six ans les séparent. 
À la suite  d’une plainte du père de Leonora à l’encontre de Max Ernst pour peinture d’une œuvre pornographique, le couple s’enfuit en Cornouailles avec d’autres artistes (Lee Miller, Man Ray, Paul Éluard…).  Puis fait un retour à Paris, avant de s’installer à Saint-Martin d’Ardèche en 1938.

« Je pense qu’elle a été surréaliste toute sa vie, avant de le rencontrer et après, estime Tere Arcq. Ils avaient en commun la rébellion, le désir de trouver des alternatives au rationalisme dans un monde qui ne fonctionnait plus du tout, l’intérêt pour les savoirs anciens et mystiques, la magie, l’imaginaire, le monde des rêves ». 

Leonora et Max peuplent leur « Palais idéal » de créatures hybrides et chimériques symbolisant la métamorphose. Au cœur de l’exposition, on peut voir les portes ornées d’une armoire (prêtées par le propriétaire actuel de la maison) et une tête de licorne rouge, crinière en feu et allure diabolique, peinte directement sur le verre d’une fenêtre. 

La porte de l’armoire.
Max Ernst

Le bonheur – Saint-André d’Ardèche –
Lee Miller Photographe et amie  1939

Fenêtre Saint Martin d’Ardèche – 1938

Un bonheur qui s’arrête brutalement.

Après la déclaration de guerre en 1939, Max Ernst qui est allemand est arrêté et détenu au camps des Milles, près d’Aix-en-Provence. 
Leonora Carrington, isolée et en danger, fuit en voiture vers l’Espagne dans le but de gagner l’Amérique via Lisbonne. Arrivée à Madrid, « elle est victime d’un viol collectif par des soldats franquistes« , raconte la commissaire. « Elle a été enlevée dans le parc du Retiro et emmenée en voiture dans un palais au décor chinois que je suis encore en train de chercher », précise Carlos Martin. Dans le contexte de la guerre, les violences sexuelles sont légion et « je crois qu’elle ne s’est pas donné le droit d’y accorder de l’importance« , estime-t-il.
L’artiste n’a écrit que quelques lignes sur ce viol mais peint plusieurs œuvres qui en parlent. L’extrême violence de cette agression la déstabilise psychiquement.
À la demande de ses parents, elle est internée – sans son consentement – dans une clinique psychiatrique à Santander, au nord de l’Espagne, où elle sera soumise à des traitements violents qui provoquent des crises d’épilepsie.
Elle traverse alors une période qui va marquer profondément son travail. Ses toiles deviennent plus sombres, plus hermétiques. 

Regards…

Leonora Carrington, « La joie du patinage », 1941, huile sur toile, 45,7 x 60,9 cm, Collection Pérez Simón, courtesy Christie’s, New York. (2026 ESTATE OF LEONORA CARRINGTON / ADAGP PARIS)

« Leonora disait toujours que le vert était sa couleur. Sur le tableau « La joie du patinage » , elle se représente enveloppée d’une étole verte. Le rouge, c’était pour elle la couleur de la terre en Espagne. On voit qu’elle a été traumatisée », décrypte Tere Arcq. 

En 1941, à sa sortie d’hospitalisation, elle fait « un mariage blanc » avec un ami pour pouvoir se réfugier à New York. Sur place, elle joue un rôle important dans les activités des artistes surréalistes en exil. Plusieurs œuvres de cette période présentées dans l’exposition portent les stigmates de la guerre, de la maladie mentale et de la perte. 
Leonora Carrington revient sur ces événements traumatiques dans un texte poignant intitulé :
« En Bas ».


L.Carrington: « Paysage imaginaire » – 1955
Artistes en exil

Une autre vie au Mexique 

En 1942, Leonora Carrington part au Mexique, pays où elle passera pratiquement le reste de sa vie.  Elle se marie avec « Chiki » Weisz, un photographe hongrois avec qui elle aura deux fils. 


 Leonora et son mari « Chiki » –
Extrait de l’entretien avec Daniel Aguila – Reuters –

novembre 2000

Le foyer et la maternité deviennent deux thèmes importants dans son travail.
« Dans ce pays qui n’est pas en guerre, elle se sent libre, elle n’a plus peur, elle découvre ses couleurs, la magie quotidienne dont André Breton avait parlé avant elle, analyse la commissaire, tout cela l’a vraiment changée ».
C’est à cette période que Leonora Carrington va peindre une œuvre majeure qui va faire le lien entre les années de drames et de violences et le commencement d’une nouvelle vie, une ouverture sur un autre monde…

La commissaire Tere Arcq précise que c’est l’un des premiers tableaux qu’elle a peints au Mexique et que « le titre, Artes,110, c’était l’adresse où elle habitait« . L’artiste s’est aussi inspirée de l’ouvrage de Joseph Campbell, Le voyage du héros. « Au Mexique, elle entreprend la construction d’une nouvelle identité. On pense que c’est pour cette raison que la robe n’a pas encore de tête » ajoute l’experte. 
Elle abandonne un monde en ruines pour recommencer sa vie. » Les deux commissaires voient dans ce tableau « un manifeste« , une œuvre capitale.
« C’est un autoportrait, décrypte Carlos Martin. « Artes,110 » représente sa traversée de l’Océan Atlantique en 1942 pour aller au Mexique où elle passera le reste de sa vie. Elle peint une femme sans corps qui sort d’un pays en guerre, sur une sorte d’île, pour trouver un autre endroit où une robe l’attend. » Le commissaire relève que Leonora Carrington a toujours adoré les contes de fées et que sur ce tableau, elle se pique le doigt avec la pointe d’une aiguille, comme La Belle au Bois Dormant.
« C’est l’idée d’un moment douloureux mais en même temps, de la révélation d’une nouvelle identité qui sera très importante dans son processus artistique« . 

Un tournant dans la carrière de Leonora Carrington :


Leonora Carrington, « Las tentaciones de San Antonio » [Les Tentations de saint Antoine], 1945,
huile sur toile, 121 x 91 cm. (COLLECTION PARTICULIERE)

Leonora Carrington réalise ce tableau dans le cadre d’un concours auquel Salvador Dali, Paul Delvaux, Dorothea Tanning et Max Ernst participent également, pour intégrer une scène du film « Bel-Ami », sorti en 1947. Son ancien compagnon l’emporte mais ce grand tableau sur Saint Antoine marque néanmoins un tournant dans sa carrière. Sa peinture se transforme. Cette toile a bien failli ne pas rejoindre le Musée du Luxembourg, sa propriétaire craignant qu’elle soit vandalisée. Elle s’est heureusement ravisée en décembre et a permis que cette œuvre « très rarement vue » soit exposée, à condition d’être placée sous un verre de protection. « Je crois que c’est la seule version dans laquelle on ne voit pas le saint torturé par la tentation, analyse Carlos Martin en historien de l’art. Leonora a vu le tableau de Jérôme Bosch au musée du Prado de Madrid qui montrait également le saint en paix« .


Leonora Carrington devant son tableau « les tentations de Saint Antoine « 

L’ésotérisme  ou l’obscurité lumineuse : 

Peintre, sculptrice et auteure, Leonora Carrington avait pour livre de chevet l’ouvrage d’Édouard Schuré, Les grands initiés, consacré à l’histoire secrète des religions, une sorte de voyage dans la tradition ésotérique. Elle parsème ses tableaux de signes cabalistiques, d’écriture miroir, d’incantations magiques visibles ou invisibles. « Elle pensait ses œuvres comme des objets rituels et croyait vraiment qu’elle pouvait produire un effet avec ses tableaux« , décrypte la commissaire.

« L’échelle de Jacob.Scène occulte »

 » Demoiselles fuyez, il y a un homme dans la roseraie » -1948

Le TAROT :

Selon la commissaire Tere Arcq, Leonora Carrington a pratiqué l’art du Tarot « non dans une volonté divinatoire mais comme un moyen de se comprendre soi-même et d’exprimer ses intuitions« . Sa vie durant, elle n’a cessé d’explorer les savoirs ésotériques, les croyances oubliées, toute forme de connaissance échappant au rationalisme.


Arcane N° XIX

Le féminisme et l’écologie :

À la différence de nombreuses féministes décrivant la maison comme une prison, Eleonora Carrington considère le foyer, en particulier la cuisine, comme un territoire de création et d’expérimentation.
Un espace où les femmes peuvent retrouver leur pouvoir grâce à l’alchimie, la magie et la sorcellerie.
« Elle parlait d’un féminisme de la conscience« , poursuit Tere Arcq. Pour elle, l’homme et la femme doivent se compléter. « Elle faisait référence, explique la commissaire, au pouvoir des sociétés matriarcales dans lesquelles la femme était la soigneuse, celle qui prend soin des autres mais aussi de la nature, de la planète et de la vie spirituelle de la communauté ». Elle dira à une amie que le rôle principal des femmes consiste à exorciser le mal chez les hommes pour les détourner de la guerre et de la violence.

La cuisine aromatique :

« La cuisine de grand-mère »

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente, du 10 avril au 2 août 2026 la plus importante rétrospective en France depuis 20 ans, consacrée à Lee Miller
Figure essentielle de l’avant-garde internationale, Lee Miller (1907–1977) fut tour à tour mannequin, artiste surréaliste, portraitiste, photographe de mode et correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine.
Longtemps reléguée au rôle d’égérie, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes photographes du XXème siècle.
De nombreux portraits de Léonora Carrington dans l’exposition du musée du Luxembourg sont signés par elle.

« LE » DALI À PERPIGNAN

« Par une chaleur accablante, Dali arrive en gare de Perpignan le 27 août 1965″. 
JACQUES BARDES / L’INDEPENDANT

Un préambule à l’exposition de 2027.

On connaît l’attachement réciproque de Salvador Dali et de la Ville de Perpignan.
En 1963, Salvador Dali ressent à la gare de Perpignan une « extase cosmogonique », et deux ans plus tard, le 27 août 1965, Salvador Dali effectue un voyage solennel… Il arrive à Perpignan en train de marchandise, habillé de son costume de “Grand amiral” et en compagnie de sa femme Gala. Un voyage qui lui permet de décréter officiellement la gare  » CENTRO DEL MUNDO » (“Centre du monde”). Les habitants de Perpignan l’accueillent triomphalement, et la force de persuasion de Dali opère …
Aujourd’hui encore, la Ville de Perpignan cultive cet engouement pour Dali : fresques commandées à des street-artistes, défilé « dalinien » en été , inscription « El Centre del mon » ( « le centre du monde » en catalan) sur le fronton de la gare sncf etc.

Entrée de la gare sncf de Perpignan.

Pour la première fois, le musée Hyacinthe Rigaud accueille une œuvre majeure de Salvador Dalí (1904–1989) dans son parcours permanent. Grâce à un prêt exceptionnel du Centre Pompidou – Musée national d’art moderne de Paris, le tableau Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano (1931), sera exposé durant toute l’année 2026 dans l’ancien salon d’apparat de l’hôtel particulier de Lazerme, au cœur du musée.


Salvador Dalí (1904, Espagne – 1989, Espagne). Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano.

Huile sur toile, 114 x 146 cm. 1931 © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris, 2025.
Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI/Hélène Mauri/Dist. GrandPalaisRmn.

Détail de:
« Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano »
Détail de:
« Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano »

Cet accrochage exceptionnel marque une étape importante dans la programmation du musée, et préfigure la grande exposition Dalí prévue pour 2027 à Perpignan. Il permet d’inscrire l’artiste catalan dans la mémoire vive du territoire, tout en initiant un dialogue entre son œuvre, le lieu, et le public.

Le musée, durant toute la période d’accrochage du tableau de Dali, organise différentes visites guidées.
Nous avons suivi une « visite flash » de 20 mn animée par Julie Vincent-Carrefour, responsable du service des publics pour le musée Hyacinthe Rigaud, extraits :

Julie Vincent-Carrefour Responsable du service des publics
au musée Hyacinthe Rigaud.

Puis Julie nous a parlé de son métier de « Responsable du Service des Publics » :

Visites flash :
Vacances de printemps : du 18 avril au 2 mai à 15h30.
Tous les jours à 15h30, du mardi au samedi (sauf le 25 avril et 1er mai)
Samedi 27 et dimanche 28 juin à 15h00
Dès 10 ans. Durée : 20 min environ. Tarif : entrée sans supplément

(D’autres visites guidées sont possibles, voir site.)

Entrée du musée Hyacinthe Rigaud.
21 rue Mailly à Perpignan

LE MUSÉE D’ART MODERNE DE CÉRET…

… Lieu mythique de l’Art.

Créé en 1950, rénové et agrandi en 1993 puis en 2022, le MAM est riche de plus de 3000 oeuvres, grâce à de nombreux dons, notamment d’artistes comme Picasso, Soutine, Braque, Juan Gris, Chagall, Dali, Miro… Parmi lesquels certains ont séjourné à Céret, dans les Pyrénées-Orientales.
La collection permanente permet de voir les oeuvres de ces artistes, parfois dans une mise en scène émouvante, comme la salle où est accroché un grand tableau de Marc Chagall en face duquel sont disposés des fauteuils dans la pénombre pour savourer la contemplation !
Le musée a ouvert ses portes à d’autres artistes contemporains comme Vialat, Bioules, Loste, Tapies… Et le « Cabinet graphique » – petite salle d’exposition – propose régulièrement des expositions plus intimistes, comme nous allons le voir avec l’exposition « La guerre et la Paix ».
Deux ou trois fois par an, le MAM présente une exposition temporaire et les animations, colloques, concerts… Invitent les visiteurs à des moments de réflexion, de contemplation et de plaisir.
Actuellement « Mimosa », du duo « Hippolyte-Hentgen ».

Marc Chagall : « Les gens du voyage » 1968.(c) Adagp.Paris 2022. Dépot du MNAM/CCI de Paris

En 2023, le Musée d’Art Moderne de Céret accueille son nouveau directeur :
Jean-Roch DUMONT SAINT PRIEST, alors âgé de 28 ans.
Le 27 février 2026, il reçoit l’insigne de Chevalier des Arts et Lettres.
Avec beaucoup de spontanéité, il a bien voulu nous faire partager ses passions :

Jean-Roch Dumont Saint Priest
Directeur et conservateur du MAM de Céret.
  • « LA GUERRE ET LA PAIX » AU CABINET GRAPHIQUE :
Jean Baptiste ADAT.
Série « guerre d’Irak » Papier journal sur grille d’acier.

Don de l’artiste.
Détail
Ben : « Marianne en deuil pour non respect des droits des peuples »
Réalisée pour le concours « une Marianne pour la Ville de Céret »
1989
Édouard Pignon : « Bataille noire. Bataille aux trois chevaux » 1964.
Peter Saul : « Rights of the individuals » 1989.
Patrick Loste et Élias Sanbar:
« la femme, l’arbre, le cavalier et l’eau bleue »

Livre d’artiste. 2024.
Patrick Loste. Détail du livre.
  • L’EXPOSITION « MIMOSA » : UN BOUQUET DE CONFETTIS !

Poursuivant notre discussion, Jean-Roch Dumont Saint Priest nous parle de « Mimosa » :

Jean-Roch Dumont Saint Priest.

Jusqu’au 31 mai, le musée présente une très belle exposition consacrée à « Hippolyte Hentgen », duo né de la collaboration – depuis 18 ans – de Gaëlle Hippolyte (née en 1977 à Perpignan) et Lina Hentgen (née en 1980 à Clermont-Ferrand).
Une centaine de pièces, entre peintures, installations, dessins, collages, sculptures et vidéos, offre un vaste panorama de leur travail.

Une salle de l’exposition « Mimosa ».

Difficile de « décrire » cette exposition !
Un premier tour dans les salles à la mise en espace sobre et lumineuse vous permettra d’abord d’approcher leur univers unique, à la fois loufoque et réfléchi.
« Jubilatoire » est le mot qui nous vient en déambulant de nouveau et en s’arrêtant pour détailler les « montages » de bouteilles en verre remplies de photos et surmontées de petits oiseaux en faïence…

« L’œuvre d’Hippolyte Hentgen hybride les codes de l’histoire de l’art, de la bande-dessinée, de la presse, de l’animation ou encore d’affiches, posters et de photographies anonymes. Le duo développe un répertoire visuel ambigu, exubérant et critique en manipulant l’imagerie populaire avec fantaisie et impertinence. » (…) « L’exposition s’ouvre par plusieurs peintures murales réalisées in situ pour Céret.
Puis les deux plasticiennes investissent les murs du musée pour y déployer des fresques monumentales qui dialoguent avec un ensemble de dessins. Cette pratique dessinée constitue l’essence même de leur collaboration, l’une et l’autre représentant des formes de leur époque. » Extraits du Dossier de Presse.


Le Musée d’Art Moderne de Céret est ouvert toute l’année – sauf les lundis hors saison –
de 10h à 18h.
Sur le site du musée : www.musee-ceret.com allez sur l’onglet « La Collection » et vous aurez accès à TOUTES les oeuvres que possède le musée (soit environ 3500..)

Bonnes visites !

POUR L’AMOUR DE L’ART

Affiche de l’exposition des artistes amateur.e.s de la ville de Dinan.

« Amatore !  » (« Amateur ! »)

Cette interjection en italien, lancée à quelqu’un dont on juge que le travail n’est pas abouti, souligne l’aspect péjoratif de la notion d’amateurisme. Or étymologiquement le mot « amateur » signifie : celui ou celle qui aime… Et c’est seulement au XVIII ème siècle qu’apparait la précision amateur-connaisseur et au XIX ème celle d’amateur-praticien. « Même si les activités artistiques sont liées à la créativité, l’art est différent du travail dans le sens où l’activité artistique est assimilée à la liberté et au plaisir.  
S’il est communément admis que le sport a de multiples vertus pour la santé, sociales, mais aussi mentales, pourquoi ne pas le dire davantage pour les pratiques artistiques qui relèvent finalement des mêmes mécanismes : jeu, plaisir, dépassement de soi, hygiène de vie, socialisation, régularité, etc. ?
En France, 23 millions de personnes déclarent avoir au moins une pratique artistique régulière « non professionnelle ».
Une grande majorité de ces personnes amateur.e.s trouve dans leur pratique artistique une échappatoire ou une alternative salutaire à leur environnement professionnel routinier, morose ou problématique, et/ou tout simplement le bonheur de créer !
L’article 32 de la loi n° 2016-925 de 2016 définit le statut de l’amateur : « Est artiste amateur dans le domaine de la création artistique toute personne qui pratique seule ou en groupe une activité artistique à titre non professionnel et qui n’en tire aucune rémunération. »

Les personnes qui pratiquent en amateur entretiennent rarement un désir de professionnalisation.
Passé les années de formation, « être repéré·e » ou « faire carrière » n’est plus un sujet et il faut pouvoir le dire et l’entendre sereinement.
Évitons de confronter les modèles : les amateur·es ont des besoins et des attentes spécifiques, et ne souhaitent pas être comparé·es ou opposé·es aux professionnel·les.
Sans pouvoir ou vouloir y dédier des moyens considérables, le fait d’inscrire une dimension « pratiques amateures » dans une politique culturelle, encouragerait les personnes concernées à se faire connaître, à se parler entre elles, à sentir leur légitimité.

« Le manque de visibilité serait-il inhérent à la pratique en amateur dans la mesure où une meilleure reconnaissance pourrait aboutir à institutionnaliser « l’ininstitutionnalisable » ? 
Les pratiques en amateur n’ont-elles pas vocation à rester le travail de l’ombre, le rendez-vous intime, la satisfaction personnelle ?
Pour rester des pratiques libres, les pratiques en amateur doivent-elles rester cachées ?
Le « beau » travail est-il  celui qui nous rend heureux·se, ou celui qui satisfait les autres ? 
La pratique amateur relève ici du droit de donner le meilleur de nous-mêmes dans la réalisation, le droit aussi d’être fièr.e de l’action accomplie, l’occasion de se sentir vivant·e, pleinement soi-même, et pleinement parmi les autres. 
Il est question ici de dignité ».
(Sources : Article juillet 2025 – Le travail en amateur Sonia Leplat, directrice générale de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs Paris)

Du statut légal et économique à l’acception étymologique – celle ou celui qui aime – le mot « amateur » semble ne pas donner à voir toutes les facettes possibles de la pratique.

À travers trois portraits d’artistes amateurs : Maître-verrier, mosaïste, tourneuse sur bois/peintre et un reportage sur une chorale, il et elles vont nous raconter leurs pratiques… Leur amour de l’Art.

Alain HAZANE, maître verrier.
Création A.Hazane.
Création A.Hazane.
Création A.Hazame.
Création A.Hazame.

Dans l’atelier animé par Alain Hazame, nous avons suivi le travail de Constance :

Le vitrail de Constance….
… En chantier !
Découpe du verre…
…Meulage….
Préparation du plomb pour sertir.
Alain conseille Constance.

Isabelle Florentin, mosaïste
Tapisserie de Jean Lurçat.
« Oiseau de feu » d’ Isabelle Florentin.
Création d’I.Florentin.
Création d’I.Florentin.
Création d’I.Florentin.
Isabelle Florentin à l’atelier mosaïque…
… Tout en minutie et précision 🙂
Michèle Suzanne, tourneuse sur bois et peintre.
Bois tourné de M.Suzanne.
Bois tourné de M.Suzanne.
Bois tourné et peinture de M.Suzanne.
Création peinte de M.Suzanne.
Création peinte de M.Suzanne.
Réalisation en « Pouring ». M.Suzanne.
Réalisation en « Pouring ». M.Suzanne.

Le mot Pouring signifie littéralement « en versant ». Il s’agit en effet d’une technique artistique qui consiste à verser de la peinture fluide, directement sur le plan de travail, une toile ou une autre surface.
Le Pouring est une technique dans laquelle la couleur et les pigments sont les véritables protagonistes. Cette méthode, très appréciée, utilise de la peinture acrylique.
Pour obtenir un effet remarquable, la peinture est diluée de manière à ce que chaque teinte reste distincte des autres. Association de couleurs, combinaisons et imagination sont les seuls ingrédients nécessaires pour un résultat époustouflant.

Réalisation en « Pouring ».

La chorale de femmes « Sono Solo Canzonette » est dirigée par Paola Niggi.
Rencontre avec les choristes qui vous proposent quelques-unes des chansons de leur répertoire, des interviews et surtout de la bonne humeur !
Tournage réalisé le 9 octobre 2022 à Paris, par Marc Quentin et Jane Da Silva 🙁www.choralecanzonette.fr)

Chorale « Sono solo Canzonette.

Au cours de nos reportages, nous avons constaté que les ateliers de pratiques artistiques étaient presqu’exclusivement fréquentés par des femmes…
Une récente étude du gouvernement précise que : « Si les hommes et les femmes s’engagent dans les mêmes proportions dans la pratique en amateur, les arts graphiques et manuels, l’écriture et le spectacle vivant sont plus féminisés que les autres activités : 61 % des personnes qui pratiquent un art graphique ou manuel sont de sexe féminin, plus particulièrement pour la poterie (78 %). L’écriture séduit aussi davantage les femmes (64 %), en particulier lorsqu’il s’agit de la tenue d’un journal intime (72 %) et, enfin, les femmes sont majoritaires parmi les danseurs amateurs (71 %).
En revanche, les activités scientifiques et techniques sont plus masculinisées : les hommes y sont davantage représentés (61 %), et plus particulièrement au sein d’activités techniques comme observer les étoiles, faire des recherches historiques, etc. (66 %). »

L’Art d’être Curieux remercie Alain, Constance, Isabelle (associations « Art et Culture » et « Mosaïc’Art » dans les Pyrénées-Orientales) et Michèle, ainsi que la chorale « Sono solo canzonette », de Paris, pour leur aimable participation à cet article.

GELUCK EXPOSE LE CHAT

Jusqu’à une date non précisée le Musée Maillol à Paris a proposé à Philippe Geluck d’exposer
« Le Chat »… Ou bien « Le Chat » a-il proposé à Philippe Geluck de s’exposer au musée Maillol ?

(Photos vidéos : Aurélien Delacroix 
« Salut ! Ca va ? « sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)
Philippe Geluck. (c) Studio Fifty-Fifty

« En une heure et demie, le visiteur découvrira le parcours inattendu d’un gamin qui comprend très jeune sa faculté de faire rire les autres par ses dessins d’humour noir et décalé et qui, dès ses 14 ans, se met à en produire en quantité, nourri au biberon de ses idoles (Siné, Bosc, Chaval, Sempé, Reiser…).
Cela le mènera tout naturellement à devenir… Comédien et à monter sur les planches durant 10 ans, à se muer en animateur ou chroniqueur radio et télé, d’abord en Belgique et puis en France, notamment aux côtés de Laurent Ruquier et Michel Drucker.
Mais cela n’est rien à côté de ce qui va lui arriver en 1983, lorsqu’il invente Le Chat qui deviendra en quelques années une icône de la bédé, le chouchou des galeries d’art et le sujet de nombreuses expositions, notamment sous forme de sculptures monumentales en bronze sur les Champs- Élysées à Paris. »
(extrait du Dossier de Presse).

Extrait du diaporama sur l’installation des sculptures monumentales du Chat.
(Photos vidéos : Aurélien Delacroix 
« Salut ! Ca va ? « sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)

« Pif, paf pouf. C’est un bon début ». C’est en tout cas ceux du Chat dans « Le Soir » (Journal belge) le 22 mars 1983. C’était tellement crétin que cela a fait rire tout le monde !
En 1986, Le Chat est édité en album, aux éditions Casterman, au départ un peu sceptiques quant aux chances de réussite en librairie d’un recueil de cartoons… Pourtant le succès est immédiat en Belgique et en Suisse. Lorsque, un an plus tard, l’auteur leur proposera un second volume, l’éditeur n’hésitera plus ! (…) Le Chat est devenu en 40 ans l’animal le plus populaire de la BD franco-belge. 25 albums ont été publiés chez Casterman, plusieurs best of, catalogues et livres de textes. Il est traduit en 17 langues dont l’anglais, le néerlandais, l’italien ou le coréen.( Extrait du Dossier de Presse)

UN PARCOURS AUTOBIOGRAPHIQUE

L’enfance, les premiers dessins, puis les premiers contrats… La naissance du personnage du Chat…
Et toujours le théâtre et le cinéma pour le plaisir et pour vivre !

Les bulles du dessin que tient la femme du shah d’Iran:
« Dans certains pays, quand le chat est parti »… « Les souris ne dansent pas »…

« Car la musique est interdite ».

Quand le Chat s’amuse des artistes…

À propos de « L’origine du monde » de G.Courbet…..
(Photos vidéos : Aurélien Delacroix. 
« Salut ! Ca va ? » sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)
P.Geluck (c) Studio Fifty-Fifty

En 2020, nous avions eu le plaisir de rencontrer Philippe Geluck à Rodez pour son exposition au musée Soulages (voir article « La patte de Geluck » du 27/10/2020).
Autant le Chat est insolent, incisif et dérangeant, autant Philippe Geluck est un homme d’une grande simplicité, humain et très empathique !
Le Chat – son double négatif – nous fait sourire et rire, Philippe Geluck nous émeut…
Nous vous proposons de (ré)écouter cette réponse de Philippe Geluck à propos de l’assassinat de Samuel Paty et de la liberté d’expression :

Itw du 24/10/2020 (c) Sylvie Maugis pour « L’Art d’être Curieux ».
Dédicace de P. Geluck pour « L’Art d’être Curieux » 2020.

Musée Maillol
59-61 rue de Grenelle 75007 PARIS

1925-2025 : PARIS CÉLÈBRE LE CENTENAIRE DE L’ART DÉCO

TROISIÈME PARTIE :
AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS de PARIS

Le Musée des Arts Décoratifs (MAD) fut fondé au milieu du XXe siècle par un groupe d’industriels et de collectionneurs pour encourager la créativité et l’innovation. Le musée est toujours aujourd’hui une grande source d’inspiration pour les créateurs.
Promouvoir « le Beau dans l’Utile » : ses collections sont composées de mobilier, céramique, orfèvrerie, design, mode et textile, bijoux, verre, jouets, publicité, dessins, photographies et papiers peints…
Avec près d’un million et demi d’oeuvres, le MAD conserve l’une des plus importantes et des plus belles collection d’arts décoratifs du monde.
C’est pourquoi il paraissait impensable à l’équipe du musée de ne pas célébrer le centenaire du mouvement « Art Déco » !

L’exposition « 1925-2025. CENT ANS D’ART DÉCO » puise dans le fonds remarquable du MAD, enrichi d’œuvres prêtées par de grandes institutions et collections privées, pour présenter des pièces emblématiques.
Organisée selon un vaste parcours chronologique et thématique qui se déploie dans la nef et dans les galeries aux 2e et 3e étages du musée, l’exposition retrace les origines, l’apogée, le développement et les réinterprétations contemporaines de l’Art déco.

Elle révèle la richesse et l’actualité d’un mouvement en constante évolution et propose un voyage au cœur de la création des années folles et de ses chefs-d’œuvre patrimoniaux.
Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches et pièces de mode : plus de 1200 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un mouvement qui continue de fasciner.

L’exposition s’ouvre de façon spectaculaire sur le mythique Orient Express, véritable joyau du luxe et de l’innovation.
Symbole du voyage raffiné et du savoir‐faire français, l’Orient Express connaît son âge d’or dans les années 1920. Décoré par de grands artistes comme René Prou ou René et Suzanne Lalique, il devient un manifeste roulant de l’esthétique Art déco.

L’Orient Express debout dans le hall du MAD.

Cent ans plus tard, ce mythe renaît !
Le Musée des Arts Décoratifs dévoile en exclusivité, dans la Nef du musée, des maquettes d’intérieur grandeur nature du futur Orient Express, réinventées par le directeur artistique Maxime d’Angeac, dialoguant avec une cabine Art déco de 1926 provenant des collections du musée.
Héritier du style et de l’univers des métiers d’art, son projet fusionne artisanat d’excellence, innovations technologiques et design contemporain pour inventer le train du XXIe siècle.
En 2025 comme en 1925, l’Art déco inspire un luxe tourné vers l’avenir.
(Il paraîtrait que les réservations soient déjà bouclées jusqu’en 2030 ! )

Salon/bar du nouvel Orient Express
Couloir du nouvel Orient Express

L’ART DÉCO est né dans les années 1910 dans le sillage des réflexions européennes sur l’ornementation, et puise dans les recherches de l’Art nouveau. Il se développe pleinement dans les années 1920 et se distingue par une esthétique structurée, géométrique, élégante, qui allie modernité et préciosité. Ses formes séduisent les décorateurs, architectes et fabricants d’alors, mais restent souvent réservées aux catégories sociales aisées, du fait du coût élevé des matériaux et de la finesse des techniques mises en place à cette époque. L’Art déco incarne une période marquée par une soif de nouveauté, de vitesse, de liberté. Il touche tous les domaines de la création : mobilier, mode, joaillerie, arts graphiques, architecture, transports…
L’exposition revient ainsi sur les différentes tendances de l’Art déco, entre l’abstraction géométrique et le goût du décoratif.

Dans cette foisonnante (peut-être un peu trop…) exposition, tous les domaines de la création artistique et de la décoration sont présentés : les verreries, la tabletterie, les arts de la table, illustrés par des pièces à la modernité saisissante. Le rôle fondamental du dessin est mis en lumière à travers des projets décoratifs, d’architecture intérieure et de mobilier.
L’univers de la mode et des arts textiles est représenté par plusieurs vêtements : capes, vestes, robes…mais aussi des dessins de textiles et des bijoux

Salle des affiches.

– LE MOBILIER :

Reconstitution….
… D’intérieurs.
Fauteuil Sirène et Paravent
Buffet ayant appartenu à Sonia et Robert Delaunay.
« Swedish Grace » l’attrait du mobilier suédois.. Déjà ! 🙂
Commode de Paul Iribe. 1912.

– ARTS DE LA TABLE :

Projet d’assiette de Camille Fauré.1926
Coffret de J.Goulden. 1928
Vase Paon de G.Chevalier. Manufacture Baccarat. 1925.
Vitrine de divers objets de vaisselle.
Détail : service à liqueurs.

– DÉCORATION :

Grille Paons de Léon Conchon. 1922.
Lévrier de G.Lebourgeois. 1920.
Papiers peints.
Satin de viscose « Les jets d’eau » .1925.
E.Bénédictus.
Satin de soie « Les Ananas » . 1923.
Charles Martin.
Surtout « Grenouilles et poissons ». 1905.
René Lalique
Détail .
Détail d’une grenouille.
Un « surtout » est une pièce de vaisselle décorative
que l’on place au milieu d’une table.

– MODE :

Veste créée par Sonia Delaunay.
Espace de la maison de couture Madeleine Vionnet.
Bijou.
Bijou.
Chapeau.
Mannequins de cire présentant des bijoux de chez Cartier.
Kimonos, très prisés dans les années 1920-1930.
Cette évolution d’un vêtement traditionnel japonais témoigne des échanges culturels existants entre le Japon et l’Occident .
Fêtes bourgeoises.

Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli 75001 Paris.

1925-2025 : PARIS CÉLÈBRE LE CENTENAIRE DE L’ART DÉCO

Première partie :
Paris 1925, L’Art déco et ses architectes

Jusqu’au 29 mars 2026, La Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris, célèbre le centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925, en ressuscitant ses pavillons disparus à l’achèvement de la manifestation.

Entrée de l’exposition de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

Présentée dans un espace restreint, l’exposition séduira surtout les amateurs d’architecture et d’histoire urbaine :

Art nouveau, Art déco : faire la différence ! 
Très proches dans le temps, les styles Art Nouveau et Art Déco diffèrent considérablement.
Le premier aime les fioritures, les feuilles et les fleurs délicates, quand le second préfère les formes droites, les lignes géométriques et les matériaux costauds.
En résumé, l’un rêve de nature, l’autre de modernité.

  • Le style Art Nouveau (1890-1914) s’est affirmé comme une authentique rupture, en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire. Si la nouveauté, la virtuosité et la technicité de ce style charmèrent nombre de contemporains, son exubérance et l’égocentrisme de ses hérauts eurent cependant raison de sa diffusion et de sa postérité. 
Façade d’un hôtel
  • Le style Art Déco (1919-1940) lui succède avec ses formes géométriques simples et épurées.
    Plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne, il devient le premier style véritablement industrialisé. Conçu à la source, dans un raffinement de formes et de matières, par des créateurs œuvrant souvent à plusieurs mains pour assouvir le goût du luxe d’une clientèle de prestige, il sera plus aisément déclinable pour le plus grand nombre et commercialisable afin de conquérir le monde.
    Ce n’est qu’en 1960 que ce mouvement artistique d’Arts décoratifs pendra le nom d’Art Déco.
Cinéma « Le Rex » à Paris.

L’Art Nouveau et l’Art Déco dans la sculpture :

À gauche : « La Danseuse à l’écharpe » Commande au sculpteur Agathon Léonard en 1898 qui fut l’un des grands succès de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris et à droite La Joueuse de luth, 1934.
Musée de la céramique à Sèvres.

L’exposition de 1925,  les bases de la modernité 
Le 28 avril 1925, un vent de modernité souffle sur Paris : l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes est inaugurée par le président de la République Gaston Doumergue, en présence de 4 000 privilégiés, et des milliers de visiteurs se pressent chaque jour dans les allées pendant les six mois de manifestation. 
Programmée en 1915, repoussée à 1916, ajournée pour cause de guerre à 1922, puis en 1924, l’Exposition  Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Moderne  aura enfin lieu en 1925, du 28 avril au 8 novembre et reflètera le bouillonnement créatif d’une société d’après-guerre en pleine transformation. 
C’est un site central, en plein cœur économique de Paris, facile d’accès, qui est finalement choisi en octobre 1922. Une véritable ville dans la ville de 23 hectares – terrain exigu au regard des précédentes expositions universelles – s’élève en une année, ordonnée sur deux axes principaux : du rond-point des Champs-Élysées à l’esplanade des Invalides en passant par le pont Alexandre-III et, sur les deux rives de la Seine, de la place de la Concorde au pont de l’Alma, Grand Palais compris. Trois portes principales lui donnent accès : la porte d’Honneur, édifiée entre le Grand et le Petit Palais, la porte de la Concorde, à l’entrée des jardins du cours la Reine et, rive gauche, la porte d’Orsay. 

Vue aérienne de l’exposition 1925.
Liste des sites de l’exposition.
Vue générale de l’exposition

La Tour Eiffel s’invite dans la manifestation. Inaugurée le 15 mai 1889, jour de l’ouverture de l’Exposition Universelle, elle va faire un spectacle lumineux de 45 secondes en scintillant dans le ciel de l’exposition de 1925. Toute une histoire :

Les chantiers : 
La première pierre de l’Exposition est posée le 26 mars 1924. La modernité de nombreux pavillons qui s’élèvent en plein cœur historique de la capitale contraste si fortement avec l’architecture environnante qu’elle alimente, dès les premiers jours du chantier, de véhéments débats.
Soucieux d’harmonie, le commissariat général impose aux architectes intervenant sur l’esplanade des Invalides un gabarit précis : la hauteur des édifices ne peut excéder 5 mètres et l’angle maximal des toitures doit être de 45 degrés. Ces contraintes sont à l’origine de la silhouette pyramidale de l’hôtel du collectionneur et du pavillon Primavera. Compte tenu du caractère éphémère de l’Exposition, les architectes privilégient des matériaux tels que le bois, le métal, le béton de mâchefer ou le staff. Ils ont interdiction de toucher aux arbres et à leurs branches. Ultime consigne : ne pas creuser en profondeur dans le sol de Paris, traversé de réseaux complexes de fluides, de câbles, d’égouts et par les voies de chemin de fer de la gare souterraine des Invalides. 

Les Architectes et leurs œuvres :
Bien que vouée à la promotion des arts décoratifs et industriels, l’Exposition de 1925 accorde une attention particulière à l’architecture et ses créateurs. L’Exposition universelle de 1889 avait vu triompher l’usage du métal dans l’architecture ; l’Exposition de 1925 consacre, quant à elle, le béton armé. Elle est le terrain d’expression de la diversité et des débats qui agitent alors le monde de l’architecture. 
Les architectes érigent des pavillons-manifestes de leur style, des plus classiques, comme Louis Süe, aux plus modernes, comme Robert Mallet-Stevens. Empreint d’une esthétique soignée, chaque projet intègre tous les enjeux d’un mode de vie moderne : préceptes hygiénistes, construction et distribution rationnelles des espaces, usage de l’automobile, de l’électricité, des télécommunications… 

L’exposition révèle bien une volonté de production, de diffusion et de conquête des marchés.
C’est ainsi que les Grands Magasins du Louvre, des Galeries Lafayette, du Printemps et du Bon Marché confient leurs pavillons à des architectes de renom.
Une Rue et une Galerie des boutiques ouvriront aussi respectivement sur le Pont Alexandre III et sur l’Esplanade des Invalides. Les grandes manufactures de l’État sont présentes et rivalisent de moyens pour séduire les visiteurs, notamment étrangers. 
Le pavillon de L’Ambassade Française porte bien son nom et son ambition, celle de montrer l’excellence hexagonale dans toutes ses composantes : mobilier, ferronnerie, éclairage. Tous les grands noms de la décoration y sont réunis, y compris Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933), décorateur. 

Salle de réception du pavillon de l’ambassade de France
  • Robert Mallet Stevens : En 1925, Robert Mallet-Stevens (1886-1945) est encore peu connu du grand public. Diplômé de l’École spéciale d’architecture de Paris en 1906, il est d’abord influencé par les différents courants artistiques émergents. Dans tous ses projets, Mallet-Stevens travaille en équipe avec sculpteurs, maîtres-verriers, décorateurs, éclairagistes. Il est celui qui incarne l’esprit Art déco, intégrant les arts appliqués à ses architectures quasi abstraites.
    À l’Exposition de 1925, il est l’auteur de plusieurs pavillons, notamment de l’édifice le plus spectaculaire de l’événement, le pavillon des Renseignements et du Tourisme d’une modernité extraordinaire au pied du Grand Palais Belle Époque. Son beffroi à horloge sera copié dans le monde entier, de Tunis à Rio.
Pavillon du Tourisme.
  • Louis-Hippolyte Boileau (1878 – 1948) : Artiste décorateur moderne en 1924-1926, membre du jury de l’Exposition des arts décoratifs en 1925.
La Porte d’Orsay.
  • Pierre Patout : Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris en 1903, Pierre Patout (1879-1965) est considéré comme l’un des protagonistes de l’Art déco. À l’Exposition de 1925, Patout présente cinq projets : la porte de la Concorde, le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres, les réalisations de Patout incarnent la perméabilité des différents courants architecturaux de l’entre-deux-guerres. 
Porte de la Concorde.
  • Auguste Perret : brillant élève de l’École des beaux-arts de Paris, Auguste Perret (1874-1954) la quitte en 1898 sans diplôme.
    Grâce à ses projets en béton armé, tels que l’immeuble du 25 bis, rue Franklin (1923, Paris 16e), réalisé en collaboration avec son frère Gustave et le Théâtre des Champs-Élysées (1913, Paris 16e) considéré comme le premier bâtiment Art déco de Paris.
    En 1925, ils conçoivent le théâtre éphémère de l’Exposition. Inspiré du palais de Bois que les frères avaient construit un an auparavant pour le Salon des Tuileries, ce théâtre répond pleinement au caractère provisoire de l’Exposition : le bois dont il est presque entièrement bâti pourra être récupéré lors de sa démolition. 
    (Beaucoup plus tard Auguste Perret va concevoir la reconstruction de la ville du Havre en Normandie, détruite par les allemands pendant la guerre.)
Le théâtre Éphémère.
  • Henri Sauvage : (1873-1932) est un architecte reconnu quand s’ouvre l’Exposition de 1925.
    Animé par une exigeante méthode rationaliste, il défend l’industrialisation de l’architecture tout en y intégrant la notion de décor.  Il initie dès 1909 une réflexion sur les rapports entre la structure et le revêtement et devient l’un des inventeurs de l’Art déco. En 1925, il réalise le pavillon Primavera pour les ateliers d’art des magasins du Printemps :
  • Louis Süe et André Mare : L’architecte Louis Süe (1875-1968) et le peintre André Mare (1885-1932) comptent parmi les fondateurs du mouvement Art déco, promoteurs à l’orée de la Première Guerre mondiale de la tendance classique du premier Art déco. Süe et Mare participent à l’Exposition de 1925 en édifiant deux pavillons à coupole se faisant face sur l’esplanade des Invalides : l’un intitulé musée d’Art contemporain, sous l’enseigne de la Compagnie des arts français, l’autre pour la maison de la serrurerie d’art Fontaine :
La maison de serrurerie d’art Fontaine
  • Albert Laprade : après son diplôme obtenu à l’École des beaux- arts de Paris en 1907, Albert Laprade (1883- 1978) commence sa carrière au Maroc avant de s’installer à Paris en 1919. Sa réalisation la plus remarquée à l’Exposition est le Studium-Louvre, le pavillon édifié pour les ateliers d’art des Grands Magasins du Louvre :
  • Henry Favier : architecte et décorateur, Henry Favier (1888- 1971) est un homme pluridisciplinaire à l’image de son temps. Jeune diplômé en architecture en 1923, il est inconnu du grand public quand s’ouvre l’Exposition de 1925. Excellent dessinateur, il intègre l’École des beaux-arts de Montpellier puis celle de Paris. Pour cette manifestation, Favier il signe la porte d’Honneur de l’Exposition de 1925, en collaboration avec André Ventre, et le pavillon du journal L’Intransigeant
Porte d’honneur de l’exposition.
Plan du pavillon de  » l’Intransigeant ».
  • Le Corbusier : Charles-Édouard Jeanneret (1887-1965) est encore méconnu du grand public lorsqu’il candidate, tardivement, à l’Exposition de 1925.
    Après un passage au sein de l’agence des frères Perret, il vient de fonder son atelier parisien (1922) et n’a encore que peu construit. C’est avant tout grâce à la revue L’Esprit nouveau (1920) que l’architecte – qui prend alors le pseudonyme de Le Corbusier – bénéficie d’une notoriété intellectuelle internationale.
    Pour 1925, Le Corbusier et Pierre Jeanneret, son cousin et associé, imaginent un pavillon-manifeste qui concrétise les idées développées dans L’Esprit nouveau, en particulier la nécessité de concevoir des architectures types reproductibles industriellement et débarrassées de tout enjeu esthétique. Il détourne alors la demande officielle – présenter la maison d’un architecte – en proposant une cellule type en « L » construite avec des matériaux standardisés et préfabriqués. Cette cellule type est tirée de son projet d’immeubles-villas (1922). Le Corbusier fera de 1925 une date symbolique majeure dans la genèse de son œuvre architecturale et urbanistique ainsi que dans l’élaboration de son mythe. 
    (Au même niveau que l’exposition Art Déco, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine propose une reconstitution d’un appartement de la Cité Radieuse, immeuble créé par Le Corbusier en 1952 à Marseille.)
« Pavillon de l’Esprit Nouveau » vidéo diffusée sur l’exposition.

Le renouveau du jardin 

Les jardins de l’Exposition de 1925 sont à l’image de la transformation qui s’est progressivement opérée dans la conception des jardins avant-guerre.
Le renouveau de l’art du jardin est à rechercher dans deux directions différentes, sinon opposées. La première s’apparente à une forme de nationalisme, le jardin à la française, avec sa maîtrise du végétal et la géométrie de sa composition, revendiquée par Pierre Véra dans un texte de référence dès 1912. La seconde est la redécouverte du jardin « maure », également géométrique et surtout limité en surface où l’eau, entre fontaines et filets cristallins, joue un rôle très important. 
Les réalisations de Laprade notamment, à l’Exposition de Paris, traduisent ces deux références à la géométrie du jardin à la française et à l’usage parcimonieux de l’eau et des matériaux de briques et de céramiques des jardins « maures ».
En collaboration avec les sculpteurs Jan et Joël Martel (1896-1966), Robert Mallet-Stevens aménage également un jardin moderne devant le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres avec une des quatre tours de l’architecte Charles Plumet.
Albert Laprade fait partie des premiers rénovateurs contemporains de l’art du jardin et crée à l’Exposition de 1925 deux jardins éphémères : le bassin des Nymphéas au centre de l’esplanade des Invalides et le jardin des Oiseaux, inspiré par les jardins marocains.

Des jardins…..
… Divers.

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine se trouve dans le Palais de Chaillot
1 place du Trocadéro 75016 Paris

Deuxième Partie:
Paris 1925,  Les ateliers d’art des grands magasins,
vitrines de l’Art Déco.

La bibliothèque Forney à Paris.

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, la Bibliothèque Forney à Paris, spécialisée dans les beaux-arts, les arts décoratifs et les métiers d’art, présente jusqu’au 28 février 2026, une exposition sur les ateliers d’art de quatre grands magasins parisiens : « Primavera » du Printemps, « Pomone » du Bon Marché, « La Maîtrise » des Galeries Lafayette et « Studium Louvre » des Grands Magasins du Louvre.

La bibliothèque Forney installée depuis 1961 dans l’hôtel de Sens – rare vestige de l’architecture médiévale civile à Paris – a été fondée à la fin du XIXe siècle grâce à un legs fait à la Ville de Paris par Aimé-Samuel Forney, un industriel soucieux de revaloriser la situation des métiers d’art et de favoriser l’éducation des artisans. La bibliothèque Forney est l’une des grandes bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris.

Hôtel de Sens / Bibliothèque Forney.
côté rue du Figuier

Les Ateliers d’Art des grands magasins :

  • Créés entre 1912 et 1922, les ateliers de création sont dirigés par des artistes décorateurs renommés : Charlotte Chauchet-Guilleré, Paul Follot, Maurice Dufrène, Étienne Kohlmann. 
    Leur participation à l’exposition de 1925 est particulièrement remarquée.
    Les studios – « Primavera » au Printemps, « Pomone » au Bon Marché, « Studium Louvre » aux magasins du Louvre et « La Maîtrise » aux Galeries Lafayette – présentent chacun, dans un pavillon dédié, les dernières tendances du mobilier et de la décoration, contribuant grandement au succès de cet événement.

Conformément au cahier des charges de l’exposition, l’ensemble des pavillons et autres constructions étaient appelées à être démolies à la fin de la manifestation.

Les pavillons des ateliers d’Art des grands magasins dans l’exposition.

L’exposition met en avant le rôle particulier joué par les ateliers d’art des grands magasins en relatant la préparation de l’exposition de 1925 depuis 1900, leur place centrale dans celle-ci, et enfin l’importance des artistes novateurs qui y travaillaient dans les différents métiers d’arts concernés. 
Les œuvres sont issues en majorité des collections de la bibliothèque Forney et de celles des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris mais aussi, pour le mobilier, les céramiques et le textile, d’autres institutions culturelles publiques ou de collections privées avec, entre autres, le Mobilier National ou les services Patrimoine des magasins du Printemps, du Bon Marché, des Galeries Lafayette, de Tassinari-Chatel ou de Pierre Frey.

Les décorateurs ont fait travailler tous les plus grands artistes qui inventent l’Art déco dans les domaines du mobilier, des tissus, de la céramique, du verre…  Les catalogues commerciaux, affiches, papiers peints, photographies, objets publicitaires, catalogues d’expositions, périodiques, cartes postales…
Tous ces supports de publicité ont largement participé à la diffusion d’une nouvelle esthétique qui fait le lien entre l’Art Nouveau du début du XXe siècle et les formes géométriques simplifiées qui seront à l’honneur dans les années 1930. 

Les stratégies publicitaires :

Catalogue de Kohlmann.
Studio « La Maîtrise » Galeries Lafayette.
Catalogue Primavera – Le Printemps
Catalogue « La Maîtrise » Galeries Lafayette.
Catalogue « Studium ». Louvre
Catalogue « Studium » – Louvre

Les ateliers d’Art et les innovations : 

  • Les papiers peints :
Papier peint – Atelier Martine – « Les Eucalyptus ».
Papier peint L’Amazone, motif 1923 –
Line de Andara(1895-1981)

  • Les textiles :
Les soieries.
Toiles et étoffes.
  • Les céramiques :
Animaux divers.
Objets divers.
Chat blanc, chat noir.
  • Le mobilier :
Meubles moderne – Catalogue du Studium – Au Bon Marché.

L’exposition – gratuite – de la bibliothèque Forney  nous a fait découvrir un aspect méconnu de l’histoire de l’Art Déco en révélant comment le commerce et l’art se sont alliés pour démocratiser la création et renouveler l’esthétique du quotidien.
L’Art d’Être Curieux vous invitera au Musée des Arts Décoratifs de Paris, pour la troisième et dernière partie de la célébration du centenaire de l’Art Déco, le 31 janvier.

Bibliothèque Forney :
1 rue du Figuier à Paris (4e arrondissement)
ENTRÉE LIBRE

FLASH INFO :
La très belle exposition « Georges de la Tour »

est prolongée jusqu’au 22 février au musée Jacquemart-André à Paris.
Voir « L’Art d’être Curieux » du 29/11/2025.