VIVRE ET FAIRE VIVRE DES MONDES

Au musée du Luxembourg à Paris, l’exposition « Leonora Carrington » co-organisée par le GrandPalaisRmn et MondoMostre est, en France, la première exposition d’envergure consacrée uniquement à l’œuvre de l’artiste, figure culte du Mexique depuis les années 60. 

« À travers une approche chronologique et thématique cette exposition rassemble 126 œuvres d’une artiste visionnaire, profondément liée au surréalisme, mais aussi pionnière du féminisme et de l’écologie qui a transformé ses épreuves personnelles — de la migration à l’internement psychiatrique — en façonnant une vision unique de l’art et du monde. » (Extrait du dossier de presse)


Portrait de Leonora Carrington (entrée de l’exposition)
Photo : Lee Miller

Née au Royaume-Uni en 1917, d’un père industriel anglais et d’une mère irlandaise et décédée en 2011 à l’hôpital anglais de Mexico, Leonora Carrington est élevée dans une atmosphère victorienne. 
Dans des œuvres foisonnantes de métamorphoses et de références ésotériques et mythologiques, Leonora Carrington – qui se décrivait elle-même comme un « animal-humain-femelle » – nous montre une harmonie fondée sur la fusion alchimique de l’humain et de l’animal, du masculin et du féminin. C’est ce monde fabuleux (et un peu inquiétant), où les demi-dieux, les saints, les animaux et les monstres cohabitent, que l’exposition nous invite à explorer.
Tere Arcq et Carlos Martin, deux historiens de l’art, commissaires de l’exposition, racontent que Leonora Carrington a mené « une vie en décalage avec son époque : exilée, mère, survivante de la violence et des abus de la psychiatrie. Une vie dans laquelle le voyage, qu’il soit réel ou symbolique, occupe une place centrale. Les vrais voyages, physiques, et ceux de l’esprit par la recherche de nouvelles voies de connaissance« . 


Leonora Carrington enfant (1921)

Portrait de Leonora  Carrington
Kati-Horna – photographe -1947 

Leonora chez elle à Mexico


 Photogramme extrait de la vidéo : Daniel Aguilar – L’Artiste britannique Leonora Carrington parle lors d’un entretien avec Reuters 11 novembre 2000 – Bridgeman image.

Les œuvres de Leonora Carrington sont particulièrement complexes et pour mieux les décoder, la lecture des cartouches est fortement recommandée !

Dès l’enfance elle est fascinée par la mythologie et les contes de fées irlandais que lui racontent sa mère, sa grand-mère maternelle et la nourrice irlandaise de la famille.
Dans la première salle de l’exposition un écran déroule les pages d’un carnet plein de créatures imaginaires dessinées par Leonora à l’âge de 10 ans : 

Cahier de dessin

À 16 ans, Leonora Carrington part en Italie et découvre à Florence les maîtres de la Renaissance qui l’inspireront toute sa vie. En 1932, elle réalise une superbe série d’aquarelles, Les sœurs de la lune, présentée dans l’exposition:

Et en 1933 une peinture qui fait penser à un début de rébellion :


Chatte infernale bleue et ours démoniaque – Collection particulière

En 1935, rejetant la haute société britannique dans laquelle ses parents voudraient l’intégrer et toujours déterminée à devenir artiste peintre, elle poursuit sa formation  à Paris où elle découvre la peinture surréaliste. Elle est impressionnée par une peinture signée Max Ernst, un peintre qu’elle ne connaît pas personnellement. 
En 1937, elle se rend  à Londres où elle fait la connaissance de Max Ernst. C’est le début d’une relation amoureuse. Vingt-six ans les séparent. 
À la suite  d’une plainte du père de Leonora à l’encontre de Max Ernst pour peinture d’une œuvre pornographique, le couple s’enfuit en Cornouailles avec d’autres artistes (Lee Miller, Man Ray, Paul Éluard…).  Puis fait un retour à Paris, avant de s’installer à Saint-Martin d’Ardèche en 1938.

« Je pense qu’elle a été surréaliste toute sa vie, avant de le rencontrer et après, estime Tere Arcq. Ils avaient en commun la rébellion, le désir de trouver des alternatives au rationalisme dans un monde qui ne fonctionnait plus du tout, l’intérêt pour les savoirs anciens et mystiques, la magie, l’imaginaire, le monde des rêves ». 

Leonora et Max peuplent leur « Palais idéal » de créatures hybrides et chimériques symbolisant la métamorphose. Au cœur de l’exposition, on peut voir les portes ornées d’une armoire (prêtées par le propriétaire actuel de la maison) et une tête de licorne rouge, crinière en feu et allure diabolique, peinte directement sur le verre d’une fenêtre. 

La porte de l’armoire.
Max Ernst

Le bonheur – Saint-André d’Ardèche –
Lee Miller Photographe et amie  1939

Fenêtre Saint Martin d’Ardèche – 1938

Un bonheur qui s’arrête brutalement.

Après la déclaration de guerre en 1939, Max Ernst qui est allemand est arrêté et détenu au camps des Milles, près d’Aix-en-Provence. 
Leonora Carrington, isolée et en danger, fuit en voiture vers l’Espagne dans le but de gagner l’Amérique via Lisbonne. Arrivée à Madrid, « elle est victime d’un viol collectif par des soldats franquistes« , raconte la commissaire. « Elle a été enlevée dans le parc du Retiro et emmenée en voiture dans un palais au décor chinois que je suis encore en train de chercher », précise Carlos Martin. Dans le contexte de la guerre, les violences sexuelles sont légion et « je crois qu’elle ne s’est pas donné le droit d’y accorder de l’importance« , estime-t-il.
L’artiste n’a écrit que quelques lignes sur ce viol mais peint plusieurs œuvres qui en parlent. L’extrême violence de cette agression la déstabilise psychiquement.
À la demande de ses parents, elle est internée – sans son consentement – dans une clinique psychiatrique à Santander, au nord de l’Espagne, où elle sera soumise à des traitements violents qui provoquent des crises d’épilepsie.
Elle traverse alors une période qui va marquer profondément son travail. Ses toiles deviennent plus sombres, plus hermétiques. 

Regards…

Leonora Carrington, « La joie du patinage », 1941, huile sur toile, 45,7 x 60,9 cm, Collection Pérez Simón, courtesy Christie’s, New York. (2026 ESTATE OF LEONORA CARRINGTON / ADAGP PARIS)

« Leonora disait toujours que le vert était sa couleur. Sur le tableau « La joie du patinage » , elle se représente enveloppée d’une étole verte. Le rouge, c’était pour elle la couleur de la terre en Espagne. On voit qu’elle a été traumatisée », décrypte Tere Arcq. 

En 1941, à sa sortie d’hospitalisation, elle fait « un mariage blanc » avec un ami pour pouvoir se réfugier à New York. Sur place, elle joue un rôle important dans les activités des artistes surréalistes en exil. Plusieurs œuvres de cette période présentées dans l’exposition portent les stigmates de la guerre, de la maladie mentale et de la perte. 
Leonora Carrington revient sur ces événements traumatiques dans un texte poignant intitulé :
« En Bas ».


L.Carrington: « Paysage imaginaire » – 1955
Artistes en exil

Une autre vie au Mexique 

En 1942, Leonora Carrington part au Mexique, pays où elle passera pratiquement le reste de sa vie.  Elle se marie avec « Chiki » Weisz, un photographe hongrois avec qui elle aura deux fils. 


 Leonora et son mari « Chiki » –
Extrait de l’entretien avec Daniel Aguila – Reuters –

novembre 2000

Le foyer et la maternité deviennent deux thèmes importants dans son travail.
« Dans ce pays qui n’est pas en guerre, elle se sent libre, elle n’a plus peur, elle découvre ses couleurs, la magie quotidienne dont André Breton avait parlé avant elle, analyse la commissaire, tout cela l’a vraiment changée ».
C’est à cette période que Leonora Carrington va peindre une œuvre majeure qui va faire le lien entre les années de drames et de violences et le commencement d’une nouvelle vie, une ouverture sur un autre monde…

La commissaire Tere Arcq précise que c’est l’un des premiers tableaux qu’elle a peints au Mexique et que « le titre, Artes,110, c’était l’adresse où elle habitait« . L’artiste s’est aussi inspirée de l’ouvrage de Joseph Campbell, Le voyage du héros. « Au Mexique, elle entreprend la construction d’une nouvelle identité. On pense que c’est pour cette raison que la robe n’a pas encore de tête » ajoute l’experte. 
Elle abandonne un monde en ruines pour recommencer sa vie. » Les deux commissaires voient dans ce tableau « un manifeste« , une œuvre capitale.
« C’est un autoportrait, décrypte Carlos Martin. « Artes,110 » représente sa traversée de l’Océan Atlantique en 1942 pour aller au Mexique où elle passera le reste de sa vie. Elle peint une femme sans corps qui sort d’un pays en guerre, sur une sorte d’île, pour trouver un autre endroit où une robe l’attend. » Le commissaire relève que Leonora Carrington a toujours adoré les contes de fées et que sur ce tableau, elle se pique le doigt avec la pointe d’une aiguille, comme La Belle au Bois Dormant.
« C’est l’idée d’un moment douloureux mais en même temps, de la révélation d’une nouvelle identité qui sera très importante dans son processus artistique« . 

Un tournant dans la carrière de Leonora Carrington :


Leonora Carrington, « Las tentaciones de San Antonio » [Les Tentations de saint Antoine], 1945,
huile sur toile, 121 x 91 cm. (COLLECTION PARTICULIERE)

Leonora Carrington réalise ce tableau dans le cadre d’un concours auquel Salvador Dali, Paul Delvaux, Dorothea Tanning et Max Ernst participent également, pour intégrer une scène du film « Bel-Ami », sorti en 1947. Son ancien compagnon l’emporte mais ce grand tableau sur Saint Antoine marque néanmoins un tournant dans sa carrière. Sa peinture se transforme. Cette toile a bien failli ne pas rejoindre le Musée du Luxembourg, sa propriétaire craignant qu’elle soit vandalisée. Elle s’est heureusement ravisée en décembre et a permis que cette œuvre « très rarement vue » soit exposée, à condition d’être placée sous un verre de protection. « Je crois que c’est la seule version dans laquelle on ne voit pas le saint torturé par la tentation, analyse Carlos Martin en historien de l’art. Leonora a vu le tableau de Jérôme Bosch au musée du Prado de Madrid qui montrait également le saint en paix« .


Leonora Carrington devant son tableau « les tentations de Saint Antoine « 

L’ésotérisme  ou l’obscurité lumineuse : 

Peintre, sculptrice et auteure, Leonora Carrington avait pour livre de chevet l’ouvrage d’Édouard Schuré, Les grands initiés, consacré à l’histoire secrète des religions, une sorte de voyage dans la tradition ésotérique. Elle parsème ses tableaux de signes cabalistiques, d’écriture miroir, d’incantations magiques visibles ou invisibles. « Elle pensait ses œuvres comme des objets rituels et croyait vraiment qu’elle pouvait produire un effet avec ses tableaux« , décrypte la commissaire.

« L’échelle de Jacob.Scène occulte »

 » Demoiselles fuyez, il y a un homme dans la roseraie » -1948

Le TAROT :

Selon la commissaire Tere Arcq, Leonora Carrington a pratiqué l’art du Tarot « non dans une volonté divinatoire mais comme un moyen de se comprendre soi-même et d’exprimer ses intuitions« . Sa vie durant, elle n’a cessé d’explorer les savoirs ésotériques, les croyances oubliées, toute forme de connaissance échappant au rationalisme.


Arcane N° XIX

Le féminisme et l’écologie :

À la différence de nombreuses féministes décrivant la maison comme une prison, Eleonora Carrington considère le foyer, en particulier la cuisine, comme un territoire de création et d’expérimentation.
Un espace où les femmes peuvent retrouver leur pouvoir grâce à l’alchimie, la magie et la sorcellerie.
« Elle parlait d’un féminisme de la conscience« , poursuit Tere Arcq. Pour elle, l’homme et la femme doivent se compléter. « Elle faisait référence, explique la commissaire, au pouvoir des sociétés matriarcales dans lesquelles la femme était la soigneuse, celle qui prend soin des autres mais aussi de la nature, de la planète et de la vie spirituelle de la communauté ». Elle dira à une amie que le rôle principal des femmes consiste à exorciser le mal chez les hommes pour les détourner de la guerre et de la violence.

La cuisine aromatique :

« La cuisine de grand-mère »

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente, du 10 avril au 2 août 2026 la plus importante rétrospective en France depuis 20 ans, consacrée à Lee Miller
Figure essentielle de l’avant-garde internationale, Lee Miller (1907–1977) fut tour à tour mannequin, artiste surréaliste, portraitiste, photographe de mode et correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine.
Longtemps reléguée au rôle d’égérie, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes photographes du XXème siècle.
De nombreux portraits de Léonora Carrington dans l’exposition du musée du Luxembourg sont signés par elle.

« LE » DALI À PERPIGNAN

« Par une chaleur accablante, Dali arrive en gare de Perpignan le 27 août 1965″. 
JACQUES BARDES / L’INDEPENDANT

Un préambule à l’exposition de 2027.

On connaît l’attachement réciproque de Salvador Dali et de la Ville de Perpignan.
En 1963, Salvador Dali ressent à la gare de Perpignan une « extase cosmogonique », et deux ans plus tard, le 27 août 1965, Salvador Dali effectue un voyage solennel… Il arrive à Perpignan en train de marchandise, habillé de son costume de “Grand amiral” et en compagnie de sa femme Gala. Un voyage qui lui permet de décréter officiellement la gare  » CENTRO DEL MUNDO » (“Centre du monde”). Les habitants de Perpignan l’accueillent triomphalement, et la force de persuasion de Dali opère …
Aujourd’hui encore, la Ville de Perpignan cultive cet engouement pour Dali : fresques commandées à des street-artistes, défilé « dalinien » en été , inscription « El Centre del mon » ( « le centre du monde » en catalan) sur le fronton de la gare sncf etc.

Entrée de la gare sncf de Perpignan.

Pour la première fois, le musée Hyacinthe Rigaud accueille une œuvre majeure de Salvador Dalí (1904–1989) dans son parcours permanent. Grâce à un prêt exceptionnel du Centre Pompidou – Musée national d’art moderne de Paris, le tableau Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano (1931), sera exposé durant toute l’année 2026 dans l’ancien salon d’apparat de l’hôtel particulier de Lazerme, au cœur du musée.


Salvador Dalí (1904, Espagne – 1989, Espagne). Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano.

Huile sur toile, 114 x 146 cm. 1931 © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris, 2025.
Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI/Hélène Mauri/Dist. GrandPalaisRmn.

Détail de:
« Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano »
Détail de:
« Hallucination partielle. Six images de Lénine sur un piano »

Cet accrochage exceptionnel marque une étape importante dans la programmation du musée, et préfigure la grande exposition Dalí prévue pour 2027 à Perpignan. Il permet d’inscrire l’artiste catalan dans la mémoire vive du territoire, tout en initiant un dialogue entre son œuvre, le lieu, et le public.

Le musée, durant toute la période d’accrochage du tableau de Dali, organise différentes visites guidées.
Nous avons suivi une « visite flash » de 20 mn animée par Julie Vincent-Carrefour, responsable du service des publics pour le musée Hyacinthe Rigaud, extraits :

Julie Vincent-Carrefour Responsable du service des publics
au musée Hyacinthe Rigaud.

Puis Julie nous a parlé de son métier de « Responsable du Service des Publics » :

Visites flash :
Vacances de printemps : du 18 avril au 2 mai à 15h30.
Tous les jours à 15h30, du mardi au samedi (sauf le 25 avril et 1er mai)
Samedi 27 et dimanche 28 juin à 15h00
Dès 10 ans. Durée : 20 min environ. Tarif : entrée sans supplément

(D’autres visites guidées sont possibles, voir site.)

Entrée du musée Hyacinthe Rigaud.
21 rue Mailly à Perpignan

LE MUSÉE D’ART MODERNE DE CÉRET…

… Lieu mythique de l’Art.

Créé en 1950, rénové et agrandi en 1993 puis en 2022, le MAM est riche de plus de 3000 oeuvres, grâce à de nombreux dons, notamment d’artistes comme Picasso, Soutine, Braque, Juan Gris, Chagall, Dali, Miro… Parmi lesquels certains ont séjourné à Céret, dans les Pyrénées-Orientales.
La collection permanente permet de voir les oeuvres de ces artistes, parfois dans une mise en scène émouvante, comme la salle où est accroché un grand tableau de Marc Chagall en face duquel sont disposés des fauteuils dans la pénombre pour savourer la contemplation !
Le musée a ouvert ses portes à d’autres artistes contemporains comme Vialat, Bioules, Loste, Tapies… Et le « Cabinet graphique » – petite salle d’exposition – propose régulièrement des expositions plus intimistes, comme nous allons le voir avec l’exposition « La guerre et la Paix ».
Deux ou trois fois par an, le MAM présente une exposition temporaire et les animations, colloques, concerts… Invitent les visiteurs à des moments de réflexion, de contemplation et de plaisir.
Actuellement « Mimosa », du duo « Hippolyte-Hentgen ».

Marc Chagall : « Les gens du voyage » 1968.(c) Adagp.Paris 2022. Dépot du MNAM/CCI de Paris

En 2023, le Musée d’Art Moderne de Céret accueille son nouveau directeur :
Jean-Roch DUMONT SAINT PRIEST, alors âgé de 28 ans.
Le 27 février 2026, il reçoit l’insigne de Chevalier des Arts et Lettres.
Avec beaucoup de spontanéité, il a bien voulu nous faire partager ses passions :

Jean-Roch Dumont Saint Priest
Directeur et conservateur du MAM de Céret.
  • « LA GUERRE ET LA PAIX » AU CABINET GRAPHIQUE :
Jean Baptiste ADAT.
Série « guerre d’Irak » Papier journal sur grille d’acier.

Don de l’artiste.
Détail
Ben : « Marianne en deuil pour non respect des droits des peuples »
Réalisée pour le concours « une Marianne pour la Ville de Céret »
1989
Édouard Pignon : « Bataille noire. Bataille aux trois chevaux » 1964.
Peter Saul : « Rights of the individuals » 1989.
Patrick Loste et Élias Sanbar:
« la femme, l’arbre, le cavalier et l’eau bleue »

Livre d’artiste. 2024.
Patrick Loste. Détail du livre.
  • L’EXPOSITION « MIMOSA » : UN BOUQUET DE CONFETTIS !

Poursuivant notre discussion, Jean-Roch Dumont Saint Priest nous parle de « Mimosa » :

Jean-Roch Dumont Saint Priest.

Jusqu’au 31 mai, le musée présente une très belle exposition consacrée à « Hippolyte Hentgen », duo né de la collaboration – depuis 18 ans – de Gaëlle Hippolyte (née en 1977 à Perpignan) et Lina Hentgen (née en 1980 à Clermont-Ferrand).
Une centaine de pièces, entre peintures, installations, dessins, collages, sculptures et vidéos, offre un vaste panorama de leur travail.

Une salle de l’exposition « Mimosa ».

Difficile de « décrire » cette exposition !
Un premier tour dans les salles à la mise en espace sobre et lumineuse vous permettra d’abord d’approcher leur univers unique, à la fois loufoque et réfléchi.
« Jubilatoire » est le mot qui nous vient en déambulant de nouveau et en s’arrêtant pour détailler les « montages » de bouteilles en verre remplies de photos et surmontées de petits oiseaux en faïence…

« L’œuvre d’Hippolyte Hentgen hybride les codes de l’histoire de l’art, de la bande-dessinée, de la presse, de l’animation ou encore d’affiches, posters et de photographies anonymes. Le duo développe un répertoire visuel ambigu, exubérant et critique en manipulant l’imagerie populaire avec fantaisie et impertinence. » (…) « L’exposition s’ouvre par plusieurs peintures murales réalisées in situ pour Céret.
Puis les deux plasticiennes investissent les murs du musée pour y déployer des fresques monumentales qui dialoguent avec un ensemble de dessins. Cette pratique dessinée constitue l’essence même de leur collaboration, l’une et l’autre représentant des formes de leur époque. » Extraits du Dossier de Presse.


Le Musée d’Art Moderne de Céret est ouvert toute l’année – sauf les lundis hors saison –
de 10h à 18h.
Sur le site du musée : www.musee-ceret.com allez sur l’onglet « La Collection » et vous aurez accès à TOUTES les oeuvres que possède le musée (soit environ 3500..)

Bonnes visites !

POUR L’AMOUR DE L’ART

Affiche de l’exposition des artistes amateur.e.s de la ville de Dinan.

« Amatore !  » (« Amateur ! »)

Cette interjection en italien, lancée à quelqu’un dont on juge que le travail n’est pas abouti, souligne l’aspect péjoratif de la notion d’amateurisme. Or étymologiquement le mot « amateur » signifie : celui ou celle qui aime… Et c’est seulement au XVIII ème siècle qu’apparait la précision amateur-connaisseur et au XIX ème celle d’amateur-praticien. « Même si les activités artistiques sont liées à la créativité, l’art est différent du travail dans le sens où l’activité artistique est assimilée à la liberté et au plaisir.  
S’il est communément admis que le sport a de multiples vertus pour la santé, sociales, mais aussi mentales, pourquoi ne pas le dire davantage pour les pratiques artistiques qui relèvent finalement des mêmes mécanismes : jeu, plaisir, dépassement de soi, hygiène de vie, socialisation, régularité, etc. ?
En France, 23 millions de personnes déclarent avoir au moins une pratique artistique régulière « non professionnelle ».
Une grande majorité de ces personnes amateur.e.s trouve dans leur pratique artistique une échappatoire ou une alternative salutaire à leur environnement professionnel routinier, morose ou problématique, et/ou tout simplement le bonheur de créer !
L’article 32 de la loi n° 2016-925 de 2016 définit le statut de l’amateur : « Est artiste amateur dans le domaine de la création artistique toute personne qui pratique seule ou en groupe une activité artistique à titre non professionnel et qui n’en tire aucune rémunération. »

Les personnes qui pratiquent en amateur entretiennent rarement un désir de professionnalisation.
Passé les années de formation, « être repéré·e » ou « faire carrière » n’est plus un sujet et il faut pouvoir le dire et l’entendre sereinement.
Évitons de confronter les modèles : les amateur·es ont des besoins et des attentes spécifiques, et ne souhaitent pas être comparé·es ou opposé·es aux professionnel·les.
Sans pouvoir ou vouloir y dédier des moyens considérables, le fait d’inscrire une dimension « pratiques amateures » dans une politique culturelle, encouragerait les personnes concernées à se faire connaître, à se parler entre elles, à sentir leur légitimité.

« Le manque de visibilité serait-il inhérent à la pratique en amateur dans la mesure où une meilleure reconnaissance pourrait aboutir à institutionnaliser « l’ininstitutionnalisable » ? 
Les pratiques en amateur n’ont-elles pas vocation à rester le travail de l’ombre, le rendez-vous intime, la satisfaction personnelle ?
Pour rester des pratiques libres, les pratiques en amateur doivent-elles rester cachées ?
Le « beau » travail est-il  celui qui nous rend heureux·se, ou celui qui satisfait les autres ? 
La pratique amateur relève ici du droit de donner le meilleur de nous-mêmes dans la réalisation, le droit aussi d’être fièr.e de l’action accomplie, l’occasion de se sentir vivant·e, pleinement soi-même, et pleinement parmi les autres. 
Il est question ici de dignité ».
(Sources : Article juillet 2025 – Le travail en amateur Sonia Leplat, directrice générale de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs Paris)

Du statut légal et économique à l’acception étymologique – celle ou celui qui aime – le mot « amateur » semble ne pas donner à voir toutes les facettes possibles de la pratique.

À travers trois portraits d’artistes amateurs : Maître-verrier, mosaïste, tourneuse sur bois/peintre et un reportage sur une chorale, il et elles vont nous raconter leurs pratiques… Leur amour de l’Art.

Alain HAZANE, maître verrier.
Création A.Hazane.
Création A.Hazane.
Création A.Hazame.
Création A.Hazame.

Dans l’atelier animé par Alain Hazame, nous avons suivi le travail de Constance :

Le vitrail de Constance….
… En chantier !
Découpe du verre…
…Meulage….
Préparation du plomb pour sertir.
Alain conseille Constance.

Isabelle Florentin, mosaïste
Tapisserie de Jean Lurçat.
« Oiseau de feu » d’ Isabelle Florentin.
Création d’I.Florentin.
Création d’I.Florentin.
Création d’I.Florentin.
Isabelle Florentin à l’atelier mosaïque…
… Tout en minutie et précision 🙂
Michèle Suzanne, tourneuse sur bois et peintre.
Bois tourné de M.Suzanne.
Bois tourné de M.Suzanne.
Bois tourné et peinture de M.Suzanne.
Création peinte de M.Suzanne.
Création peinte de M.Suzanne.
Réalisation en « Pouring ». M.Suzanne.
Réalisation en « Pouring ». M.Suzanne.

Le mot Pouring signifie littéralement « en versant ». Il s’agit en effet d’une technique artistique qui consiste à verser de la peinture fluide, directement sur le plan de travail, une toile ou une autre surface.
Le Pouring est une technique dans laquelle la couleur et les pigments sont les véritables protagonistes. Cette méthode, très appréciée, utilise de la peinture acrylique.
Pour obtenir un effet remarquable, la peinture est diluée de manière à ce que chaque teinte reste distincte des autres. Association de couleurs, combinaisons et imagination sont les seuls ingrédients nécessaires pour un résultat époustouflant.

Réalisation en « Pouring ».

La chorale de femmes « Sono Solo Canzonette » est dirigée par Paola Niggi.
Rencontre avec les choristes qui vous proposent quelques-unes des chansons de leur répertoire, des interviews et surtout de la bonne humeur !
Tournage réalisé le 9 octobre 2022 à Paris, par Marc Quentin et Jane Da Silva 🙁www.choralecanzonette.fr)

Chorale « Sono solo Canzonette.

Au cours de nos reportages, nous avons constaté que les ateliers de pratiques artistiques étaient presqu’exclusivement fréquentés par des femmes…
Une récente étude du gouvernement précise que : « Si les hommes et les femmes s’engagent dans les mêmes proportions dans la pratique en amateur, les arts graphiques et manuels, l’écriture et le spectacle vivant sont plus féminisés que les autres activités : 61 % des personnes qui pratiquent un art graphique ou manuel sont de sexe féminin, plus particulièrement pour la poterie (78 %). L’écriture séduit aussi davantage les femmes (64 %), en particulier lorsqu’il s’agit de la tenue d’un journal intime (72 %) et, enfin, les femmes sont majoritaires parmi les danseurs amateurs (71 %).
En revanche, les activités scientifiques et techniques sont plus masculinisées : les hommes y sont davantage représentés (61 %), et plus particulièrement au sein d’activités techniques comme observer les étoiles, faire des recherches historiques, etc. (66 %). »

L’Art d’être Curieux remercie Alain, Constance, Isabelle (associations « Art et Culture » et « Mosaïc’Art » dans les Pyrénées-Orientales) et Michèle, ainsi que la chorale « Sono solo canzonette », de Paris, pour leur aimable participation à cet article.

GELUCK EXPOSE LE CHAT

Jusqu’à une date non précisée le Musée Maillol à Paris a proposé à Philippe Geluck d’exposer
« Le Chat »… Ou bien « Le Chat » a-il proposé à Philippe Geluck de s’exposer au musée Maillol ?

(Photos vidéos : Aurélien Delacroix 
« Salut ! Ca va ? « sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)
Philippe Geluck. (c) Studio Fifty-Fifty

« En une heure et demie, le visiteur découvrira le parcours inattendu d’un gamin qui comprend très jeune sa faculté de faire rire les autres par ses dessins d’humour noir et décalé et qui, dès ses 14 ans, se met à en produire en quantité, nourri au biberon de ses idoles (Siné, Bosc, Chaval, Sempé, Reiser…).
Cela le mènera tout naturellement à devenir… Comédien et à monter sur les planches durant 10 ans, à se muer en animateur ou chroniqueur radio et télé, d’abord en Belgique et puis en France, notamment aux côtés de Laurent Ruquier et Michel Drucker.
Mais cela n’est rien à côté de ce qui va lui arriver en 1983, lorsqu’il invente Le Chat qui deviendra en quelques années une icône de la bédé, le chouchou des galeries d’art et le sujet de nombreuses expositions, notamment sous forme de sculptures monumentales en bronze sur les Champs- Élysées à Paris. »
(extrait du Dossier de Presse).

Extrait du diaporama sur l’installation des sculptures monumentales du Chat.
(Photos vidéos : Aurélien Delacroix 
« Salut ! Ca va ? « sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)

« Pif, paf pouf. C’est un bon début ». C’est en tout cas ceux du Chat dans « Le Soir » (Journal belge) le 22 mars 1983. C’était tellement crétin que cela a fait rire tout le monde !
En 1986, Le Chat est édité en album, aux éditions Casterman, au départ un peu sceptiques quant aux chances de réussite en librairie d’un recueil de cartoons… Pourtant le succès est immédiat en Belgique et en Suisse. Lorsque, un an plus tard, l’auteur leur proposera un second volume, l’éditeur n’hésitera plus ! (…) Le Chat est devenu en 40 ans l’animal le plus populaire de la BD franco-belge. 25 albums ont été publiés chez Casterman, plusieurs best of, catalogues et livres de textes. Il est traduit en 17 langues dont l’anglais, le néerlandais, l’italien ou le coréen.( Extrait du Dossier de Presse)

UN PARCOURS AUTOBIOGRAPHIQUE

L’enfance, les premiers dessins, puis les premiers contrats… La naissance du personnage du Chat…
Et toujours le théâtre et le cinéma pour le plaisir et pour vivre !

Les bulles du dessin que tient la femme du shah d’Iran:
« Dans certains pays, quand le chat est parti »… « Les souris ne dansent pas »…

« Car la musique est interdite ».

Quand le Chat s’amuse des artistes…

À propos de « L’origine du monde » de G.Courbet…..
(Photos vidéos : Aurélien Delacroix. 
« Salut ! Ca va ? » sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)
P.Geluck (c) Studio Fifty-Fifty

En 2020, nous avions eu le plaisir de rencontrer Philippe Geluck à Rodez pour son exposition au musée Soulages (voir article « La patte de Geluck » du 27/10/2020).
Autant le Chat est insolent, incisif et dérangeant, autant Philippe Geluck est un homme d’une grande simplicité, humain et très empathique !
Le Chat – son double négatif – nous fait sourire et rire, Philippe Geluck nous émeut…
Nous vous proposons de (ré)écouter cette réponse de Philippe Geluck à propos de l’assassinat de Samuel Paty et de la liberté d’expression :

Itw du 24/10/2020 (c) Sylvie Maugis pour « L’Art d’être Curieux ».
Dédicace de P. Geluck pour « L’Art d’être Curieux » 2020.

Musée Maillol
59-61 rue de Grenelle 75007 PARIS

1925-2025 : PARIS CÉLÈBRE LE CENTENAIRE DE L’ART DÉCO

TROISIÈME PARTIE :
AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS de PARIS

Le Musée des Arts Décoratifs (MAD) fut fondé au milieu du XXe siècle par un groupe d’industriels et de collectionneurs pour encourager la créativité et l’innovation. Le musée est toujours aujourd’hui une grande source d’inspiration pour les créateurs.
Promouvoir « le Beau dans l’Utile » : ses collections sont composées de mobilier, céramique, orfèvrerie, design, mode et textile, bijoux, verre, jouets, publicité, dessins, photographies et papiers peints…
Avec près d’un million et demi d’oeuvres, le MAD conserve l’une des plus importantes et des plus belles collection d’arts décoratifs du monde.
C’est pourquoi il paraissait impensable à l’équipe du musée de ne pas célébrer le centenaire du mouvement « Art Déco » !

L’exposition « 1925-2025. CENT ANS D’ART DÉCO » puise dans le fonds remarquable du MAD, enrichi d’œuvres prêtées par de grandes institutions et collections privées, pour présenter des pièces emblématiques.
Organisée selon un vaste parcours chronologique et thématique qui se déploie dans la nef et dans les galeries aux 2e et 3e étages du musée, l’exposition retrace les origines, l’apogée, le développement et les réinterprétations contemporaines de l’Art déco.

Elle révèle la richesse et l’actualité d’un mouvement en constante évolution et propose un voyage au cœur de la création des années folles et de ses chefs-d’œuvre patrimoniaux.
Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches et pièces de mode : plus de 1200 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un mouvement qui continue de fasciner.

L’exposition s’ouvre de façon spectaculaire sur le mythique Orient Express, véritable joyau du luxe et de l’innovation.
Symbole du voyage raffiné et du savoir‐faire français, l’Orient Express connaît son âge d’or dans les années 1920. Décoré par de grands artistes comme René Prou ou René et Suzanne Lalique, il devient un manifeste roulant de l’esthétique Art déco.

L’Orient Express debout dans le hall du MAD.

Cent ans plus tard, ce mythe renaît !
Le Musée des Arts Décoratifs dévoile en exclusivité, dans la Nef du musée, des maquettes d’intérieur grandeur nature du futur Orient Express, réinventées par le directeur artistique Maxime d’Angeac, dialoguant avec une cabine Art déco de 1926 provenant des collections du musée.
Héritier du style et de l’univers des métiers d’art, son projet fusionne artisanat d’excellence, innovations technologiques et design contemporain pour inventer le train du XXIe siècle.
En 2025 comme en 1925, l’Art déco inspire un luxe tourné vers l’avenir.
(Il paraîtrait que les réservations soient déjà bouclées jusqu’en 2030 ! )

Salon/bar du nouvel Orient Express
Couloir du nouvel Orient Express

L’ART DÉCO est né dans les années 1910 dans le sillage des réflexions européennes sur l’ornementation, et puise dans les recherches de l’Art nouveau. Il se développe pleinement dans les années 1920 et se distingue par une esthétique structurée, géométrique, élégante, qui allie modernité et préciosité. Ses formes séduisent les décorateurs, architectes et fabricants d’alors, mais restent souvent réservées aux catégories sociales aisées, du fait du coût élevé des matériaux et de la finesse des techniques mises en place à cette époque. L’Art déco incarne une période marquée par une soif de nouveauté, de vitesse, de liberté. Il touche tous les domaines de la création : mobilier, mode, joaillerie, arts graphiques, architecture, transports…
L’exposition revient ainsi sur les différentes tendances de l’Art déco, entre l’abstraction géométrique et le goût du décoratif.

Dans cette foisonnante (peut-être un peu trop…) exposition, tous les domaines de la création artistique et de la décoration sont présentés : les verreries, la tabletterie, les arts de la table, illustrés par des pièces à la modernité saisissante. Le rôle fondamental du dessin est mis en lumière à travers des projets décoratifs, d’architecture intérieure et de mobilier.
L’univers de la mode et des arts textiles est représenté par plusieurs vêtements : capes, vestes, robes…mais aussi des dessins de textiles et des bijoux

Salle des affiches.

– LE MOBILIER :

Reconstitution….
… D’intérieurs.
Fauteuil Sirène et Paravent
Buffet ayant appartenu à Sonia et Robert Delaunay.
« Swedish Grace » l’attrait du mobilier suédois.. Déjà ! 🙂
Commode de Paul Iribe. 1912.

– ARTS DE LA TABLE :

Projet d’assiette de Camille Fauré.1926
Coffret de J.Goulden. 1928
Vase Paon de G.Chevalier. Manufacture Baccarat. 1925.
Vitrine de divers objets de vaisselle.
Détail : service à liqueurs.

– DÉCORATION :

Grille Paons de Léon Conchon. 1922.
Lévrier de G.Lebourgeois. 1920.
Papiers peints.
Satin de viscose « Les jets d’eau » .1925.
E.Bénédictus.
Satin de soie « Les Ananas » . 1923.
Charles Martin.
Surtout « Grenouilles et poissons ». 1905.
René Lalique
Détail .
Détail d’une grenouille.
Un « surtout » est une pièce de vaisselle décorative
que l’on place au milieu d’une table.

– MODE :

Veste créée par Sonia Delaunay.
Espace de la maison de couture Madeleine Vionnet.
Bijou.
Bijou.
Chapeau.
Mannequins de cire présentant des bijoux de chez Cartier.
Kimonos, très prisés dans les années 1920-1930.
Cette évolution d’un vêtement traditionnel japonais témoigne des échanges culturels existants entre le Japon et l’Occident .
Fêtes bourgeoises.

Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli 75001 Paris.

1925-2025 : PARIS CÉLÈBRE LE CENTENAIRE DE L’ART DÉCO

Première partie :
Paris 1925, L’Art déco et ses architectes

Jusqu’au 29 mars 2026, La Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris, célèbre le centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925, en ressuscitant ses pavillons disparus à l’achèvement de la manifestation.

Entrée de l’exposition de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

Présentée dans un espace restreint, l’exposition séduira surtout les amateurs d’architecture et d’histoire urbaine :

Art nouveau, Art déco : faire la différence ! 
Très proches dans le temps, les styles Art Nouveau et Art Déco diffèrent considérablement.
Le premier aime les fioritures, les feuilles et les fleurs délicates, quand le second préfère les formes droites, les lignes géométriques et les matériaux costauds.
En résumé, l’un rêve de nature, l’autre de modernité.

  • Le style Art Nouveau (1890-1914) s’est affirmé comme une authentique rupture, en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire. Si la nouveauté, la virtuosité et la technicité de ce style charmèrent nombre de contemporains, son exubérance et l’égocentrisme de ses hérauts eurent cependant raison de sa diffusion et de sa postérité. 
Façade d’un hôtel
  • Le style Art Déco (1919-1940) lui succède avec ses formes géométriques simples et épurées.
    Plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne, il devient le premier style véritablement industrialisé. Conçu à la source, dans un raffinement de formes et de matières, par des créateurs œuvrant souvent à plusieurs mains pour assouvir le goût du luxe d’une clientèle de prestige, il sera plus aisément déclinable pour le plus grand nombre et commercialisable afin de conquérir le monde.
    Ce n’est qu’en 1960 que ce mouvement artistique d’Arts décoratifs pendra le nom d’Art Déco.
Cinéma « Le Rex » à Paris.

L’Art Nouveau et l’Art Déco dans la sculpture :

À gauche : « La Danseuse à l’écharpe » Commande au sculpteur Agathon Léonard en 1898 qui fut l’un des grands succès de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris et à droite La Joueuse de luth, 1934.
Musée de la céramique à Sèvres.

L’exposition de 1925,  les bases de la modernité 
Le 28 avril 1925, un vent de modernité souffle sur Paris : l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes est inaugurée par le président de la République Gaston Doumergue, en présence de 4 000 privilégiés, et des milliers de visiteurs se pressent chaque jour dans les allées pendant les six mois de manifestation. 
Programmée en 1915, repoussée à 1916, ajournée pour cause de guerre à 1922, puis en 1924, l’Exposition  Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Moderne  aura enfin lieu en 1925, du 28 avril au 8 novembre et reflètera le bouillonnement créatif d’une société d’après-guerre en pleine transformation. 
C’est un site central, en plein cœur économique de Paris, facile d’accès, qui est finalement choisi en octobre 1922. Une véritable ville dans la ville de 23 hectares – terrain exigu au regard des précédentes expositions universelles – s’élève en une année, ordonnée sur deux axes principaux : du rond-point des Champs-Élysées à l’esplanade des Invalides en passant par le pont Alexandre-III et, sur les deux rives de la Seine, de la place de la Concorde au pont de l’Alma, Grand Palais compris. Trois portes principales lui donnent accès : la porte d’Honneur, édifiée entre le Grand et le Petit Palais, la porte de la Concorde, à l’entrée des jardins du cours la Reine et, rive gauche, la porte d’Orsay. 

Vue aérienne de l’exposition 1925.
Liste des sites de l’exposition.
Vue générale de l’exposition

La Tour Eiffel s’invite dans la manifestation. Inaugurée le 15 mai 1889, jour de l’ouverture de l’Exposition Universelle, elle va faire un spectacle lumineux de 45 secondes en scintillant dans le ciel de l’exposition de 1925. Toute une histoire :

Les chantiers : 
La première pierre de l’Exposition est posée le 26 mars 1924. La modernité de nombreux pavillons qui s’élèvent en plein cœur historique de la capitale contraste si fortement avec l’architecture environnante qu’elle alimente, dès les premiers jours du chantier, de véhéments débats.
Soucieux d’harmonie, le commissariat général impose aux architectes intervenant sur l’esplanade des Invalides un gabarit précis : la hauteur des édifices ne peut excéder 5 mètres et l’angle maximal des toitures doit être de 45 degrés. Ces contraintes sont à l’origine de la silhouette pyramidale de l’hôtel du collectionneur et du pavillon Primavera. Compte tenu du caractère éphémère de l’Exposition, les architectes privilégient des matériaux tels que le bois, le métal, le béton de mâchefer ou le staff. Ils ont interdiction de toucher aux arbres et à leurs branches. Ultime consigne : ne pas creuser en profondeur dans le sol de Paris, traversé de réseaux complexes de fluides, de câbles, d’égouts et par les voies de chemin de fer de la gare souterraine des Invalides. 

Les Architectes et leurs œuvres :
Bien que vouée à la promotion des arts décoratifs et industriels, l’Exposition de 1925 accorde une attention particulière à l’architecture et ses créateurs. L’Exposition universelle de 1889 avait vu triompher l’usage du métal dans l’architecture ; l’Exposition de 1925 consacre, quant à elle, le béton armé. Elle est le terrain d’expression de la diversité et des débats qui agitent alors le monde de l’architecture. 
Les architectes érigent des pavillons-manifestes de leur style, des plus classiques, comme Louis Süe, aux plus modernes, comme Robert Mallet-Stevens. Empreint d’une esthétique soignée, chaque projet intègre tous les enjeux d’un mode de vie moderne : préceptes hygiénistes, construction et distribution rationnelles des espaces, usage de l’automobile, de l’électricité, des télécommunications… 

L’exposition révèle bien une volonté de production, de diffusion et de conquête des marchés.
C’est ainsi que les Grands Magasins du Louvre, des Galeries Lafayette, du Printemps et du Bon Marché confient leurs pavillons à des architectes de renom.
Une Rue et une Galerie des boutiques ouvriront aussi respectivement sur le Pont Alexandre III et sur l’Esplanade des Invalides. Les grandes manufactures de l’État sont présentes et rivalisent de moyens pour séduire les visiteurs, notamment étrangers. 
Le pavillon de L’Ambassade Française porte bien son nom et son ambition, celle de montrer l’excellence hexagonale dans toutes ses composantes : mobilier, ferronnerie, éclairage. Tous les grands noms de la décoration y sont réunis, y compris Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933), décorateur. 

Salle de réception du pavillon de l’ambassade de France
  • Robert Mallet Stevens : En 1925, Robert Mallet-Stevens (1886-1945) est encore peu connu du grand public. Diplômé de l’École spéciale d’architecture de Paris en 1906, il est d’abord influencé par les différents courants artistiques émergents. Dans tous ses projets, Mallet-Stevens travaille en équipe avec sculpteurs, maîtres-verriers, décorateurs, éclairagistes. Il est celui qui incarne l’esprit Art déco, intégrant les arts appliqués à ses architectures quasi abstraites.
    À l’Exposition de 1925, il est l’auteur de plusieurs pavillons, notamment de l’édifice le plus spectaculaire de l’événement, le pavillon des Renseignements et du Tourisme d’une modernité extraordinaire au pied du Grand Palais Belle Époque. Son beffroi à horloge sera copié dans le monde entier, de Tunis à Rio.
Pavillon du Tourisme.
  • Louis-Hippolyte Boileau (1878 – 1948) : Artiste décorateur moderne en 1924-1926, membre du jury de l’Exposition des arts décoratifs en 1925.
La Porte d’Orsay.
  • Pierre Patout : Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris en 1903, Pierre Patout (1879-1965) est considéré comme l’un des protagonistes de l’Art déco. À l’Exposition de 1925, Patout présente cinq projets : la porte de la Concorde, le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres, les réalisations de Patout incarnent la perméabilité des différents courants architecturaux de l’entre-deux-guerres. 
Porte de la Concorde.
  • Auguste Perret : brillant élève de l’École des beaux-arts de Paris, Auguste Perret (1874-1954) la quitte en 1898 sans diplôme.
    Grâce à ses projets en béton armé, tels que l’immeuble du 25 bis, rue Franklin (1923, Paris 16e), réalisé en collaboration avec son frère Gustave et le Théâtre des Champs-Élysées (1913, Paris 16e) considéré comme le premier bâtiment Art déco de Paris.
    En 1925, ils conçoivent le théâtre éphémère de l’Exposition. Inspiré du palais de Bois que les frères avaient construit un an auparavant pour le Salon des Tuileries, ce théâtre répond pleinement au caractère provisoire de l’Exposition : le bois dont il est presque entièrement bâti pourra être récupéré lors de sa démolition. 
    (Beaucoup plus tard Auguste Perret va concevoir la reconstruction de la ville du Havre en Normandie, détruite par les allemands pendant la guerre.)
Le théâtre Éphémère.
  • Henri Sauvage : (1873-1932) est un architecte reconnu quand s’ouvre l’Exposition de 1925.
    Animé par une exigeante méthode rationaliste, il défend l’industrialisation de l’architecture tout en y intégrant la notion de décor.  Il initie dès 1909 une réflexion sur les rapports entre la structure et le revêtement et devient l’un des inventeurs de l’Art déco. En 1925, il réalise le pavillon Primavera pour les ateliers d’art des magasins du Printemps :
  • Louis Süe et André Mare : L’architecte Louis Süe (1875-1968) et le peintre André Mare (1885-1932) comptent parmi les fondateurs du mouvement Art déco, promoteurs à l’orée de la Première Guerre mondiale de la tendance classique du premier Art déco. Süe et Mare participent à l’Exposition de 1925 en édifiant deux pavillons à coupole se faisant face sur l’esplanade des Invalides : l’un intitulé musée d’Art contemporain, sous l’enseigne de la Compagnie des arts français, l’autre pour la maison de la serrurerie d’art Fontaine :
La maison de serrurerie d’art Fontaine
  • Albert Laprade : après son diplôme obtenu à l’École des beaux- arts de Paris en 1907, Albert Laprade (1883- 1978) commence sa carrière au Maroc avant de s’installer à Paris en 1919. Sa réalisation la plus remarquée à l’Exposition est le Studium-Louvre, le pavillon édifié pour les ateliers d’art des Grands Magasins du Louvre :
  • Henry Favier : architecte et décorateur, Henry Favier (1888- 1971) est un homme pluridisciplinaire à l’image de son temps. Jeune diplômé en architecture en 1923, il est inconnu du grand public quand s’ouvre l’Exposition de 1925. Excellent dessinateur, il intègre l’École des beaux-arts de Montpellier puis celle de Paris. Pour cette manifestation, Favier il signe la porte d’Honneur de l’Exposition de 1925, en collaboration avec André Ventre, et le pavillon du journal L’Intransigeant
Porte d’honneur de l’exposition.
Plan du pavillon de  » l’Intransigeant ».
  • Le Corbusier : Charles-Édouard Jeanneret (1887-1965) est encore méconnu du grand public lorsqu’il candidate, tardivement, à l’Exposition de 1925.
    Après un passage au sein de l’agence des frères Perret, il vient de fonder son atelier parisien (1922) et n’a encore que peu construit. C’est avant tout grâce à la revue L’Esprit nouveau (1920) que l’architecte – qui prend alors le pseudonyme de Le Corbusier – bénéficie d’une notoriété intellectuelle internationale.
    Pour 1925, Le Corbusier et Pierre Jeanneret, son cousin et associé, imaginent un pavillon-manifeste qui concrétise les idées développées dans L’Esprit nouveau, en particulier la nécessité de concevoir des architectures types reproductibles industriellement et débarrassées de tout enjeu esthétique. Il détourne alors la demande officielle – présenter la maison d’un architecte – en proposant une cellule type en « L » construite avec des matériaux standardisés et préfabriqués. Cette cellule type est tirée de son projet d’immeubles-villas (1922). Le Corbusier fera de 1925 une date symbolique majeure dans la genèse de son œuvre architecturale et urbanistique ainsi que dans l’élaboration de son mythe. 
    (Au même niveau que l’exposition Art Déco, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine propose une reconstitution d’un appartement de la Cité Radieuse, immeuble créé par Le Corbusier en 1952 à Marseille.)
« Pavillon de l’Esprit Nouveau » vidéo diffusée sur l’exposition.

Le renouveau du jardin 

Les jardins de l’Exposition de 1925 sont à l’image de la transformation qui s’est progressivement opérée dans la conception des jardins avant-guerre.
Le renouveau de l’art du jardin est à rechercher dans deux directions différentes, sinon opposées. La première s’apparente à une forme de nationalisme, le jardin à la française, avec sa maîtrise du végétal et la géométrie de sa composition, revendiquée par Pierre Véra dans un texte de référence dès 1912. La seconde est la redécouverte du jardin « maure », également géométrique et surtout limité en surface où l’eau, entre fontaines et filets cristallins, joue un rôle très important. 
Les réalisations de Laprade notamment, à l’Exposition de Paris, traduisent ces deux références à la géométrie du jardin à la française et à l’usage parcimonieux de l’eau et des matériaux de briques et de céramiques des jardins « maures ».
En collaboration avec les sculpteurs Jan et Joël Martel (1896-1966), Robert Mallet-Stevens aménage également un jardin moderne devant le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres avec une des quatre tours de l’architecte Charles Plumet.
Albert Laprade fait partie des premiers rénovateurs contemporains de l’art du jardin et crée à l’Exposition de 1925 deux jardins éphémères : le bassin des Nymphéas au centre de l’esplanade des Invalides et le jardin des Oiseaux, inspiré par les jardins marocains.

Des jardins…..
… Divers.

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine se trouve dans le Palais de Chaillot
1 place du Trocadéro 75016 Paris

Deuxième Partie:
Paris 1925,  Les ateliers d’art des grands magasins,
vitrines de l’Art Déco.

La bibliothèque Forney à Paris.

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, la Bibliothèque Forney à Paris, spécialisée dans les beaux-arts, les arts décoratifs et les métiers d’art, présente jusqu’au 28 février 2026, une exposition sur les ateliers d’art de quatre grands magasins parisiens : « Primavera » du Printemps, « Pomone » du Bon Marché, « La Maîtrise » des Galeries Lafayette et « Studium Louvre » des Grands Magasins du Louvre.

La bibliothèque Forney installée depuis 1961 dans l’hôtel de Sens – rare vestige de l’architecture médiévale civile à Paris – a été fondée à la fin du XIXe siècle grâce à un legs fait à la Ville de Paris par Aimé-Samuel Forney, un industriel soucieux de revaloriser la situation des métiers d’art et de favoriser l’éducation des artisans. La bibliothèque Forney est l’une des grandes bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris.

Hôtel de Sens / Bibliothèque Forney.
côté rue du Figuier

Les Ateliers d’Art des grands magasins :

  • Créés entre 1912 et 1922, les ateliers de création sont dirigés par des artistes décorateurs renommés : Charlotte Chauchet-Guilleré, Paul Follot, Maurice Dufrène, Étienne Kohlmann. 
    Leur participation à l’exposition de 1925 est particulièrement remarquée.
    Les studios – « Primavera » au Printemps, « Pomone » au Bon Marché, « Studium Louvre » aux magasins du Louvre et « La Maîtrise » aux Galeries Lafayette – présentent chacun, dans un pavillon dédié, les dernières tendances du mobilier et de la décoration, contribuant grandement au succès de cet événement.

Conformément au cahier des charges de l’exposition, l’ensemble des pavillons et autres constructions étaient appelées à être démolies à la fin de la manifestation.

Les pavillons des ateliers d’Art des grands magasins dans l’exposition.

L’exposition met en avant le rôle particulier joué par les ateliers d’art des grands magasins en relatant la préparation de l’exposition de 1925 depuis 1900, leur place centrale dans celle-ci, et enfin l’importance des artistes novateurs qui y travaillaient dans les différents métiers d’arts concernés. 
Les œuvres sont issues en majorité des collections de la bibliothèque Forney et de celles des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris mais aussi, pour le mobilier, les céramiques et le textile, d’autres institutions culturelles publiques ou de collections privées avec, entre autres, le Mobilier National ou les services Patrimoine des magasins du Printemps, du Bon Marché, des Galeries Lafayette, de Tassinari-Chatel ou de Pierre Frey.

Les décorateurs ont fait travailler tous les plus grands artistes qui inventent l’Art déco dans les domaines du mobilier, des tissus, de la céramique, du verre…  Les catalogues commerciaux, affiches, papiers peints, photographies, objets publicitaires, catalogues d’expositions, périodiques, cartes postales…
Tous ces supports de publicité ont largement participé à la diffusion d’une nouvelle esthétique qui fait le lien entre l’Art Nouveau du début du XXe siècle et les formes géométriques simplifiées qui seront à l’honneur dans les années 1930. 

Les stratégies publicitaires :

Catalogue de Kohlmann.
Studio « La Maîtrise » Galeries Lafayette.
Catalogue Primavera – Le Printemps
Catalogue « La Maîtrise » Galeries Lafayette.
Catalogue « Studium ». Louvre
Catalogue « Studium » – Louvre

Les ateliers d’Art et les innovations : 

  • Les papiers peints :
Papier peint – Atelier Martine – « Les Eucalyptus ».
Papier peint L’Amazone, motif 1923 –
Line de Andara(1895-1981)

  • Les textiles :
Les soieries.
Toiles et étoffes.
  • Les céramiques :
Animaux divers.
Objets divers.
Chat blanc, chat noir.
  • Le mobilier :
Meubles moderne – Catalogue du Studium – Au Bon Marché.

L’exposition – gratuite – de la bibliothèque Forney  nous a fait découvrir un aspect méconnu de l’histoire de l’Art Déco en révélant comment le commerce et l’art se sont alliés pour démocratiser la création et renouveler l’esthétique du quotidien.
L’Art d’Être Curieux vous invitera au Musée des Arts Décoratifs de Paris, pour la troisième et dernière partie de la célébration du centenaire de l’Art Déco, le 31 janvier.

Bibliothèque Forney :
1 rue du Figuier à Paris (4e arrondissement)
ENTRÉE LIBRE

FLASH INFO :
La très belle exposition « Georges de la Tour »

est prolongée jusqu’au 22 février au musée Jacquemart-André à Paris.
Voir « L’Art d’être Curieux » du 29/11/2025.

VASTE EMPIRE QUE CELUI DU SOMMEIL ! UN LABYRINTHE SANS FIN…

Jusqu’au 1er mars 2026, le musée Marmottan Monet à Paris accueille l’exposition : “L’Empire du sommeil” .
L’exposition s’étend du XIXe au XXe siècle pour être fidèle à l’esprit des collections du musée, focalisé sur le « long XIXe siècle », des Lumières à la Grande Guerre.
Cette période privilégiée permet d’explorer l’art et la science du sommeil au travers de l’impact de l’industrialisation, du romantisme et de la naissance de la psychanalyse. Le sommeil devient alors un thème symbolique, riche en interprétations, à la fois mystique et scientifique. 

Entre peintures, sculptures, dessins et documents scientifiques, 130 œuvres signées autant par de grands artistes que par d’illustres inconnus, allant de 1800 à 1920, avec des incursions dans un passé plus lointain ou, a contrario, dans des champs davantage contemporains, nous invitent à une immersion dans « l’Empire du sommeil » cet état naturel de repos du corps et de l’esprit, pendant lequel l’activité consciente est réduite et le corps se régénère.

Entrée de l’exposition.

L’exposition invite à réfléchir aux multiples formes de la représentation du sommeil et enrichit la lecture de chaque œuvre présentée. L’objectif est de faire redécouvrir des représentations oubliées ou marginales qui mettent en évidence l’ambivalence du sommeil : repos réparateur, mais aussi image de vulnérabilité.

« L’exposition interroge la portée symbolique, allégorique et scientifique du sommeil à travers les siècles. » – Laura Bossi, Commissaire de l’exposition.

L’exposition essaie de dévoiler en huit chapitres, du « Doux sommeil » aux « Portes du rêve » et au « Sommeil troublé », les mystères du sommeil. Elle se propose à la fois de mettre au jour les représentations de cet état si particulier, si bien caché, et d’entrouvrir le labyrinthe sans fin du monde des rêves, où les artistes et les poètes laissent libre cours à leur imagination créatrice. 

Chaque chapitre illustre un aspect spécifique du sommeil, de la symbolique religieuse aux approches médicales modernes. Visiteurs et visiteuses  parcourent ainsi une vaste fresque où art sacré et visions profanes dialoguent.

  • LES FIGURES DU SOMMEIL DANS LA BIBLE  :

Pour saisir les diverses facettes du sommeil, il faut remonter aux origines de la culture occidentale – la Bible d’abord puis la permanence des mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la Genèse, le sommeil appartient à la symbolique des origines : Adam est endormi lors de la création d’Eve.
Le sommeil de l’enfant Jésus est souvent représenté comme une anticipation de la Passion, et la douceur de l’iconographie de la Vierge qui observe l’Enfant endormi rejoue la douleur de la Pietà.
Par la foi en la Résurrection, la mort est désormais perçue comme un sommeil dont on sera réveillé – miracle de la « résurrection de la fille de Jaïre ». Dans l’épisode de « Jean endormi » durant la Dernière Cène, le sommeil exprime la confiance en Dieu et l’abandon heureux. « La Dormition de la Vierge » révèle que Marie s’est endormie en Dieu. 

« La Création d’Eve » (1881-1882) –
George Frederic Watts (1817-1904)
« Jésus endormi » (1640 Antonio Randa (1577-1650) – « Le Sommeil de l’Enfant Jésus « (1500-1550) Garofalo (Benvenuto Tisi, dit Il) (1481-1559) –
« La Dormition de la Vierge » (seconde moitié du XV°) »
Saint Jean endormi (1500-1515)
Trois apôtres endormis (XIV°)
  • DOUX SOMMEIL, BONHEUR PUR :

Toutes et tous, nous dormons, même les insomniaques. Le sommeil, ce doux besoin qui occupe un tiers de notre vie, nous est nécessaire et nous procure un grand bonheur. Il apporte le repos et l’oubli des peines de la veille.
Cet état mystérieux dans lequel on « tombe » a nourri la création depuis des millénaires. Innombrables, les artistes qui nous ont laissé des portraits de leurs proches – parents, époux, amants – ou de leurs modèles endormis, au creux de la nuit ou le plus souvent le jour, pendant la sieste.
C’est peut-être le sommeil des innocents – nouveau-nés, enfants, bêtes familières, chats, chiens… – qui exprime au mieux l’abandon au bonheur de l’inconscience. 

« Jeune fille endormie » (vers 1615-1620) Anonyme
« L’homme endormi » (1861) Carolus-Duran (1837-1917)
« Le Sommeil de Saint-Pierre » ( ?) (vers 1740) –
Giuseppe Antonio Petrini (1677-1755/1759)
« L’enfant endormie – Mon deuxième sermon » (1864) –
John Everett Millais (1829-1896)
« Le Bébé endormi » (1888) – Jean Carriès (1855-1894)
« La Sieste » (1890) – Michael Ancher (1849-1927)
« Jean-Jacques Rousseau endormi dans la grotte des Etroits à Lyon » (1877) – Jean-Baptiste Chatigny ( 1834-1886)
« Dog Etching N° 8 » (1998) – David HOCKNEY

Laura Bossi (commissaire scientifique de l’exposition) :
« On n’a pas encore vraiment compris pourquoi on dort. Et pourquoi pas seulement les Hommes dorment, mais pourquoi tous les êtres vivants doués d’un cerveau dorment ? »… « Même les méduses, les poissons… On pensait qu’ils ne dormaient pas, mais en fait, apparemment, ils dorment aussi.
Les oiseaux dorment parfois avec une partie du cerveau. On a beaucoup, beaucoup d’écrits. Mais le sommeil reste un mystère ».

Dormeur (1979) – Georges Jeanclos (1933-1997)
Comme une chrysalide !

Percer le mystère du sommeil – cet état de conscience modifié dans lequel nous sommes plongé.es un tiers de notre vie – est un sujet qui a toujours fasciné les artistes qui, pour un grand nombre, n’ont eu de cesse d’aller explorer le labyrinthe de l’Empire du sommeil au travers de leur représentation de l’inconscient mettant en scène tout un imaginaire.
Toutes les facettes du sommeil, du doux rêve à l’hallucination cauchemardesque, de l’endormi à l’insomniaque, sont évoquées dans l’exposition. Peindre le sommeil, c’est aussi peindre l’intime.

«  Le sommeil est souvent aussi ambigu, parce qu’il y a le sommeil qui peut rappeler la mort ou bien l’amour, comme c’est d’ailleurs très bien dit dans les mythes grecs où le dieu du sommeil, Hypnos, est en même temps le plus doux des dieux. Mais en même temps, c’est le frère de la mort, et les deux sont les enfants de la nuit. 
L’Empire, c’est aussi l’empire sur nous-même. Nous n’avons pas le pouvoir de nous soustraire au sommeil. Et d’ailleurs, la privation de sommeil est une véritable torture. Il y a des rares maladies génétiques où les personnes qui ne peuvent pas dormir meurent », développe la commissaire de l’exposition.

  • HYPNOS ET THANATOS, LE SOMMEIL ET LA MORT SONT FRÈRES :

Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort).
C’est probablement l’atonie, la perte de force musculaire pendant le sommeil, la ressemblance extérieure des deux conditions qui ont inspiré le mythe. Hypnos est représenté comme un jeune homme ailé, parfois endormi, parfois tenant une corne emplie de l’eau du Léthé ou de jus de pavot, usé comme hypnotique depuis des millénaires. 


« Nuit et Sommeil » (1878) – Evelyn De Morgan (1855-1919)
influencé par la Renaissance italienne.
Détail.

Au XIX° siècle, les portraits et photographies de cadavres sur leur lit de mort, apparemment endormis, parés pour le souvenir, rappellent cette proximité du repos éternel et du sommeil quotidien.
Des artistes iront jusqu’à peindre leur épouse ou leur maîtresse sur leur lit de mort. 
C’est ainsi qu’après avoir peint son fils Jean dans un « doux sommeil » avec sa poupée endormie dans le berceau Claude Monet va peindre sa femme Camille sur son lit de mort où elle est, comme on faisait à l’époque, habillée avec sa robe de mariée et son voile de mariée:

« Jean Monet endormi « (vers 1863)
Claude Monet (1840-1926)
« Camille sur son lit de mort » (1879)
Claude Monet (1840-1926)
  • HYPNOSE, PSYCHANALYSE : 

Au XIXe siècle, Charcot – à l’hôpital de la Salpétrière à Paris – expérimente l’hypnose sur les hystériques. Freud sera fasciné par l’hypnose mais l’abandonnera vite.
Après la Grande Guerre, les Surréalistes reprendront l’exploration du domaine nocturne et useront de l’hypnose comme un procédé «créatif». 

« Le Rêve de la nurse française » revue hongroise Fidibuz (vers 1910) reproduite dans Sigmund Freud, L’interprétation des rêves.
« Hypnose » par Schrenck-Notzing (1885) – Albert von Keller (1844)1920) 
  • LES PORTES DU RÊVE :

Si la médecine moderne du sommeil est récente, c’est au XIX° siècle que l’on entreprend une étude des rêves qui se veut scientifique, avec les œuvres d’Alfred Maury (1861) et d’Hervey de Saint Denis (1867). La Traumdeutung (L’interprétation des rêves) de Freud paraît en 1899 et sera traduite en français en 1926.
Le rêve n’est désormais plus prophétique, mais incite à la réflexion : il ne nous révèle rien de notre futur mais éclaire notre passé. 

Salle de l’exposition. Présentation de: « Les portes du rêve »
(Crédit : Studio C.BARAJA)

Le sommeil et les rêves peupleront dès lors les œuvres des Symbolistes qui s’attachent à représenter la vie intérieure, comme Odilon Redon, Khnopff, Max Klinger, ou Kubin.
Artistes et poètes évoqueront souvent la possibilité d’un sommeil créateur : l’inspiration vient pendant la nuit et la Muse impose à l’artiste le retour au travail. Dans l’Apollon endormi de Lorenzo Lotto, c’est une fois le dieu solaire plongé dans le sommeil que dansent les Muses. 

« Le Rêve de Cendrillon » (1863)
Eugène Le Poittevin (1806-1870)
« Entre rêve et réalité  Lycidas », (1796)
Johann Heinrich Füssli (1741- 1825)
  • SOMMEIL TROUBLÉ : QUAND LA RAISON S’ABSENTE :

Au XVIIIe siècle, Goya, Füssli ou Blake tenteront de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars. Les Romantiques exploreront ce qui est désormais appelé l’inconscient : les phénomènes médiumniques, la folie, le somnambulisme. 

De nos jours, c’est peut-être l’insomnie qui nous trouble le plus. Dans la civilisation industrielle, les rythmes du travail, la lumière artificielle, les bruits de la ville, les écrans, les excitants, s’opposent à l’endormissement.
Empêché de tous côtés, le sommeil est devenu objet de désir, que l’on essaie de retrouver par tous les moyens. Parmi les drogues auxquelles on fait alors recours pour obtenir le repos, l’opium est la plus ancienne. Le pavot est souvent représenté comme symbole du sommeil et de l’oubli, et par extension, de la mort. Les Symbolistes le peignent volontiers. Plusieurs écrivains à la fin du XIXe siècle expérimentent les rêveries induites par le laudanum et le haschisch : le tableau de Gaetano Previati montre l’ambiance « maudite » d’une fumerie. 

Dans la section consacrée aux troubles du sommeil, un tableau du Tchécoslovaque Maximilian Pirner, une somnambule en équilibre sur une corniche, nous donne le vertige. De même qu’un autoportrait plutôt angoissant d’Edvard Munch, les yeux caverneux, intitulé « Le Noctambule ».

« La Voyante ou La Somnambule (vers 1865) –
Gustave Courbet (1819-1877) » 
« Le Noctambule » (1923-1924) – Edvard Munch
« Le sommeil de la raison engendre des monstres » (1797-1799) Francisco de Goya (1746-1828)
« La Somnambule » (1878) – Maximilian Pirner (1854-1924)
« Les Fumeuses d’opium » (1887) – Gaetano Previati (1852-1920)
« Visages ; Bâillements » (1918) – Max Beckmann (1884-1950)

  • AU LIT ! 

Le mot « chambre » vient des Grecs (kamara) et notre « civilisation du lit » est romaine.
Le lit est le meuble principal, même chez les pauvres qui dorment tous ensemble. Dans les demeures des riches, les lits se trouvent dans les pièces de réception. À la fin du Moyen Âge, la chambre à coucher se constitue comme un espace privé, abrité des regards. Au XIXe siècle, la morale chrétienne dicte la conduite à tenir dans la chambre : tout doit être pudique et voilé. Chaud et douillet, le lit est un refuge et un abri. Autrefois lieu de la naissance, de l’amour, de la maladie et de la mort, il garde une aura métaphysique, quand bien même est-il aujourd’hui remplacé par un lit anonyme d’hôpital.
On ne dort bien que dans son lit. Pour l’enfant, c’est dans le grand lit des parents qu’il trouve le réconfort quand s’évanouit la peur du noir. Mais le lit peut être aussi le lieu de l’abandon et de la sensualité. Un lit défait suggère la présence de l’Autre, étrange et familière à la fois, et nous trouble. La chambre est le lieu de l’intime, et le lit une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves. 

Nombre d’œuvres exposées soulignent la dimension intime de la chambre et des corps endormis. Ces représentations résonnent avec des questionnements actuels, notamment liés à la santé et à nos rythmes de vie moderne.

« Un lit défait « (vers 1824) – Eugène Delacroix (1798- 1863)
« Jeune fille endormie » 1878Federico Zandomeneghi.

L’exposition s’achève symboliquement avec « La Phalène », chef d’œuvre de Balthus qui représente une jeune fille éteignant la lumière avant de se mettre au lit :

« La Phalène » (1959-1960)
Balthus (Balthasar Klossowski dit de Rola) (1908-2001) 

Dans l’exposition se trouve un dessin intitulé : « Le songe de Tartini » réalisé par Léopold Boilly :

Ce dessin est inspiré par « La Sonate des Trilles du Diable« , composée par Giuseppe Tartini au XVIIe siècle, une œuvre célèbre de la musique classique entourée de légendes sinistres.
Selon l’histoire, Tartini rêvait que le diable jouait une mélodie sublime et tenta de la reproduire à son réveil. Le morceau résultant, bien que magnifique, fut considéré comme une pâle copie de la version entendue dans le rêve. La première de la sonate suscita à la fois admiration et malaise en raison de sa complexité technique et de la sombre légende qui l’entourait. Cette légende, symbolisant la quête du savoir interdit, a influencé diverses formes d’art et continue de mettre les violonistes au défi avec sa difficulté technique et ses exigences émotionnelles.

Le musée Marmottan Monet se trouve :
2 rue Louis Boilly
75016 Paris

Maintenant, « L’Art d’Être Curieux »
laisse le Chat de Geluck
vous présenter ses voeux :

NOUS RETROUVERONS TRÈS BIENTÔT LE CHAT AU MUSÉE MAILLOL 🙂

REGARDER LES SONS… ÉCOUTER LES COULEURS

Jusqu’au 1e février 2026, la Philarmonie de Paris (Cité de la Musique) nous emmène dans l’univers déroutant du peintre Kandinsky.

Considéré comme l’un des peintres les plus importants du XXe siècle, il est souvent désigné comme l’auteur de la première œuvre d’art abstrait de l’époque moderne, bien que des historiens d’art soupçonnent Kandinsky d’avoir antidaté cette oeuvre !

Vassily Kandinsky grandit à Moscou et Odessa dans une famille cultivée. En amateur, il pratique le violoncelle et l’harmonium. Il s’enthousiasme bientôt pour Wagner, et la musique agit sur lui comme un révélateur.
Lui-même affirme qu’elle nourrit et détermine sa vocation d’artiste par son langage abstrait.
Affûtant sa réflexion auprès de musiciens d’avant-garde, Kandinsky réinvente le langage de la peinture suivant le modèle abstrait de la musique, dont témoignent notamment sa série d’Improvisations et de Compositions.

Vassily Kandinsky avait une particularité très rare : la synesthésie. C’est un phénomène neurologique par lequel une personne va associer deux sens. Kandinsky associait la musique à la couleur : lorsqu’il assistait à un concert, son cerveau lui envoyait des couleurs différentes à chaque note entendue.

Par exemple, l’opéra de Wagner « Lohengrin« , par cet effet de synesthésie, lui semble représenter Moscou. « Je voyais mentalement toutes mes couleurs, elles se tenaient devant mes yeux. Des lignes sauvages, presque folles se dessinaient devant moi. »

Vassily Kandinsky.

« Tendez votre oreille à la musique, ouvrez votre œil à la peinture. Et… ne pensez pas !
Examinez-vous, si vous voulez, après avoir entendu et après avoir vu.

Demandez-vous, si vous voulez, si cette œuvre vous a fait “promener” dans un monde inconnu auparavant. Si oui, que voulez-vous encore ? »
Vassily Kandinsky

Aucune exposition n’avait jusqu’à présent replacé l’œuvre du peintre dans l’effervescence musicale de son temps. Cette exposition – riche de plus d’une centaine d’oeuvres et installations – renouvelle le regard sur l’œuvre du peintre en nous entrainant, à l’aide d’un parcours où les musiques chères au peintre sont diffusées au casque, dans un jeu subtil de correspondances entre musique, formes et couleurs.

Le parcours dévoile également un cabinet imaginaire exprimant la mélomanie de Kandinsky. Les partitions qu’il acquiert, les livres et prospectus musicaux qu’il collecte, les photos de ses amitiés musicales, sa collection de disques comme les gravures de chants populaires qu’il affectionne, constituent des objets essentiels de sa culture artistique.

Une partie de la collection de disques de Kandinsky.


Au cœur du cabinet, une sélection d’outils de son atelier sonde la musicalité du processus de création de Kandinsky, notamment son travail sur la « sonorité » des couleurs ou ses études visuelles sur la 5e symphonie de Beethoven :

Kandinsky : étude visuelle sur la 5e symphonie de Beethoven.


Quelques panneaux didactiques permettent aux visiteurs d’approcher la démarche du peintre, à travers l’étude d’un tableau : « Improvisation 3 » :

Kandinsky : « Improvisation 3 », 1909.

BASCULEMENT VERS L’ABSTRACTION…

Esquisse pour « Dimanche » (Vieille Russie) . Scène de style figuratif réalisée en 1904.
« Improvisation 19a » , 1911.
Détail
Étude pour « Petites joies » ,1913.
« Improvisation 12 » (Le cavalier), 1910.

COMME DE GRANDES PARTITIONS COSMIQUES…

L’abstraction amorcée entre 1910 et 1914 va progressivement se développer et prendra de plus en plus de force lorsque Kandinsky rejoint le Bahaus pour y enseigner. ( Le Bahaus est une école d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 en Allemagne. Par extension, « Bauhaus » désigne un courant artistique concernant, notamment, l’architecture et le design, la modernité. En 1933, le Bauhaus (installé à Berlin) subit des pressions des nazis, qui le considèrent comme une école enseignant un «art dégénéré». Sa dissolution est prononcée par ses responsables, qui fuient pour échapper au nazisme)

« Composition IX », 1936.

INSTALLATIONS…

Cette exposition se distingue d’un accrochage traditionnel par la création d’installations originales inspirées de son oeuvre, qui offrent au public une découverte sensible et musicale de l’univers du peintre.

Si vous souhaitez mieux connaître l’oeuvre de Kandinsky, nous vous proposons ce documentaire
de la chaîne ARTE, qui retrace sa vie et son oeuvre :

La Philarmonie de Paris / Cité de la Musique se trouve
221 avenue Jean Jaurès dans le XIXe arrondissement de Paris.

FAUX ET USAGE DE FAUX…

LE MOYEN ÂGE DU XIXe SIÈCLE :

CRÉATIONS ET FAUX DANS LES ARTS PRÉCIEUX

Hâtez-vous d’aller voir cette très intrigante exposition au musée de Cluny – Musée National du Moyen-Âge – à Paris !
Le XIXe siècle a cultivé une rêverie romantique emplie de nostalgie médiévale et il connait d’importants progrès technologiques. Les grandes collections d’objets médiévaux se constituent alors. Ce siècle aime et s’inspire du Moyen-Âge en produisant des copies, des pastiches, des œuvres composites et des faux. L’exposition propose des confrontations, mettant en regard certains objets médiévaux avec leurs « résonances » du XIXe siècle.
Elle est centrée sur les arts précieux : pièces d’orfèvrerie et d’émaillerie, ivoires, tissus précieux.
Ces domaines bénéficient au XIXe siècle de redécouvertes techniques qui permettront la réalisation de « faux » très finement réalisés. Collectionneurs, ateliers de création et de restauration, mais aussi faussaires, sont les principaux acteurs de ce « courant », autour d’un marché de l’art en pleine expansion, en particulier à Paris, qui apparaît alors comme la capitale des arts précieux.
Le parcours de l’exposition s’articule en quatre sections principales : les objets devenus modèles, le rôle des collectionneurs, les créations dans le goût du Moyen-Age, la question du faux et de l’usage du faux.

La visite de l’exposition demande de porter une attention particulière aux cartons explicatifs, afin de pouvoir saisir les subtilités des copies présentées au regard des originaux du Moyen-Age.
Nous avons choisi de vous en présenter quelques copies, parmi les trésors exposés !

Pendule : Notre-Dame de Paris
Attribuée à Bavozet frères et sœur
Paris, vers 1835
Bois, bronze doré, laiton, émail

À gauche : vierge à l’enfant assise, début XXe siècle. Buis.
À droite : vierge à l’enfant assise vers 1240. Ivoire d’éléphant.

La vierge à l’enfant de gauche (en buis) est une copie presque parfaite de celle de droite en ivoire.
Le faussaire a complété des parties manquantes (main droite de l’enfant) et ajouté une polychromie dont il ne reste que des traces. Cette transposition d’un matériau dans un autre est une pratique courante des faussaires, jusqu’au milieu du XXe siècle.

À gauche: plaque de reliure : « Christ en majesté » XIXe siècle.
À droite : plaque de reliure « Christ en majesté » fin XIIe siècle.

La grande plaque de Reggio Emilia (à gauche) figurant le Christ entouré des symboles des évangélistes, fait écho au chef d’oeuvre de l’émaillerie romane (à droite).
Mais outre son dessin suspect et la qualité de l’émail médiocre, les figures repoussées dans la plaque sont une bizarrerie technique.

Ange reliquaire. 1470.
Ange reliquaire. Fin XIXe siècle.

Le thème de l’ange a connu un retour en grâce dans la création artistique du XIXe siècle.
L’ange reliquaire du XVe siècle (à gauche) est exceptionnel tant par sa qualité d’exécution que par la rareté de ses poinçons. L’ange, aux ailes finement ciselées, tient un petit reliquaire architecturé.
La statuette de droite, qui s’inspire des modèles du Moyen-Age, figure un ange qui tient un reliquaire vitré dans lequel sont conservés des parcelles de la Vraie Croix.

Autel portatif. XIXe siècle.
Autel portatif. Début du XIe siècle.

L’autel portatif de gauche s’inspire étroitement de l’autel portatif germanique en argent, à droite.
Le mélange des styles de l’autel du XIXe siècle désigne cet objet comme un faux.

Prenez le temps d’aller et venir dans l’exposition, puis n’hésitez pas à visiter le reste de ce magnifique musée, rénové et réouvert depuis trois ans qui recèle des pièces magnifiques du Moyen-Age :

…. Sans oublier « La Dame à la Licorne », dont on ne se lasse pas 🙂

La Dame à la Licorne : La tenture dite de La Dame à la licorne est une composition de six tapisseries du début du XVIe siècle.
Chef-d’œuvre anonyme des débuts de la Renaissance française, elle est conservée au musée national de Cluny à Paris.

Le musée national de Cluny se trouve au coeur du Quartier Latin à Paris,
28 rue du Sommerard 75005 PARIS