MÉDECINES D’ASIE…L’ART DE L’ÉQUILIBRE

Exposition au Musée National des Arts asiatiques-Guimet
à Paris, jusqu’au 18 septembre 2023

Musée Guimet à Paris

Des oeuvres d’art que l’on regarde comme des objets…
Et réciproquement.

« Conçue comme une expérience originale, un voyage introspectif entre corps et surnaturel, Médecines d’Asie est la première exposition majeure consacrée en France aux trois grandes traditions médicales asiatiques : indienne, chinoise et tibétaine. À travers un parcours scénographique par-delà les frontières et le temps, l’exposition transporte le visiteur dans un univers où se rencontrent pratiques médicales millénaires et œuvres d’art exceptionnelles, évoquant la méditation et le chamanisme, l’équilibre des énergies et la pharmacopée, le massage et l’acupuncture, l’astrologieet l’exorcisme.
L’exposition propose une plongée à travers quatre grands thèmes, dans un saisissant face à face avec 300 œuvres pour la plupart montrées pour la première fois, émanant des collections nationales françaises et de grandes institutions patrimoniales européennes. »
(Dossier de presse)

Yannick LINTZ.
Président
e du Musée GUIMET.
Madame Lintz présente l’exposition.

Pour la visite, c’est à l’entresol qu’il faut se rendre… Quelques marches à descendre et nous quittons la lumière du jour du hall d’accueil pour nous retrouver dans une lumière tamisée, une sorte de pénombre qui engage à baisser le ton, à se déplacer silencieusement pour passer de salle en salle, attiré·es par les éclairages des vitrines pour y découvrir les œuvres exposées selon une scénographie « par de-là les frontières et le temps » mêlant œuvres d’art exceptionnelles, pratiques médicales millénaires, spiritualité, dialogue entre médecines occidentale et orientale…

Aurélie SAMUEL
Conservatrice du Patrimoine. Musée GUIMET
Aurélie Samuel présente le parcours scénographique de l’exposition.

Le parcours scénographique nous entraîne de la Chine à l’Inde en passant par le Tibet, à la découverte des croyances et des traditions de ces trois grands pays.
Entre sciences et croyances, l’exposition présente ces traditions anciennes, qui peuvent encore perdurer aujourd’hui. Chaque objet est porteur d’histoires incroyables, souvent méconnues en France.
Au cours de cette exposition…
– On explore ces traditions médicinales sous leur aspect historique et mythologique. Des sculptures aux dorures extraordinaires racontent l’histoire des dieux guérisseurs,

Le general Wen Qiong 17° siècle et Zwenwu, le Dieu du Nord
Paldem Lahmo, déesse du boudhisme tantrique . 19° siècle
Masques chamaniques.
  • On découvre les systèmes de diagnostics et de soins, massage ou de pharmacopée qui sont utilisées pour soigner le corps
Armoire à pharmacie
Flacons et boîtes à médicaments
Matériel médical
« Le maître des remèdes » Japon 19° siècle
  • On découvre aussi comment les pratiques d’acupuncture, d’astrologie, de chamanisme, d’exorcisme, sont utilisées pour soigner le corps et l’esprit 
Mannequins d’acupuncture. Chine 18° siècle
Croquis pour formation d’acupuncture
Manuscrit Vietnam 19°/20° siècle
Traité de moxibustion . Chine 10° siècle
(la moxibustion consiste à réchauffer les points d’acupuncture)
Manuel d’astrologie 18°/19° siècle Cambodge
Chemise talismanique 15°/16° siècle Inde du Nord
  • On admire les vêtements qui protègent particulièrement les enfants : d’anciens vêtements témoignent des croyances et des protections spéciales dont bénéficiaient les enfants 
Coiffes pour enfants à décors de chiens et de tigres et chaussures à têtes de tigres. Chine 19°/20° siècle
  • On écoute le dialogue entre médecines occidentales et orientales…
    L’exposition « Médecines d’Asie, l’art de l’équilibre » évoque aussi le contexte historique des pratiques plus populaires, comme la méditation, le yoga… Des disciplines qui ont traversé les siècles et les continents, très en vogue et de plus en plus pratiquées en Occident.
Postures Yoga. Inde vers 1820

Après avoir pris le temps d’admirer chaque œuvre, laissez-vous guider dans l’espace de méditation pour mieux vous imprégner de ces cultures.

Avant de quitter l’exposition « Médecines d’Asie, l’art de l’équilibre »
nous vous proposons quelques minutes de méditation 🙂

RÉDACTION ET PHOTOS: KADIA RACHEDI

Le MUSÉE NATIONAL DES ARTS ASIATIQUES-MUSÉE GUIMET se trouve

6 Place d’Iéna à PARIS 16° Arrondissement

Il est ouvert de 10h à 18h tous les jours sauf le mardi.

LES ARTS PRÉCIEUX

UN CABINET DE CURIOSITÉS

DES TEMPS MODERNES

C’est à Toulouse, dans une ruelle du quartier des Carmes, que LE MUSÉE DES ARTS PRÉCIEUX, abrite depuis 1944 la collection hétéroclite de Paul Dupuy, qui donne son nom au musée.
Ce riche négociant fit fortune à la fin du XIXe siècle en vendant des cornichons et des cerises au Royaume-Uni et à la Russie.  
Très vite, la collection fut complétée par l’important fonds d’arts graphiques de la Ville, puis en 1954, par la collection d’horlogerie d’Édouard Gellis.

Après trois ans de travaux, ce drôle de musée a ré-ouvert ses portes en Novembre dernier, et une mise en espace très travaillée va permettre au public de découvrir les quatre espaces du Musée.

Le rez de chaussée

Au rez-de-chaussée et une partie du sous-sol, le Cabinet de préciosité est divisé en quatre espaces : « Le salon de faïence », « Précieuse nature », « Enfermer la préciosité » et « Préciosité profane, Préciosité sacrée ». La collection d’arts décoratifs du musée est composée de trésors religieux médiévaux, d’ivoires, de faïences toulousaines et régionales, mais aussi de verreries, du parement d’autel des Cordeliers (XIVe siècle), de la pharmacie des Jésuites du XVIIe siècle, de sculptures sur bois, d’armes…

Préciosités sacrées…
Faîences….

Le sous-sol

Au sous-sol, le fonds du musée dédié aux procédés d’optique du pré-cinéma, rarement exposé, est présenté dans Le Cabinet de projection. Deux salles sont consacrées à ces objets : « Vous avez dit peep-show… » et « Du Pathé de campagne au projecteur urbain ».
Une plongée délicieuse et humoristique dans le monde des ancêtres du cinéma nous fait découvrir ces machines à fabriquer du mouvement: zootropes, stéréoscopes, praxinoscopes… Qui font toujours la joie des enfants lors des animations scolaires!
Puis des projecteurs de divers formats: 8mm et super 8 et 16mm… Et quelques affiches qui changent suivant les périodes de l’année (Halloween, par exemple, a permis d’exposer des affiches de films d’horreur…)

Chronoprojecteur
Stéréoscopes. Début du 19° siècle
Zootrope
Appareils de projection et affiches.

Le premier étage

Au 1er étage, la collection d’horlogerie ancienne, fleuron du musée, est présentée dans Le Cabinet du Temps. Horloges et montres de prestige, cadrans solaires et chronomètres racontent l’histoire de la mesure du temps de la Renaissance au XXe siècle, de l’Europe jusqu’au Japon.
On y trouve ainsi une très étonnante pendule du magicien Houdin, sans mécanisme apparent, que je vous mets au défi de comprendre !

Horloge mystérieuse de J-E ROBERT-HOUDIN 1840

C’est aussi à cet étage que sont exposés des objets liés au « temps public »: heures des gares, des tribunaux, des églises par exemple!
Et cette incroyable machine à.. diviser les engrenages… Eh oui! Il en fallait bien!

Machine à diviser les engrenages. Fin 18°/Début 19° siècle
Dans le cadre, une aiguille de l’horloge de St Sernin.
Horloge d’édifice, Paris 1900

Différents outils de visite complètent la scénographie claire et élégante, signée Eric Benqué : vidéos, bornes numériques, projections, application dédiée.
Ces dispositifs offrent aux visiteurs une expérience de visite augmentée.

© Eric Benqué
© Eric Benqué

Dernier étage

Le dernier étage, enfin, reçoit les expositions temporaires.
Jusqu’au 12 novembre 2023, vous pourrez voir cette incroyable exposition:
« HAUTE VOLTIGE »
Oeuvres en plumes de Maxime Leroy, le plumassier du Moulin Rouge à Paris!

« Dans la coquille escargot »
« Voyage, voyage »
Paul DUPUY

Le musée des Arts Précieux Paul Dupuy se situe
13 rue de la Pleau à Toulouse
Il est ouvert du mardi au dimanche 10h à 18h.

ÉTERNEL MUCHA

De Prague à Paris

Une immersion dans l’oeuvre

d’Alphonse Mucha

« Au moyen de projections immersives, de dispositifs interactifs, ludiques et olfactifs, ainsi que d’une création musicale originale, Le Grand Palais Immersif à Paris, nous invite à (re)découvrir la vision humaniste de Mucha, l’influence permanente de son art, de l’affiche à la peinture monumentale, ainsi que son impact sur la culture contemporaine.
L’exposition est organisée en 5 sections réparties dans les différents emplacements des lieux:
Mucha : Icônes / 1900 / Utopies
Dans une salle modulable au rez-de-chaussée, toute première rencontre avec l’exposition en immersion avec un film projeté sur trois écrans monumentaux disposés en triptyque qui nous aspire littéralement. On regarde, captivé·es par les couleurs et la musique, les trois actes qui traversent la vie et l’œuvre d’Alphonse Mucha, depuis sa naissance en Moravie jusqu’à sa mort en 1939.
L’œuvre de Mucha en détail
Dans le couloir du rez-de-chaussée des écrans interactifs permettent aux visiteurs et visiteuses de choisir les œuvres du film présent dans la salle modulable afin d’en approfondir sa connaissance. Au bout du couloir, Mucha attend les visiteurs et leur parle en tchèque (voix originale) grâce à un hologramme produit à partir d’un portrait photographique de l’artiste. Un écran tactile permet au public de feuilleter le fac-similé du Pater, ouvrage publié en 1899 qui marque un tournant dans la pensée philosophique de Mucha, créé avant la décoration qu’il développera pour le pavillon de la Bosnie-Herzégovine, et qui est un lien indispensable avec le chef-d’œuvre que sera plus tard l’Épopée slave.
Les inspirations de Mucha
Dans la salle triangle se déploie une animation 3D réalisée à partir des plus beaux décors de l’artiste, rythmés par l’apparition de quatre personnages des fameuses affiches de Mucha : Gismonda, sa première affiche pour Sarah Bernhardt, Lorenzaccio, également dessinée pour la grande actrice, Rêverie et Automne, deux des plus beaux panneaux décoratifs de l’artiste. Les comédiennes (filmées) sont habillées de véritables costumes réalisés à partir des œuvres de Mucha, comme des incarnations de la beauté magnifiée par l’artiste dans toutes ses créations.
L’atelier de Mucha
La salle dite « le salon » est dédiée au processus de création développé par l’artiste : esquisses, dessins préparatoires, photographies de villes, de passants, mises en scènes photographiées servant de modèle aux futures œuvres, etc. : tous les outils utilisés par Mucha sont présentés au public dans un jeu de projections enveloppantes, mis en regard des œuvres définitives également projetées. Une ambiance olfactive, inspirée des fragrances propres aux ateliers d’artistes au tournant du siècle, vient surprendre le public et accentuer sa perception sensitive de cette section.
L’héritage de Mucha
Dédiée à l’héritage de l’artiste, cette dernière section située dans la mezzanine, met en lumière la grande influence des inventions graphiques et de l’œuvre de Mucha sur les graphistes et artistes depuis la fin des années 60. Au travers d’une sélection d’œuvres des années 70 (le mouvement « Flower Power » : pochettes de disques, affiches de concerts etc.), de mangas, de street art, de comics, d’œuvres contemporaines et même de tatouages, le visiteur découvre cette influence.
 »
(Extraits du Dossier de Presse)

EXTRAIT DE LA CRÉATION ORIGINALE DE BENOIT DE VILLENEUVE ET BENJAMIN MORANDO
STUDIO DE RADIO FRANCE

ALPHONSE MUCHA, maître de l’affiche à Paris, est né dans un petit village dans le sud de la Moravie. Après avoir étudié aux Beaux-Arts de Munich, il arrive à Paris en 1887 pour poursuivre ses études au sein de l’Académie Colarossi et de l’Académie Julian. Dans la capitale, où la création est stimulée par l’exposition universelle de 1889, il travaille comme graphiste, crée des affiches publicitaires et illustre des catalogues, des calendriers et des livres. Il se fait embaucher par la première grande maison d’édition parisienne, Armand Colin.
En 1894, la tragédienne Sarah Bernhardt commande de toute urgence une affiche pour sa nouvelle pièce, « Gismonda » jouée au théâtre de la Renaissance qu’elle dirige. Par un hasard de circonstances, c’est Mucha qui compose l’affiche. Séduite par son style sophistiqué, elle embauche l’artiste pour six ans. Les affiches valent à Mucha une notoriété certaine. Elles deviennent rapidement des objets de collection et font connaître son style délié, où les courbes féminines répondent aux motifs floraux.

« Les saisons »

Alphonse MUCHA pionnier de la publicité
Par son travail d’affichiste, Alphonse Mucha est considéré comme l’un des pionniers de la publicité.
Il imagine aussi, dès 1896, une affiche publicitaire pour la marque de papier à cigarette JOB.
Cette affiche représentant une femme blonde en train de fumer est l’une des plus célèbres de l’auteur et il n’en existe pas moins de cinq variantes.

Alphonse Mucha et l’exposition universelle de 1900 
Le gouvernement autrichien lui confie la décoration du pavillon de Bosnie Herzégovine au sein de l’Exposition universelle de 1900. L’artiste en fera un manifeste des aspirations slaves. Mucha loue un hangar, il fait défiler des modèles qu’il photographie pour ensuite les intégrer dans d’immenses fresques qui relatent les temps préhistoriques, l’arrivée des Slaves, la coexistence des religions, les légendes.
Ces décors préfigurent le cycle monumental de l’Épopée slave. « Au seuil de ce nouveau siècle, je pensais désormais avec assiduité, à la façon dont je pouvais être utile à mon peuple ».

Fresque du Pavillon Bosnie Herzegovine.
Modèle.
Modèles…
Modèles.

Les « femmes Mucha » 
Dans cette salle, les «femmes Mucha» incarnées par des comédiennes vêtues de costumes réalisés à partir des œuvres de Mucha, prennent vie en descendant l’escalier devant nous, comme « Gismonda » et « Lorenzaccio« , personnages joués par Sarah Bernhard.
Les décors animés permettent de découvrir toute une gamme de motifs inspirés des différents styles et cultures dans lesquels Mucha puisait : mondes celtiques, égyptiens, grecs, islamiques… L’artisanat populaire d’Europe de l’Est, la mosaïque byzantine, les décors baroques et les estampes japonaises s’invitent aussi dans la ronde.

« Gismonda »
« Lorenzaccio »
« Rêveries »…

L’épopée slave 
En 1910 Alphonse Mucha rentre définitivement à Prague.
L’autre vie d’Alphonse Mucha commence… Elle va durer trente ans!
Mucha réalise alors un ensemble peint monumental, « l’Epopée slave » : 20 tableaux de 8 mètres sur 6 chacun. Pour financer ce programme, il part six fois aux États-Unis, entre 1904 et 1910, enseigner, vendre, chercher et trouver un mécène. Cette œuvre grandiose fait polémique dans les années 1930, la République Tchèque subissant l’influence de la montée du nazisme en Allemagne. Mucha est alors considéré par les nazis comme un artiste décadent, aux tendances judéophiles et franc-maçonnes.

C’est aussi cette fervente adhésion à l’émancipation des peuples qui lui vaut d’être arrêté par la Gestapo dès l’entrée des troupes allemandes à Prague, en 1939.
Brisé par son incarcération, celui qui croyait en l’union des forces de la Raison et de l’Amour, meurt quelques mois plus tard.

« L’Épopée slave… »
« Apothéose…
… Épopée slave »

Après (ou avant) de vous rendre au « Grand Palais immersif » à Paris, nous vous proposons de visiter trois expositions sur Alphonse Mucha :

Paris, 1980: Rétrospective au Grand Palais:

Paris, 2018 au Musée du Luxembourg:

Prague 2022: « e-MOTION immersive exhibition »:

Article réalisé par Kadia RACHEDI (écriture et photos)

Pratico-pratique

Le Grand Palais Immersif se trouve 110 rue de Lyon à Paris

(12° arrondissement) M° Bastille
Tous les jours… sauf les mardis 🙂
Voir les horaires sur le site du grand palais immersif

VESTIGES DU FUTUR

Parcours d’art contemporain

« Narbo Via » à Narbonne dans l’Aude et le Musée Régional d’Art Contemporain (MRAC) de Sérignan dans l’Hérault ont réalisé une exposition très particulière que vous pourrez voir jusqu’à la fin de l’année.
Iels ont sélectionné une vingtaine oeuvres d’artistes contemporains et les ont mis en résonance avec les oeuvres antiques du musée Narbo Via.
Pour être honnête, j’y suis allée très perplexe… Un peu d’appréhension vis à vis de ce que je nommerais un « phénomène de mode », trop souvent vide de sens et de talent…
Et bien, je suis repartie enchantée et amusée par cette audacieuse initiative très réussie!

« C’est une véritable rencontre entre deux collections d’œuvres antiques et contemporaines que les visiteurs sont invités à découvrir. Au total, 21 œuvres sont exposées dans l’espace des collections du musée Narbo Via, selon des affinités thématiques ou formelles, basées sur un contenu (le portrait, le voyage en mer, le décor), ou sur une technique (la peinture, la sculpture, la céramique), proposant un nouveau regard sur les vestiges de la cité romaine de Narbo Martius, et interrogeant l’histoire de l’art par la citation, le détournement, la rupture ou encore le second degré. » (…) Depuis l’entrée du musée Narbo Via, en passant par la galerie lapidaire et son mur monumental, puis tout au long du parcours des collections, des peintures, installations, dessins et sculptures dialoguent ainsi avec les vestiges archéologiques, mais également avec le bâtiment du Musée. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de questionner notre rapport à l’histoire et à la création. Au regard de la collection archéologique présentée au public, y a-t-il un continuum et une vision unifiée de la création artistique ? Ce parcours entre art contemporain et art romain témoigne ainsi de la façon dont les artistes d’aujourd’hui s’inspirent d’œuvres anciennes »
(Extraits du dossier de présentation.)

Une nouvelle belle rencontre que je vous invite à découvrir à travers des oeuvres parfois moqueuses et parfois émouvantes… Mais toujours très justement installées.

« Mur de céramique » de Nathalie du Pasquier. 2021
Situé en face du mur lapidaire


« Psychic shift in the blue room » de Rosson Crow. 2013
« Muse I » de N.Devereux et W.Almendra. 2018
Série » Psychoarchitectures » de Berdaguer et Péjus .2010
« Automnale n°4 » de G.Ayat. 2003

Le livret de visite en mains, lisez les biographies et les notes d’intention qui vous permettront de mieux apprécier les « dialogues » proposés entre le contemporain et l’antique… Et savourez les clins d’oeil des artistes ou leurs préoccupations !
D’autres oeuvres sont exposées à l’Horreum et à Amphoralis.

Pratico Pratique

« Narbo Via » est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 19h
2 avenue André Mècle 11000 Narbonne
tel: 0468902890

BELLES RENCONTRES

Ancien évêché d’Uzès (Gard)

C’est dans l‘ancien évêché d’Uzès dans le Gard que vous ferez ces belles rencontres!
Après des travaux de rénovation colossaux qui ont duré plusieurs années, un étage entier de l’ancien évêché est désormais consacré aux expositions.
La première a eu lieu en 2022, autour de « morceaux choisis » de l’Histoire de l’Art du XIX° et XX° siècle: Dufy, Picasso, Renoir, César…

Escalier d’accès aux salles d’exposition


L’exposition présentée jusqu’au 15 octobre fait se rencontrer deux artistes vraiment différents, et pourtant leur juxtaposition apparaît comme une évidence!

« CÉSAR et CHABAUD,

deux artistes en liberté »

Plus de 70 oeuvres – peintures et sculptures – de ces deux artistes nés dans le Sud, se répondent au gré des salles, et si l’on est surpris au premier abord, la mise en espace très étonnante permet un regard croisé vraiment passionnant! Comme par exemple, une sculpture de César représentant une théière rouge, jaune et noire positionnée juste devant le tableau de Chabaud  » Carnaval » dans les mêmes tons exactement…

À noter que la Presse n’a eu le droit de photographier que très peu d’oeuvres… Car elles sont la propriété de collectionneurs privés qui redoutent la copie de faussaires à partir d’une photo et l’organisation d’un trafic!
En effet, le démantèlement d’un réseau de faussaires, qui a écoulé des centaines de faux César dans des galeries d’art et chez des commissaires-priseurs, a eu lieu en Septembre 2001. Le procès aboutit à la condamnation de marchands, faussaires et intermédiaires accusés d’avoir contrefait des œuvres du sculpteur. Le principal accusé, le faussaire Éric Piedoie le Tiec, déjà condamné pour contrefaçons, écopera de 4 ans de prison. (Source:Wikipédia)

Auguste CHABAUD est né à Nîmes en 1882. Il rentre aux Beaux-Arts pour se consacrer à sa passion qu’est la peinture. En 1899 il s’installe à Paris où il rencontrera des artistes comme Matisse, Derain et surtout Van Dongen qui l’inspirera fortement.
Il va exposer au « Salon des Indépendants », là où ces artistes seront appelés « les Fauves » à cause de leurs partis pris de couleurs violentes et contrastées… On dira de lui que « C’est l’un des fauves le moins soucieux d’être dompté! »
Il marquera une fascination pour celles que l’on nommait « Les filles de joie » autant que pour les mondaines et ses portraits aux forts à plats rouges et noirs font ressortir leurs traits et par là leurs destinées de femmes de la « Belle-Époque »…
Il s’attachera aussi à des figures comme les pompiers, les spahis, les bourgeois en hauts de forme, les défilés de Carnaval ou les conducteurs de fiacre… Tous ces hommes qui peuplent les rues au quotidien.

« Le pompier devant la grande échelle » 1907.1908
« La femme à l’étole de fourrure » 1907.1908
« Le fiacre » 1906


C’est à Marseille qu’est né César Baldaccini, dit « CÉSAR ». Lui aussi suivra les cours des Beaux-Arts à Marseille, et très vite il obtiendra des prix en dessin, en architecture et en gravure. Lui aussi « montera » à Paris pour entrer à l’École Supérieure Nationale des Beaux-Arts…
Devant l’impossibilité pour lui de travailler la pierre, en raison de son coût, il se tournera vers d’autres matériaux comme le plâtre et le fer et s’initie à la soudure à l’arc. Sa visite à Pompeï et la vision des corps saisis dans la lave va être une source d’inspiration importante…
Connu pour ses « compressions » de voitures, il l’est moins pour ses sculptures et cette exposition nous permet d’en voir de très belles!
Le sculpteur est aussi le créateur du trophée en bronze de la cérémonie du cinéma français, nommée donc: « Cérémonie des Césars ».

« César » d’honneur 1993 décerné au réalisateur Gérard Oury.
« Compressions »
« Le poisson »
« Compression Segafredo »

En guise de conclusion…
Comme je m’étonnais qu’il n’y ait qu’un vigile, car les photos étant interdites et que c’est un travail de surveillance colossal, je me suis rapprochée de Karim, le gardien de l’exposition.
Et là, j’ai fait la rencontre que tout amateur d’Art rêve de faire!
Karim travaille pour une société de surveillance privée et a l’habitude, comme il dit, de surveiller de façon énergique des magasins etc. Avec un grand sourire, il me raconte sa découverte étonnée du milieu de l’Art, du côté très calme du boulot, et de la rencontre avec Chabaud.
Il m’emmène vers un tableau de Chabaud: « Les hauts de forme » et me montre malicieusement ce qui l’a bouleversé: la luminescence des bouts incandescents de leurs cigares.

PRATICO-PRATIQUE

Il faut choisir absolument la visite commentée par le commissaire de l’exposition Marc Stammegna (voir les jours sur le site de la Ville d’Uzès) pour faire la connaissance d’un « personnage » dans le sens théâtral du terme: il vous guidera à la rencontre des deux artistes avec beaucoup d’humour et de passion, truffant sa déambulation d’anecdotes et de « focus » historiques.
Jamais pédant, et d’une telle Culture que l’Histoire de l’Art devient savoureuse et si accessible!

L’exposition est ouverte du lundi au dimanche (sauf le mardi) de 10h à 19h.
Ancien évêché d’Uzès. 1 place de l’évêché à Uzès ( Gard)

LÉON MONET… FRÈRE DE L’AUTRE

Une histoire de famille, de couleurs…

… De collectionneurs et de transmission

Le Musée du Luxembourg à Paris présente une exposition inédite dédiée à Léon Monet (1836-1917):

« LÉON MONET, FRÈRE DE L’ARTISTE ET COLLECTIONNEUR ».


Chimiste en couleurs, à la fois industriel rouennais dans la chimie des colorants synthétiques et collectionneur d’œuvres d’art, Léon Monet joue un rôle décisif dans la carrière de son frère Claude Monet, le peintre impressionniste (1840-1926) et soutient très tôt les impressionnistes et les artistes rouennais.
L’exposition réunit une centaine d’œuvres. On y retrouve, entre autres, des peintures de Claude Monet, Berthe Morisot, Alfred Sisley, Camille Pissarro ou Auguste Renoir, mais aussi des livres de couleurs, des échantillons de tissus, des estampes japonaises, des documents d’archives et de nombreuses photographies de famille.
Et parmi des inédits, présentés pour la première fois, le premier carnet de dessins de Claude Monet, daté de 1856 et le portrait de son frère Léon, exécuté par l’artiste en 1874, année de la première exposition impressionniste à Paris. Pour des raisons inconnues, Léon Monet a gardé caché ce portrait qui, aujourd’hui, «s’affiche» pour illustrer cette exposition qui inscrit, définitivement, Léon Monet dans la biographie de Claude et montre l’intérêt partagé des deux frères pour la couleur.

Une histoire de famille

Léon et Claude. 1° salle de l’exposition

Léon et Claude Monet nous accueillent. Entre leurs deux portraits, le tableau « Jardin en fleurs à Sainte-Adresse », peint par Claude vers 1866 : une vue de sa chambre dans la villa « Le Coteau », près du Havre, qui appartient à leur oncle et tante paternels, chez qui la famille s’installe en 1845.

Arbres généalogiques
Farandole de famille
Photo de Famille.

Dès qu’il est en âge de travailler, Léon est recruté comme commis dans l’entreprise familiale d’épicerie en gros. Plus tard, il décide d’étudier la chimie des couleurs.
De son côté, Claude s’intéresse à l’art, sa matière préférée et, il commence à dessiner dès l’âge de 15 ans. La tante, Marie-Jeanne Lecadre, peintre amateure, l’encourage et lui présente l’artiste Armand Gautier (1825-1894).

Une histoire de couleurs

Après des études de chimie, Léon Monet quitte le Havre pour Rouen où il est représentant de commerce pour une fabrique d’indienne.
Geigy & Co, une société suisse de produits chimiques installée à proximité de Rouen, lui confie la remise en état d’un moulin à papier acheté dans la vallée à Maromme pour la constitution d’une manufacture de produits de teinture dont il devient directeur en 1892. Léon Monet se spécialise dans l’impression des cotons et dans les teintures pour soie, laine et coton. Il y emploie son neveu Jean Monet comme chimiste .

La cour de l’usine de Maromme
Tissus
La palette de Claude Monet..

Claude Monet, «le patriarche» de l’impressionnisme a trouvé la gloire en fusionnant avec la nature. Mais ce que le plein air lui a inspiré, il l’a peint avec des couleurs synthétiques. Et ces tubes de pâte à base de lanoline, c’était Léon, l’industriel de la chimie, qui les produisait. Ce n’est pas anodin : devant de grandes photographies d’usines, ses nuanciers, grands albums ouverts, ou ces échantillons de tissus, mousselines ou indiennes chatoyantes sont exposés à côté de la palette du peintre.

Une histoire de collectionneurs

Les critiques de l’époque s’acharnaient à dire que Claude Monet ne savait pas dessiner.
Vraiment ? Léon Monet, son frère, le soutient au point d’acheter ses premiers dessins, réalisés lorsque l’artiste avait seulement 15 ans!

En 1872 et alors que son frère achève la toile fondatrice de l’impressionnisme, «Impression soleil levant» (une vue du port industriel du Havre), Léon Monet co-fonde la Société industrielle de Rouen et décide d’apporter un soutien actif à son frère et ses amis impressionnistes. Ce sont les prémices de la constitution d’une remarquable collection d’art moderne. Léon Monet collectionne des œuvres de Claude Monet, Camille Pissarro, Auguste Renoir et Alfred Sisley. L’exposition révèle également le goût des deux frères pour la couleur, Léon Monet dans l’industrie textile et Claude dans ses peintures et pour les estampes japonaises… 

Lettre et dessin à Camille Pissaro
Auguste Renoir: « Claude Monet lisant »
Auguste Renoir: « Institut au Quai Malaquais »
Berthe Morisot: « Sur la plage, Les-Petites-Dalles  » Fécamp 1873

Le parcours se clôt sur les œuvres ultimes de Claude Monet, sa représentation de plus en plus abstraite de son jardin de Giverny, unique motif de ses peintures alors qu’il est atteint de la cataracte, ce qui altère sa perception des couleurs.
Cependant, l’histoire de famille ne s’arrête pas là: écoutons la Commissaire de l’exposition Géraldine Lefebvre qui nous parle de Giverny et nous explique pourquoi, près d’un siècle après la mort de Claude Monet, s’il est toujours possible de visiter la maison de Claude Monet et les jardins, c’est grâce à la petite-fille de Léon Monet, Françoise, qui a grandi dans le souvenir et l’admiration de son grand-oncle Claude Monet. Dermatologue, elle manie aussi avec passion les crayons et les pinceaux et s’initie au dessin académique.
Avant son décès à l’âge de quatre-vingt-onze ans, le 21 décembre 2017, Françoise a émis deux souhaits: voir un jour l’histoire de Léon et de Claude Monet, son grand-père et son grand-oncle, révélée, et que le portrait de Léon Monet, peint par Claude en 1874 rejoigne un jour les collections publiques françaises.
Peu à peu abandonnés à la mort du peintre, les jardins seront restaurés à partir de 1977 avant d’être ouverts au public le 1er juin 1980. ( Cf : L’Art d’être Curieux du 15/08/2021)

Géraldine Lefebvre
… et son ouvrage.2019
Léon Monet et sa fille Louise
Françoise, petite-fille de Léon Monet et son mari

Article et photos de Kadia RACHEDI

Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard à Paris, dans le 6° arrondissement.
Tous les jours de 10h30 à 19h, nocturnes les lundis jusqu’à 22 heures.

LES CARRIÈRES DE LUMIÈRES…

Entrée des Carrières de Lumière aux Baux de Provence

… LA FASCINATION RENOUVELÉE!

Depuis l’ouverture des Carrières de Lumière aux Baux de Provence, je n’ai jamais « loupé » une exposition: Dali, Venise, Gaudi, Van Gogh, Klein…. Trouvent là un hommage absolument fascinant!
Hommage aussi à ces hommes et ces femmes qui ont travaillé dans ces carrières, et les expositions sont émouvantes de cette complicité entre carriers et artistes.


Si vous ne connaissez pas le concept des Carrières de Lumières, je préfère vous laisser visionner ces 3 courts documentaires, réalisés pour FR3 sur l’exposition Van Gogh en 2019:


« DE VERMEER À VAN GOGH

LES MAÎTRES HOLLANDAIS »

Dès la porte passée, l’étrange ambiance des projections géantes et de la musique nous happe…
Sur cette exposition, on va d’abord traverser deux périodes importantes de l’art hollandais: de 1600 à 1750 où se joue une peinture de facture assez classique avec des thématiques comme le portrait, la vie quotidienne, la foi, les paysages…

Puis la peinture éclatante de Van Gogh, à partir de 1850, qui a quitté la Hollande pour venir découvrir la lumière et la chaleur de la Provence et nous offre des tournesols et des champs de blés dorés pour accueillir nos siestes d’été!


Par la mise en mouvement et le focus sur certaines parties des oeuvres projetées, le spectateur pénètre dans le tableau, et y découvre des détails savoureux: un visage, un éclat de lumière, un bijou…
Musiques d’époque et parfois airs de jazz ponctuent notre traversée de la peinture des maîtres flamands, et on se surprend à danser doucement en admirant un Rembrandt qui nous enveloppe de ses tons ocrés!

On s’amuse à faire le tour des Carrières dans tous les sens pour voir d’où la vision est la plus exaltante! Jouer avec les lumières et les sons… Ou bien, se poser à un endroit pour laisser venir les images…
Tout est permis! Cette absolue liberté est enivrante et l’idée de repartir ne nous effleure même pas quand la projection s’arrête…
Là, on découvre les Carrières de pierre, vides et majestueuses… Chercher des signes ou de graffitis témoins des moments de labeurs passés…
Et la lumière s’éteint…

MONDRIAN L’ARCHITECTE DES COULEURS

La projection, plus courte, va reprendre sur le peintre Piet Mondrian, artiste et théoricien de l’Art néerlandais du XX° siècle.
Le rythme est saccadé et ses carrés de couleurs se succèdent avec rapidité sur tous les murs de façon délirante. Le souffle coupé, on ne sait plus où regarder, tellement cette explosion de couleur éclabousse les Carrières!

Les projections s’éteignent….
Mais les couleurs resteront gravées dans nos yeux et dans nos coeurs.

Photos: Christian AVENEL

Sur l’un des dépliants que l’on vous offre à l’entrée, vous pourrez flasher un « QR code » qui vous permettra d’accéder à une application très bien réalisée, avec des petits articles sur certaine oeuvres, la liste des compositeurs des musiques utilisées… Une sympathique façon d’accompagner votre visite et de vous replongez dans la magie une fois chez vous!

Avant de partir, vous lirez le dépliant sur la Fondation Culturespaces, placée sous l’égide de la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE), qui s’engage depuis 2009 en faveur de l’accès à la Culture pour les enfants en situation de maladie, de handicap ou de de précarité sociale… En sensibilisant les enfants à l’Art, la Fondation fait rimer solidarité et créativité… www.culturespaces.com

FERNAND DELIGNY

Fernand Deligny et Janmari dit « Bibi » dans la cuisine de la maison de Graniers dans les Cévennes en 1973
photo : Thierry Boccon-Gibod

Légendes du radeau

C’est au CRAC Occitanie (Centre Régional d’Art Contemporain) de Sète dans l’Hérault que vous pourrez rencontrer le travail de Fernand Deligny, éducateur et cinéaste.
Jusqu’au 29 mai, le CRAC propose un cheminement à travers le travail de Deligny, qui chercha durant toute sa carrière des alternatives aux institutions éducatives et psychiatriques.

Fernand Deligny est né à Bergues, dans le Nord en 1913. D’abord instituteur pour enfants inadaptés, il fut éducateur à L’Institut Médico-Pédagogique (IMP) de l’asile d’Armentière. Là, il commence par supprimer les punitions et met en place des ateliers de créations artistiques, organise des sorties etc.
Ce qui peut nous paraître évident aujourd’hui, était à l’époque fort révolutionnaire, et on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec le travail pédagogique de Celestin Freinet, qui bouscula, quelques temps avant, la rigueur de l’enseignement!

Après avoir créé les premiers foyers de prévention de la délinquance, il fonde une association de prise en charge de « cures libres » d’ados et d’enfants psychotiques…

Au cours de ses différents engagements professionnels, Fernand Deligny précise qu’il cherche moins à éduquer, à réhabiliter ou à guérir qu’à mettre en place des environnements et des circonstances favorables aux changements de comportements des individus.  il insiste sur l’idée que l’éducateur ne doit pas s’appuyer sur le passé du jeune délinquant par exemple mais sur le milieu capable de favoriser un sens de la collectivité. Il s’attaque au volontarisme pédagogique par lequel des éducateurs entendent réformer les éduqués, les incitant à travailler avec les jeunes par des projets formulés avec eux.

Enfin, en 1967, il va s’installer à Monoblet dans les Cévennes où il fonde un réseau de prise en charge d’enfants autistes. Les enfants qui y sont accueillis présentent des symptômes sévères et ne parlent pas, quasiment ou entièrement. Nul programme thérapeutique ou éducatif n’est formulé, il s’agit davantage de « faire cause commune » avec eux, de leur proposer des moments de rupture, un intervalle entre l’approche volontariste et la passivité que Fernand Deligny nomme « un espace tacite ». Il considère que leur mutisme est un élément constitutif de leur être qu’il s’agit non pas d’interpréter mais d’observer.
C’est cette dernière « expérience » qui est mise en avant dans cette très intéressante exposition.
À travers des textes, des dessins, des poèmes, des livres, des extraits d’interviews et ses films, on approche le sens de cette expérimentation, qu’il désigne comme un radeau, à la fois naufrage et salut.

Salle de l’exposition Deligny.
Janmari dans l’atelier des cartes. 1974. Photo: Thierry Boccon-Gibod
Dans les Cévennes, les tâches quotidiennes: vaisselle, repas, feu..
Photos: T.Boccon-Gibot, Alain Cazuc et d’autres membres du réseau.

Il est difficile de vouloir restituer la richesse du travail de Fernand Deligny en quelques mots…
En 2021, un groupe d’étudiant.es de l’IRTS de Montpellier (Institut Régional du Travail Social), futur.es éducateurs et éducatrices spécialisé.es, a réalisé un documentaire sur Deligny:

À la suite de Deligny….

Florian Fouché, Manifeste assisté

À la suite des salles d’exposition Deligny, on accède aux salles consacrées à l’oeuvre de Florian Fouché, sculpteur. Né à Lyon en 1983, il vit et travaille à Paris et enseigne à l’école des Beaux Arts de Lyon. Il réalise des « actions proches », expérimentations sculpturales, lors de visites à son père, hémiplégique à la suite d’un AVC. « Actions proches » dérive de « présences proches » expression de Deligny pour désigner celles et ceux qui veillèrent sur les enfants de Monoblet…

Capture d’une vidéo extraite de « Mémoire aberrante » 2022 (c) F.Fouché

Le CRAC Occitanie est en accès GRATUIT de 12h30 à 19h, sauf les mardis et le 1° mai.
26 quai Aspirant Herber à Sète (34) 0467749437
De nombreuses animations sont proposées tout au long de la période d’exposition.

DINA ET ARISTIDE

Dina VIERNY

De mon adolescence, j’ai gardé une fascination pour Dina Vierny.
Plutôt cancre et une appétence pour tout ce qui touchait aux arts, j’adorais la sculpture et je trainais aussi aux Beaux-Arts en auditeur libre dans la classe de croquis… Un peu en errance, j’ai eu – par chance – un père attentif qui m’emmena un samedi après-midi à Paris (on habitait en banlieue et c’était une sortie...) à la Galerie Dina Vierny.
Accueil chaleureux:  » Oh! Henri! Quel plaisir! Que me vaut ta visite? »
Qui était donc cette petite femme un peu ronde habillée de noir, au visage lumineux, et entourée d’oeuvres si magnifiques?
– « Je te présente ma fille cadette. Elle est dans une section Arts Plastiques au lycée et veut faire une carrière artistique, tu pourrais la conseiller? »
La petite dame me regarde très affectueusement… En riant elle me dit:
– « Tu sais, tu devrais plutôt te diriger vers la décoration! Pour une femme c’est trop dur d’être une artiste! »
Ohhh! qu’elle m’a énervée la dame! Et pour m’énerver un peu plus, mon père m’emmène voir les statues de Maillol aux jardins des Tuileries…
Je n’ai jamais su comment mon père avait pu sympathiser avec Dina Vierny!
Amitiés trotskystes ou de résistance?

Sculptures de Maillol au jardin des Tuileries

Dina Vierny rencontra Aristide Maillol à l’age de quinze ans et fut son modèle préféré. Une belle amitié les a lié pendant des années. Durant la deuxième guerre, elle se réfugia à Banyuls, chez le sculpteur, pour échapper au nazisme et fit le « passeur » pour des antifascistes qui tentent de fuir vers l’Espagne… Pendant l’Occupation elle sera arrêtée, torturée puis emprisonnée.
Maillol en fit sa légataire universelle et après le décès de celui-ci, elle créa la « Fondation Dina Vierny » pour pouvoir gérer les oeuvres de l’artiste.

Le musée Maillol à Banyuls-sur-Mer

Et me voilà à Banyuls-sur-Mer, un bel après-midi d’hiver… Cachée dans la garrigue, la métairie d’Aristide Maillol se laisse désirer, mais la promenade est ravissante!
Et là, en entrant, j’ai un peu l’impression de m’être trompée:

Une incroyable exposition sur les affiches réalisées par les étudiant.e.s des Beaux-Arts en Mai 68 !
« Ne cherchez pas de corrélation! » me dira le monsieur très sympathique de l’accueil… C’est vrai… Il n’y en a -peut-être? – pas… Sauf l’expression d’une révolte, comme celle de Dina pendant l’occupation, qui la conduisit vers la Résistance, ou les Beaux-Arts que Maillol a fréquenté…
Quand on visite la métairie-musée, on ne se pose plus la question, les affiches se mariant étonnamment avec les sculptures exposées!

La visite du musée

Ce qui est remarquable dans ce musée, ce sont – outre les grandes oeuvres – les petites sculptures exposées dans les vitrines et les oeuvres graphiques, peu connues.

La vie quotidienne

Reconstitution de la salle à manger de Marly-le-Roi

Autour de sa table, qui était réputée, se sont réunies beaucoup de personnalités artistiques du siècle.
Aux murs de sa salle à manger, les tapisseries sont de Maillol. Passionné par la tapisserie, il crée un atelier de tissage à Banyuls, engage des ouvrières et réalise ses premiers cartons. Il réintroduit l’emploi des pigments naturels qu’il récolte lui-même dans la campagne.

La cuisine de Maillol à Banyuls

Pour clore la visite, un très beau documentaire sur Aristide Maillol est proposé au sous-sol…

Images extraites du documentaire

Émotion, dehors, devant la tombe de Maillol sur laquelle veille cette tellement belle oeuvre
« La Méditerranée » dont Dina Vierny fut la modèle…
Voilà, la boucle est bouclée…

Les photos ont été réalisées par Christian AVENEL

Dans l’article du 16/06/2022: « Destination Orsay »
vous retrouverez Aristide Maillol, cet artiste étonnant et tellement mal connu!

Le Musée Maillol se trouve dans la Vallée de la Roume
66650 Banuyls sur Mer
Du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 15h à 19h
Renseignements: 04 68 88 57 11

Dina et Aristide

MADAME D’ORA

Une bien étrange exposition…

Le Pavillon Populaire de Montpellier présente jusqu’au 16 avril l’exposition:
« La surface et la Chair/ Madame d’Ora / Vienne-Paris 1907-1957 »

Dès l’entrée de cette exposition, on pénètre dans le monde clinquant et soyeux de la photographie de mode: mannequins filiformes, artistes connues, danseuses… Posent avec affectation devant l’appareil de Dora Kallmus, dite « Madame d’Ora ».
Première femme à ouvrir son studio de portraits à Vienne, issue d’une famille juive de la bourgeoisie autrichienne, elle sera vite reconnue par des artistes ou des personnalité comme le peintre Gustav Klimt ou l’empereur Charles 1°…

Auto-portrait 1930

Paris…

Après l’effondrement de la monarchie autrichienne et le début de la première guerre mondiale, Dora Kallmus ouvre, en 1924, un nouveau studio à Paris, et rapidement des artistes se pressent pour devenir ses client.e.s: Joséphine Baker, Coco Chanel et beaucoup d’autres, peintres ou écrivains célèbres…
Bien vite, elle est repérée par les revues de mode comme « L’officiel »:
« De la même manière que le magazine de mode a commencé par être technique, il en est de même pour la photographie de mode elle-même. La première photographie était rigide, sobre ; elle était à l’origine destinée à capturer la simple ressemblance de son sujet, avec peu d’expression créative. Cependant, avec l’essor de la scène artistique au début des années 1900, des créateurs cultivés comme d’Ora ont apporté de nouvelles approches à la pratique, invitant l’esthétique dans les pages des magazines. Alors que les dessins de mode remplissaient leur fonction pour une publication axée sur l’industrie, la directrice photo emblématique a contribué à transformer L’Officiel en un magazine visuel destiné à un public de masse assoiffé de la fantaisie de la couture. »
Piper McDonald et Tori Nergaard in #LOFFICIEL100.

Ses client.e.s admirent son talent de prises de vues mais également ses discrètes compétences en matière de retouches. Grâce à ses poses, son style, ses éclairages et ses retouches subtiles, Madame d’Ora se fait connaître comme « le miroir embellissant »!

Joséphine Baker.
La modiste Mme Agnès avec l’une de ses créations 1933
La compositrice Alma Mahler 1916
Edward Gordon Craig 1941

Dans sa biographie, Madame d’Ora parle de ces deux portraits du metteur en scène britannique
E.G Graig, comme ses premières expériences avec un appareil « Rolleiflex ». Ce petit appareil photo portatif permet plus de liberté et de souplesse dans la prise de vues et rapproche la photographe de son modèle. (Jusque là, le matériel photographique était composé d’une « chambre » montée sur un trépied et d’éclairages sur pieds.)
Cette série marque le début d’une nouvelle époque pour Dora Kallmus et annonce ses thèmes sombres d’après 1945.

Chambre photographique
Appareil « Rolleiflex »

LA GUERRE… LA PRISE DE CONSCIENCE…

Avec la prise de pouvoir des nazis, « les interdictions d’exercer une profession pour les juifs et les opposants politiques » (les « Berufsverbote ») entraînent une réduction des commandes pour d’Ora, tant dans les pays germanophones qu’en France. Ses photos disparaissent petit à petit des magazines et, suite à l’Occupation, elle est contrainte de vendre son studio en 1940.
Sa soeur Anna est déportée en 1941 et mourra en 1942. Cette même année, après la rafle du Vel’d’hiv, Madame D’ora s’enfuit en Ardèche…
Elle reviendra à Paris après la guerre.. Elle a 65 ans et plus un sou…
Elle part en voyage en Autriche en 1948, et se retrouve confrontée à un pays en ruines, ravagé par la guerre. Elle prend ses distances avec le monde du glamour et réalise une série de clichés sur les camps de réfugié.es.
Remarquables d’émotion et de sensibilité!

Photos prises dans des camps de réfugié.es à Salzbourg en 1948

LE RETOUR AU TRAVAIL

« S’il n’y avait pas le problème de l’argent, je me demande jusqu’à quel point je pourrais travailler pour mon propre plaisir. Mais j’ai dépensé trop d’argent, j’ai trop investi dans mes idées et j’ai donc dû revenir aux portraits, au moins en partie, juste pour l’argent » D’ora 1954.

Dora Kallmus, « Madame d’Ora »

Faute de moyens, elle ne peut s’offrir un studio et photographie ses clients dans leur propre lieu de vie.
À la fin de sa carrière, la mort devient un sujet régulier dans son oeuvre.
Plus sombres, ces portraits sont aussi plus sensibles. Elle semble vouloir capter ce petit quelque chose fugitif de la réalité de ses clients…
Ces photos contrastent rudement avec celles du début de l’exposition et rendent ce parcours dans la vie d’une femme réellement passionnant!

Jacques Tati 1953
Marc Chagall 1955
Le clown François Fratellini 1950
L’écrivain Somerset Maugham 1955
L’écrivaine Colette.
Dernière photo de l’exposition en très grand format

LE PAVILLON POPULAIRE SE SITUE SUR L’ESPLANADE CHARLES DE GAULLE à MONTPELLIER
L’exposition sur Madame d’Ora est ouverte du mardi au dimanche de 10h à 13h et de 14h à 18h.
ENTRÉE LIBRE

Des visites guidées (« macro », « déclic » « grand angle » « focus »)
sont proposées tout au long de la semaine.
Renseignements au 0467661346