
crédit : robert capa/international center of photography/magnum photos
Le musée de la Libération de Paris / musée du Général Leclerc / musée Jean Moulin – propose, avec la collaboration exceptionnelle de l’agence « Magnum Photos », une relecture contextualisée de l’œuvre de Robert CAPA.
Plus de soixante tirages de presse d’époque sont présentés aux côtés de magazines, ouvrages, documents et objets personnels. Ensemble, ces cent soixante pièces retracent ainsi le parcours d’un jeune immigré hongrois devenu une icône de la photographie moderne.
En présentant l’œuvre de Robert Capa, l’exposition offre un regard historique sur une réalité toujours actuelle : celle du risque à prendre pour rendre compte de la guerre.
(Commissaire de l’exposition: Sylvie Zaidman, historienne, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin.
Co-commissaire : Michel Lefebvre, journaliste et collectionneur de photographies.)
Le personnage « Robert Capa », photographe qui invente le photo-reportage de guerre est la seconde histoire de l’homme (1936-1954) qui – durant 18 ans – sera sur tous les fronts de guerre ou de conflits. Une histoire qui commence le 17 juillet 1936 avec la guerre civile en Espagne et qui se termine le 25 mai 1954 avec la guerre du Vietnam où il meurt en sautant sur une mine (Robert Capa sera le premier d’une longue série de reporters photographe à mourir au Vietnam).

Robert Capa : 4e en haut à droite.
- 1913 – 1936 : LA PREMIERE HISTOIRE
Endre Ernô Friedmann est né le 22 octobre 1913 à Budapest en Hongrie dans une famille juive de tailleurs pour dames.
En Hongrie, comme bon nombre de jeunes de sa génération, il fréquente les milieux progressistes opposés au nouveau régime autoritaire et, comme bon nombre de jeunes, il va connaître l’exil.

Sa famille l’envoie à Berlin en 1931 suivre des études de journalisme, qu’il abandonne rapidement car il a l’occasion de réaliser ses premiers reportages photographiques.
Embauché par Simon Guttmann, directeur de l’agence photographique Dephot à Berlin, Endre Friedmann prend, à Copenhague, en novembre 1932, ses premières photographies publiées dans la presse. Muni de son appareil Leica, il réussit à s’approcher de Léon Trotsky lors d’un meeting. Malgré la mauvaise lumière, il parvient à réaliser quelques clichés et plusieurs d’entre eux paraissent dans le « Welt Spiegel ».


L’arrivée d’Hitler au pouvoir et l’antisémitisme ambiant l’incitent à partir à Paris où il va faire des rencontres marquantes et c’est là que va naître la seconde histoire avec un nouveau nom.
Quand il rejoint Paris, Endre Friedmann veut toujours être journaliste mais, c’est la vente de ses photographies qui va lui permettre de survivre.

Photo de Kati Horna: portrait d’Endre Ernô Friedmann (Robert Capa) 1933
- 1936 –1939 : LA SECONDE HISTOIRE – La naissance de la légende « Robert Capa »
C’est en 1934, à Paris, qu’Endre Friedmann rencontre Gerta Pohorylle (1er août 1910 – 26 juillet 1937) dite Gerda Taro qui devient son assistante personnelle. Ils tombent amoureux mais elle refuse le mariage qu’il lui propose. Gerta Pohorylle va travailler chez « Alliance Photo » comme rédactrice photo.
Elle apprend à prendre des photos car c’était le seul moyen de légaliser sa situation : en effet, les autorités françaises accordaient, à l’époque, un permis de séjour aux photo-journalistes, ce qui lui permettrait de travailler.
La légende attribue à Gerta Pohorylle l’idée d’inventer le personnage d’un photographe américain, «Robert Capa», et son agent «Gerda Taro», pour mieux vendre les photographies d’Endre Friedmann.
L’idée est bonne : le nom, simple et sans origine déterminée, se marie à un style particulier, « pris sur le vif », développé par Capa.
Mais, ce n’est pas qu’un changement de nom, c’est un nouveau personnage qu’inventent alors les deux jeunes gens. Petit à petit, Robert Capa incarnera une personnalité originale qui s’imposera à tous.
Le subterfuge fonctionne. Ils sont engagés par l’Agence « Alliance Photo » à fournir trois reportages par semaine. Ils prennent tous deux des photos d’actualités qu’ils vendent comme étant l’œuvre du photographe «inexistant» Robert Capa.
Gerda Taro et Robert Capa vont ainsi travailler ensemble pour faire des photos du Front Populaire en France en 1936 et rejoindre, la même année, la guerre civile espagnole.



- 1936 – 1939 : LE PHOTOGRAPHE DE GUERRE
Gerda Taro va mourir le 26 juillet 1937 écrasée par un char. C’est la première femme journaliste de guerre qui va mourir sur le front.

Robert Capa : Gerda Taro se cachant derrière un républicain pendant le guerre civile espagnole 1936.
« Endre Freidmann a définitivement laissé la place à Robert Capa. Les évènements vont propulser sa carrière. Après la mort de sa compagne, Robert Capa se réinvente en un remarquable photographe de guerre. Il développe le métier, soucieux de produire des clichés diffusables par la presse, ainsi que le montrent les tirages et les magazines présentés dans l’exposition.
Si la mort de sa compagne est un véritable bouleversement c’est, paradoxalement, ce qui va le déterminer à poursuivre son travail de photographe de guerre et d’affiner le style qu’il a inventé : celui du photographe de guerre, l’œil rivé à l’objectif, le scoop toujours à l’esprit.
Témoin engagé, son regard va marquer durablement l’histoire du photojournalisme et façonner la figure nouvelle du photographe de guerre. » Extraits du Dossier de presse.

Robert Capa – Mort d’un soldat républicain sur le front de Cordoue, Espagne, début septembre 1936.

Death in the making ( Mort en préparation) , première édition – Robert Capa 1938


John Fernhout : Robert Capa lors du tournage du documentaire Les 400 Millions de Joris Ivens, Chine 1938.
- 1939 – 1945 : AU CŒUR DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Willy Ronis :Robert Capa, Megève, France – 7 avril 1939.

Robert Capa : Camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées Orientales)
mars 1939.
L’exilé, sans le sou et riche d’enthousiasme, est devenu célèbre. Il a réussi professionnellement, mais sa vie privée est affectée par la mort de Gerda Taro. La déclaration de guerre le remet sur les chemins de l’exil, ses amis sont dispersés, son atelier parisien est fermé. «Je n’avais plus aucune raison de sortir de mon lit » écrit-il.
En 1940, il part pour New-York où vivent sa mère et son frère, mais les Etats-Unis ne sont qu’une étape. Comme il rencontre des difficultés à acquérir un statut, il contracte un mariage blanc.
Il obtient du magazine « Life » des commandes de reportages en attendant le moment de retourner sur le terrain, porté par son engagement antifasciste.
En 1941, il met fin à son contrat avec le magazine et part pour Londres où il travaille pour plusieurs journaux. Il photographie pour le « Saturday Evening Post » et pour « Illustrated ». Il fait aussi des images pour un ouvrage de Diana Forbes-Robertson.

En 1942, il revient aux Etats-Unis pour obtenir une accréditation en tant que correspondant de l’armée américaine. Cela lui permet, en 1943, de se rendre en Afrique du Nord, pour se joindre au débarquement en Sicile et remonter avec les troupes alliées jusqu’à Anzio, près de Rome. Il travaille à nouveaux pour le magazine « Life ».

« Des photographies de combats, de soldats, de blessés, de femmes éplorées jalonnent son parcours. Mais ce qu’il attend, c’est le débarquement en France et la libération de Paris, sa ville de cœur.
Il y assiste enfin, ce qu’il ressent comme un couronnement de sa carrière de photographe. »
Extrait Dossier de presse.
Libéré, le pays connaît un climat de vindicte populaire. A Chartres, Robert Capa photographie des tondues, dont une jeune mère accusée de collaboration, entourée de femmes souriantes. Selon les époques et les sensibilités, cette image a symbolisé un juste châtiment ou une humiliation genrée.









- 1948 – 1954 : PHOTOGRAPHE DE GUERRE
« Quel que soit son désir de tenir la guerre à distance, Robert Capa est rattrapé par les conflits.
Ses moments aux courses, aux sports d’hiver, et ses périodes de photographies de plateau sont ponctués de voyages en Israël, entre 1948 et 1950. En tant que juif témoin de l’antisémitisme, il n’est pas insensible à la création de l’Etat d’Israël. Il y est blessé en juin 1948. » Extrait Dossier de presse.



- LA DERNIÈRE PHOTOGRAPHIE
En mai 1954 – il a 41 ans – il part photographier la guerre d’Indochine, guerre de décolonisation opposant le corps expéditionnaire français au Viêt-minh. C’est la guerre de trop pour Robert Capa.
À la demande du magazine « Life », il accepte de remplacer le photoreporter chargé de couvrir la guerre d’Indochine auprès de l’armée française, bien que cette proposition ne corresponde pas à ses convictions politiques.
Avec ses appareils, dont l’un est doté d’une pellicule couleur, Capa réalise des images des populations, des soldats, des atrocités. Les français viennent de perdre Diên Biên Phu.
Le 25 mai, aux alentours de Thài Binh, il avance dans un champs, en arrière des soldats, lorsqu’il marche sur une mine.


Le « style Capa », cette manière directe et immersive de photographier la guerre,
a profondément influencé la profession, toujours exposée aux dangers du terrain.
En 2024, selon « Reporters sans Frontières », cinquante-quatre journalistes
ont encore perdu la vie dans l’exercice de leur mission, pour la plupart dans des zones de conflit.

Musée de la Libération de Paris :
4 Avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy
75014 Paris



