POUR L’AMOUR DE L’ART

Affiche de l’exposition des artistes amateur.e.s de la ville de Dinan.

« Amatore !  » (« Amateur ! »)

Cette interjection en italien, lancée à quelqu’un dont on juge que le travail n’est pas abouti, souligne l’aspect péjoratif de la notion d’amateurisme. Or étymologiquement le mot « amateur » signifie : celui ou celle qui aime… Et c’est seulement au XVIII ème siècle qu’apparait la précision amateur-connaisseur et au XIX ème celle d’amateur-praticien. « Même si les activités artistiques sont liées à la créativité, l’art est différent du travail dans le sens où l’activité artistique est assimilée à la liberté et au plaisir.  
S’il est communément admis que le sport a de multiples vertus pour la santé, sociales, mais aussi mentales, pourquoi ne pas le dire davantage pour les pratiques artistiques qui relèvent finalement des mêmes mécanismes : jeu, plaisir, dépassement de soi, hygiène de vie, socialisation, régularité, etc. ?
En France, 23 millions de personnes déclarent avoir au moins une pratique artistique régulière « non professionnelle ».
Une grande majorité de ces personnes amateur.e.s trouve dans leur pratique artistique une échappatoire ou une alternative salutaire à leur environnement professionnel routinier, morose ou problématique, et/ou tout simplement le bonheur de créer !
L’article 32 de la loi n° 2016-925 de 2016 définit le statut de l’amateur : « Est artiste amateur dans le domaine de la création artistique toute personne qui pratique seule ou en groupe une activité artistique à titre non professionnel et qui n’en tire aucune rémunération. »

Les personnes qui pratiquent en amateur entretiennent rarement un désir de professionnalisation.
Passé les années de formation, « être repéré·e » ou « faire carrière » n’est plus un sujet et il faut pouvoir le dire et l’entendre sereinement.
Évitons de confronter les modèles : les amateur·es ont des besoins et des attentes spécifiques, et ne souhaitent pas être comparé·es ou opposé·es aux professionnel·les.
Sans pouvoir ou vouloir y dédier des moyens considérables, le fait d’inscrire une dimension « pratiques amateures » dans une politique culturelle, encouragerait les personnes concernées à se faire connaître, à se parler entre elles, à sentir leur légitimité.

« Le manque de visibilité serait-il inhérent à la pratique en amateur dans la mesure où une meilleure reconnaissance pourrait aboutir à institutionnaliser « l’ininstitutionnalisable » ? 
Les pratiques en amateur n’ont-elles pas vocation à rester le travail de l’ombre, le rendez-vous intime, la satisfaction personnelle ?
Pour rester des pratiques libres, les pratiques en amateur doivent-elles rester cachées ?
Le « beau » travail est-il  celui qui nous rend heureux·se, ou celui qui satisfait les autres ? 
La pratique amateur relève ici du droit de donner le meilleur de nous-mêmes dans la réalisation, le droit aussi d’être fièr.e de l’action accomplie, l’occasion de se sentir vivant·e, pleinement soi-même, et pleinement parmi les autres. 
Il est question ici de dignité ».
(Sources : Article juillet 2025 – Le travail en amateur Sonia Leplat, directrice générale de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs Paris)

Du statut légal et économique à l’acception étymologique – celle ou celui qui aime – le mot « amateur » semble ne pas donner à voir toutes les facettes possibles de la pratique.

À travers trois portraits d’artistes amateurs : Maître-verrier, mosaïste, tourneuse sur bois/peintre et un reportage sur une chorale, il et elles vont nous raconter leurs pratiques… Leur amour de l’Art.

Alain HAZANE, maître verrier.
Création A.Hazane.
Création A.Hazane.
Création A.Hazame.
Création A.Hazame.

Dans l’atelier animé par Alain Hazame, nous avons suivi le travail de Constance :

Le vitrail de Constance….
… En chantier !
Découpe du verre…
…Meulage….
Préparation du plomb pour sertir.
Alain conseille Constance.

Isabelle Florentin, mosaïste
Tapisserie de Jean Lurçat.
« Oiseau de feu » d’ Isabelle Florentin.
Création d’I.Florentin.
Création d’I.Florentin.
Création d’I.Florentin.
Isabelle Florentin à l’atelier mosaïque…
… Tout en minutie et précision 🙂
Michèle Suzanne, tourneuse sur bois et peintre.
Bois tourné de M.Suzanne.
Bois tourné de M.Suzanne.
Bois tourné et peinture de M.Suzanne.
Création peinte de M.Suzanne.
Création peinte de M.Suzanne.
Réalisation en « Pouring ». M.Suzanne.
Réalisation en « Pouring ». M.Suzanne.

Le mot Pouring signifie littéralement « en versant ». Il s’agit en effet d’une technique artistique qui consiste à verser de la peinture fluide, directement sur le plan de travail, une toile ou une autre surface.
Le Pouring est une technique dans laquelle la couleur et les pigments sont les véritables protagonistes. Cette méthode, très appréciée, utilise de la peinture acrylique.
Pour obtenir un effet remarquable, la peinture est diluée de manière à ce que chaque teinte reste distincte des autres. Association de couleurs, combinaisons et imagination sont les seuls ingrédients nécessaires pour un résultat époustouflant.

Réalisation en « Pouring ».

La chorale de femmes « Sono Solo Canzonette » est dirigée par Paola Niggi.
Rencontre avec les choristes qui vous proposent quelques-unes des chansons de leur répertoire, des interviews et surtout de la bonne humeur !
Tournage réalisé le 9 octobre 2022 à Paris, par Marc Quentin et Jane Da Silva 🙁www.choralecanzonette.fr)

Chorale « Sono solo Canzonette.

Au cours de nos reportages, nous avons constaté que les ateliers de pratiques artistiques étaient presqu’exclusivement fréquentés par des femmes…
Une récente étude du gouvernement précise que : « Si les hommes et les femmes s’engagent dans les mêmes proportions dans la pratique en amateur, les arts graphiques et manuels, l’écriture et le spectacle vivant sont plus féminisés que les autres activités : 61 % des personnes qui pratiquent un art graphique ou manuel sont de sexe féminin, plus particulièrement pour la poterie (78 %). L’écriture séduit aussi davantage les femmes (64 %), en particulier lorsqu’il s’agit de la tenue d’un journal intime (72 %) et, enfin, les femmes sont majoritaires parmi les danseurs amateurs (71 %).
En revanche, les activités scientifiques et techniques sont plus masculinisées : les hommes y sont davantage représentés (61 %), et plus particulièrement au sein d’activités techniques comme observer les étoiles, faire des recherches historiques, etc. (66 %). »

L’Art d’être Curieux remercie Alain, Constance, Isabelle (associations « Art et Culture » et « Mosaïc’Art » dans les Pyrénées-Orientales) et Michèle, ainsi que la chorale « Sono solo canzonette », de Paris, pour leur aimable participation à cet article.

GELUCK EXPOSE LE CHAT

Jusqu’à une date non précisée le Musée Maillol à Paris a proposé à Philippe Geluck d’exposer
« Le Chat »… Ou bien « Le Chat » a-il proposé à Philippe Geluck de s’exposer au musée Maillol ?

(Photos vidéos : Aurélien Delacroix 
« Salut ! Ca va ? « sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)
Philippe Geluck. (c) Studio Fifty-Fifty

« En une heure et demie, le visiteur découvrira le parcours inattendu d’un gamin qui comprend très jeune sa faculté de faire rire les autres par ses dessins d’humour noir et décalé et qui, dès ses 14 ans, se met à en produire en quantité, nourri au biberon de ses idoles (Siné, Bosc, Chaval, Sempé, Reiser…).
Cela le mènera tout naturellement à devenir… Comédien et à monter sur les planches durant 10 ans, à se muer en animateur ou chroniqueur radio et télé, d’abord en Belgique et puis en France, notamment aux côtés de Laurent Ruquier et Michel Drucker.
Mais cela n’est rien à côté de ce qui va lui arriver en 1983, lorsqu’il invente Le Chat qui deviendra en quelques années une icône de la bédé, le chouchou des galeries d’art et le sujet de nombreuses expositions, notamment sous forme de sculptures monumentales en bronze sur les Champs- Élysées à Paris. »
(extrait du Dossier de Presse).

Extrait du diaporama sur l’installation des sculptures monumentales du Chat.
(Photos vidéos : Aurélien Delacroix 
« Salut ! Ca va ? « sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)

« Pif, paf pouf. C’est un bon début ». C’est en tout cas ceux du Chat dans « Le Soir » (Journal belge) le 22 mars 1983. C’était tellement crétin que cela a fait rire tout le monde !
En 1986, Le Chat est édité en album, aux éditions Casterman, au départ un peu sceptiques quant aux chances de réussite en librairie d’un recueil de cartoons… Pourtant le succès est immédiat en Belgique et en Suisse. Lorsque, un an plus tard, l’auteur leur proposera un second volume, l’éditeur n’hésitera plus ! (…) Le Chat est devenu en 40 ans l’animal le plus populaire de la BD franco-belge. 25 albums ont été publiés chez Casterman, plusieurs best of, catalogues et livres de textes. Il est traduit en 17 langues dont l’anglais, le néerlandais, l’italien ou le coréen.( Extrait du Dossier de Presse)

UN PARCOURS AUTOBIOGRAPHIQUE

L’enfance, les premiers dessins, puis les premiers contrats… La naissance du personnage du Chat…
Et toujours le théâtre et le cinéma pour le plaisir et pour vivre !

Les bulles du dessin que tient la femme du shah d’Iran:
« Dans certains pays, quand le chat est parti »… « Les souris ne dansent pas »…

« Car la musique est interdite ».

Quand le Chat s’amuse des artistes…

À propos de « L’origine du monde » de G.Courbet…..
(Photos vidéos : Aurélien Delacroix. 
« Salut ! Ca va ? » sa Rue Élise 87, 1050 Bruxelles Belgique)
P.Geluck (c) Studio Fifty-Fifty

En 2020, nous avions eu le plaisir de rencontrer Philippe Geluck à Rodez pour son exposition au musée Soulages (voir article « La patte de Geluck » du 27/10/2020).
Autant le Chat est insolent, incisif et dérangeant, autant Philippe Geluck est un homme d’une grande simplicité, humain et très empathique !
Le Chat – son double négatif – nous fait sourire et rire, Philippe Geluck nous émeut…
Nous vous proposons de (ré)écouter cette réponse de Philippe Geluck à propos de l’assassinat de Samuel Paty et de la liberté d’expression :

Itw du 24/10/2020 (c) Sylvie Maugis pour « L’Art d’être Curieux ».
Dédicace de P. Geluck pour « L’Art d’être Curieux » 2020.

Musée Maillol
59-61 rue de Grenelle 75007 PARIS

1925-2025 : PARIS CÉLÈBRE LE CENTENAIRE DE L’ART DÉCO

TROISIÈME PARTIE :
AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS de PARIS

Le Musée des Arts Décoratifs (MAD) fut fondé au milieu du XXe siècle par un groupe d’industriels et de collectionneurs pour encourager la créativité et l’innovation. Le musée est toujours aujourd’hui une grande source d’inspiration pour les créateurs.
Promouvoir « le Beau dans l’Utile » : ses collections sont composées de mobilier, céramique, orfèvrerie, design, mode et textile, bijoux, verre, jouets, publicité, dessins, photographies et papiers peints…
Avec près d’un million et demi d’oeuvres, le MAD conserve l’une des plus importantes et des plus belles collection d’arts décoratifs du monde.
C’est pourquoi il paraissait impensable à l’équipe du musée de ne pas célébrer le centenaire du mouvement « Art Déco » !

L’exposition « 1925-2025. CENT ANS D’ART DÉCO » puise dans le fonds remarquable du MAD, enrichi d’œuvres prêtées par de grandes institutions et collections privées, pour présenter des pièces emblématiques.
Organisée selon un vaste parcours chronologique et thématique qui se déploie dans la nef et dans les galeries aux 2e et 3e étages du musée, l’exposition retrace les origines, l’apogée, le développement et les réinterprétations contemporaines de l’Art déco.

Elle révèle la richesse et l’actualité d’un mouvement en constante évolution et propose un voyage au cœur de la création des années folles et de ses chefs-d’œuvre patrimoniaux.
Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches et pièces de mode : plus de 1200 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un mouvement qui continue de fasciner.

L’exposition s’ouvre de façon spectaculaire sur le mythique Orient Express, véritable joyau du luxe et de l’innovation.
Symbole du voyage raffiné et du savoir‐faire français, l’Orient Express connaît son âge d’or dans les années 1920. Décoré par de grands artistes comme René Prou ou René et Suzanne Lalique, il devient un manifeste roulant de l’esthétique Art déco.

L’Orient Express debout dans le hall du MAD.

Cent ans plus tard, ce mythe renaît !
Le Musée des Arts Décoratifs dévoile en exclusivité, dans la Nef du musée, des maquettes d’intérieur grandeur nature du futur Orient Express, réinventées par le directeur artistique Maxime d’Angeac, dialoguant avec une cabine Art déco de 1926 provenant des collections du musée.
Héritier du style et de l’univers des métiers d’art, son projet fusionne artisanat d’excellence, innovations technologiques et design contemporain pour inventer le train du XXIe siècle.
En 2025 comme en 1925, l’Art déco inspire un luxe tourné vers l’avenir.
(Il paraîtrait que les réservations soient déjà bouclées jusqu’en 2030 ! )

Salon/bar du nouvel Orient Express
Couloir du nouvel Orient Express

L’ART DÉCO est né dans les années 1910 dans le sillage des réflexions européennes sur l’ornementation, et puise dans les recherches de l’Art nouveau. Il se développe pleinement dans les années 1920 et se distingue par une esthétique structurée, géométrique, élégante, qui allie modernité et préciosité. Ses formes séduisent les décorateurs, architectes et fabricants d’alors, mais restent souvent réservées aux catégories sociales aisées, du fait du coût élevé des matériaux et de la finesse des techniques mises en place à cette époque. L’Art déco incarne une période marquée par une soif de nouveauté, de vitesse, de liberté. Il touche tous les domaines de la création : mobilier, mode, joaillerie, arts graphiques, architecture, transports…
L’exposition revient ainsi sur les différentes tendances de l’Art déco, entre l’abstraction géométrique et le goût du décoratif.

Dans cette foisonnante (peut-être un peu trop…) exposition, tous les domaines de la création artistique et de la décoration sont présentés : les verreries, la tabletterie, les arts de la table, illustrés par des pièces à la modernité saisissante. Le rôle fondamental du dessin est mis en lumière à travers des projets décoratifs, d’architecture intérieure et de mobilier.
L’univers de la mode et des arts textiles est représenté par plusieurs vêtements : capes, vestes, robes…mais aussi des dessins de textiles et des bijoux

Salle des affiches.

– LE MOBILIER :

Reconstitution….
… D’intérieurs.
Fauteuil Sirène et Paravent
Buffet ayant appartenu à Sonia et Robert Delaunay.
« Swedish Grace » l’attrait du mobilier suédois.. Déjà ! 🙂
Commode de Paul Iribe. 1912.

– ARTS DE LA TABLE :

Projet d’assiette de Camille Fauré.1926
Coffret de J.Goulden. 1928
Vase Paon de G.Chevalier. Manufacture Baccarat. 1925.
Vitrine de divers objets de vaisselle.
Détail : service à liqueurs.

– DÉCORATION :

Grille Paons de Léon Conchon. 1922.
Lévrier de G.Lebourgeois. 1920.
Papiers peints.
Satin de viscose « Les jets d’eau » .1925.
E.Bénédictus.
Satin de soie « Les Ananas » . 1923.
Charles Martin.
Surtout « Grenouilles et poissons ». 1905.
René Lalique
Détail .
Détail d’une grenouille.
Un « surtout » est une pièce de vaisselle décorative
que l’on place au milieu d’une table.

– MODE :

Veste créée par Sonia Delaunay.
Espace de la maison de couture Madeleine Vionnet.
Bijou.
Bijou.
Chapeau.
Mannequins de cire présentant des bijoux de chez Cartier.
Kimonos, très prisés dans les années 1920-1930.
Cette évolution d’un vêtement traditionnel japonais témoigne des échanges culturels existants entre le Japon et l’Occident .
Fêtes bourgeoises.

Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli 75001 Paris.

1925-2025 : PARIS CÉLÈBRE LE CENTENAIRE DE L’ART DÉCO

Première partie :
Paris 1925, L’Art déco et ses architectes

Jusqu’au 29 mars 2026, La Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris, célèbre le centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de 1925, en ressuscitant ses pavillons disparus à l’achèvement de la manifestation.

Entrée de l’exposition de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

Présentée dans un espace restreint, l’exposition séduira surtout les amateurs d’architecture et d’histoire urbaine :

Art nouveau, Art déco : faire la différence ! 
Très proches dans le temps, les styles Art Nouveau et Art Déco diffèrent considérablement.
Le premier aime les fioritures, les feuilles et les fleurs délicates, quand le second préfère les formes droites, les lignes géométriques et les matériaux costauds.
En résumé, l’un rêve de nature, l’autre de modernité.

  • Le style Art Nouveau (1890-1914) s’est affirmé comme une authentique rupture, en réaction à l’éclectisme décadent du Second Empire. Si la nouveauté, la virtuosité et la technicité de ce style charmèrent nombre de contemporains, son exubérance et l’égocentrisme de ses hérauts eurent cependant raison de sa diffusion et de sa postérité. 
Façade d’un hôtel
  • Le style Art Déco (1919-1940) lui succède avec ses formes géométriques simples et épurées.
    Plus adaptées aux nouvelles machines et à la vie moderne, il devient le premier style véritablement industrialisé. Conçu à la source, dans un raffinement de formes et de matières, par des créateurs œuvrant souvent à plusieurs mains pour assouvir le goût du luxe d’une clientèle de prestige, il sera plus aisément déclinable pour le plus grand nombre et commercialisable afin de conquérir le monde.
    Ce n’est qu’en 1960 que ce mouvement artistique d’Arts décoratifs pendra le nom d’Art Déco.
Cinéma « Le Rex » à Paris.

L’Art Nouveau et l’Art Déco dans la sculpture :

À gauche : « La Danseuse à l’écharpe » Commande au sculpteur Agathon Léonard en 1898 qui fut l’un des grands succès de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris et à droite La Joueuse de luth, 1934.
Musée de la céramique à Sèvres.

L’exposition de 1925,  les bases de la modernité 
Le 28 avril 1925, un vent de modernité souffle sur Paris : l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes est inaugurée par le président de la République Gaston Doumergue, en présence de 4 000 privilégiés, et des milliers de visiteurs se pressent chaque jour dans les allées pendant les six mois de manifestation. 
Programmée en 1915, repoussée à 1916, ajournée pour cause de guerre à 1922, puis en 1924, l’Exposition  Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Moderne  aura enfin lieu en 1925, du 28 avril au 8 novembre et reflètera le bouillonnement créatif d’une société d’après-guerre en pleine transformation. 
C’est un site central, en plein cœur économique de Paris, facile d’accès, qui est finalement choisi en octobre 1922. Une véritable ville dans la ville de 23 hectares – terrain exigu au regard des précédentes expositions universelles – s’élève en une année, ordonnée sur deux axes principaux : du rond-point des Champs-Élysées à l’esplanade des Invalides en passant par le pont Alexandre-III et, sur les deux rives de la Seine, de la place de la Concorde au pont de l’Alma, Grand Palais compris. Trois portes principales lui donnent accès : la porte d’Honneur, édifiée entre le Grand et le Petit Palais, la porte de la Concorde, à l’entrée des jardins du cours la Reine et, rive gauche, la porte d’Orsay. 

Vue aérienne de l’exposition 1925.
Liste des sites de l’exposition.
Vue générale de l’exposition

La Tour Eiffel s’invite dans la manifestation. Inaugurée le 15 mai 1889, jour de l’ouverture de l’Exposition Universelle, elle va faire un spectacle lumineux de 45 secondes en scintillant dans le ciel de l’exposition de 1925. Toute une histoire :

Les chantiers : 
La première pierre de l’Exposition est posée le 26 mars 1924. La modernité de nombreux pavillons qui s’élèvent en plein cœur historique de la capitale contraste si fortement avec l’architecture environnante qu’elle alimente, dès les premiers jours du chantier, de véhéments débats.
Soucieux d’harmonie, le commissariat général impose aux architectes intervenant sur l’esplanade des Invalides un gabarit précis : la hauteur des édifices ne peut excéder 5 mètres et l’angle maximal des toitures doit être de 45 degrés. Ces contraintes sont à l’origine de la silhouette pyramidale de l’hôtel du collectionneur et du pavillon Primavera. Compte tenu du caractère éphémère de l’Exposition, les architectes privilégient des matériaux tels que le bois, le métal, le béton de mâchefer ou le staff. Ils ont interdiction de toucher aux arbres et à leurs branches. Ultime consigne : ne pas creuser en profondeur dans le sol de Paris, traversé de réseaux complexes de fluides, de câbles, d’égouts et par les voies de chemin de fer de la gare souterraine des Invalides. 

Les Architectes et leurs œuvres :
Bien que vouée à la promotion des arts décoratifs et industriels, l’Exposition de 1925 accorde une attention particulière à l’architecture et ses créateurs. L’Exposition universelle de 1889 avait vu triompher l’usage du métal dans l’architecture ; l’Exposition de 1925 consacre, quant à elle, le béton armé. Elle est le terrain d’expression de la diversité et des débats qui agitent alors le monde de l’architecture. 
Les architectes érigent des pavillons-manifestes de leur style, des plus classiques, comme Louis Süe, aux plus modernes, comme Robert Mallet-Stevens. Empreint d’une esthétique soignée, chaque projet intègre tous les enjeux d’un mode de vie moderne : préceptes hygiénistes, construction et distribution rationnelles des espaces, usage de l’automobile, de l’électricité, des télécommunications… 

L’exposition révèle bien une volonté de production, de diffusion et de conquête des marchés.
C’est ainsi que les Grands Magasins du Louvre, des Galeries Lafayette, du Printemps et du Bon Marché confient leurs pavillons à des architectes de renom.
Une Rue et une Galerie des boutiques ouvriront aussi respectivement sur le Pont Alexandre III et sur l’Esplanade des Invalides. Les grandes manufactures de l’État sont présentes et rivalisent de moyens pour séduire les visiteurs, notamment étrangers. 
Le pavillon de L’Ambassade Française porte bien son nom et son ambition, celle de montrer l’excellence hexagonale dans toutes ses composantes : mobilier, ferronnerie, éclairage. Tous les grands noms de la décoration y sont réunis, y compris Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933), décorateur. 

Salle de réception du pavillon de l’ambassade de France
  • Robert Mallet Stevens : En 1925, Robert Mallet-Stevens (1886-1945) est encore peu connu du grand public. Diplômé de l’École spéciale d’architecture de Paris en 1906, il est d’abord influencé par les différents courants artistiques émergents. Dans tous ses projets, Mallet-Stevens travaille en équipe avec sculpteurs, maîtres-verriers, décorateurs, éclairagistes. Il est celui qui incarne l’esprit Art déco, intégrant les arts appliqués à ses architectures quasi abstraites.
    À l’Exposition de 1925, il est l’auteur de plusieurs pavillons, notamment de l’édifice le plus spectaculaire de l’événement, le pavillon des Renseignements et du Tourisme d’une modernité extraordinaire au pied du Grand Palais Belle Époque. Son beffroi à horloge sera copié dans le monde entier, de Tunis à Rio.
Pavillon du Tourisme.
  • Louis-Hippolyte Boileau (1878 – 1948) : Artiste décorateur moderne en 1924-1926, membre du jury de l’Exposition des arts décoratifs en 1925.
La Porte d’Orsay.
  • Pierre Patout : Diplômé de l’École des beaux-arts de Paris en 1903, Pierre Patout (1879-1965) est considéré comme l’un des protagonistes de l’Art déco. À l’Exposition de 1925, Patout présente cinq projets : la porte de la Concorde, le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres, les réalisations de Patout incarnent la perméabilité des différents courants architecturaux de l’entre-deux-guerres. 
Porte de la Concorde.
  • Auguste Perret : brillant élève de l’École des beaux-arts de Paris, Auguste Perret (1874-1954) la quitte en 1898 sans diplôme.
    Grâce à ses projets en béton armé, tels que l’immeuble du 25 bis, rue Franklin (1923, Paris 16e), réalisé en collaboration avec son frère Gustave et le Théâtre des Champs-Élysées (1913, Paris 16e) considéré comme le premier bâtiment Art déco de Paris.
    En 1925, ils conçoivent le théâtre éphémère de l’Exposition. Inspiré du palais de Bois que les frères avaient construit un an auparavant pour le Salon des Tuileries, ce théâtre répond pleinement au caractère provisoire de l’Exposition : le bois dont il est presque entièrement bâti pourra être récupéré lors de sa démolition. 
    (Beaucoup plus tard Auguste Perret va concevoir la reconstruction de la ville du Havre en Normandie, détruite par les allemands pendant la guerre.)
Le théâtre Éphémère.
  • Henri Sauvage : (1873-1932) est un architecte reconnu quand s’ouvre l’Exposition de 1925.
    Animé par une exigeante méthode rationaliste, il défend l’industrialisation de l’architecture tout en y intégrant la notion de décor.  Il initie dès 1909 une réflexion sur les rapports entre la structure et le revêtement et devient l’un des inventeurs de l’Art déco. En 1925, il réalise le pavillon Primavera pour les ateliers d’art des magasins du Printemps :
  • Louis Süe et André Mare : L’architecte Louis Süe (1875-1968) et le peintre André Mare (1885-1932) comptent parmi les fondateurs du mouvement Art déco, promoteurs à l’orée de la Première Guerre mondiale de la tendance classique du premier Art déco. Süe et Mare participent à l’Exposition de 1925 en édifiant deux pavillons à coupole se faisant face sur l’esplanade des Invalides : l’un intitulé musée d’Art contemporain, sous l’enseigne de la Compagnie des arts français, l’autre pour la maison de la serrurerie d’art Fontaine :
La maison de serrurerie d’art Fontaine
  • Albert Laprade : après son diplôme obtenu à l’École des beaux- arts de Paris en 1907, Albert Laprade (1883- 1978) commence sa carrière au Maroc avant de s’installer à Paris en 1919. Sa réalisation la plus remarquée à l’Exposition est le Studium-Louvre, le pavillon édifié pour les ateliers d’art des Grands Magasins du Louvre :
  • Henry Favier : architecte et décorateur, Henry Favier (1888- 1971) est un homme pluridisciplinaire à l’image de son temps. Jeune diplômé en architecture en 1923, il est inconnu du grand public quand s’ouvre l’Exposition de 1925. Excellent dessinateur, il intègre l’École des beaux-arts de Montpellier puis celle de Paris. Pour cette manifestation, Favier il signe la porte d’Honneur de l’Exposition de 1925, en collaboration avec André Ventre, et le pavillon du journal L’Intransigeant
Porte d’honneur de l’exposition.
Plan du pavillon de  » l’Intransigeant ».
  • Le Corbusier : Charles-Édouard Jeanneret (1887-1965) est encore méconnu du grand public lorsqu’il candidate, tardivement, à l’Exposition de 1925.
    Après un passage au sein de l’agence des frères Perret, il vient de fonder son atelier parisien (1922) et n’a encore que peu construit. C’est avant tout grâce à la revue L’Esprit nouveau (1920) que l’architecte – qui prend alors le pseudonyme de Le Corbusier – bénéficie d’une notoriété intellectuelle internationale.
    Pour 1925, Le Corbusier et Pierre Jeanneret, son cousin et associé, imaginent un pavillon-manifeste qui concrétise les idées développées dans L’Esprit nouveau, en particulier la nécessité de concevoir des architectures types reproductibles industriellement et débarrassées de tout enjeu esthétique. Il détourne alors la demande officielle – présenter la maison d’un architecte – en proposant une cellule type en « L » construite avec des matériaux standardisés et préfabriqués. Cette cellule type est tirée de son projet d’immeubles-villas (1922). Le Corbusier fera de 1925 une date symbolique majeure dans la genèse de son œuvre architecturale et urbanistique ainsi que dans l’élaboration de son mythe. 
    (Au même niveau que l’exposition Art Déco, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine propose une reconstitution d’un appartement de la Cité Radieuse, immeuble créé par Le Corbusier en 1952 à Marseille.)
« Pavillon de l’Esprit Nouveau » vidéo diffusée sur l’exposition.

Le renouveau du jardin 

Les jardins de l’Exposition de 1925 sont à l’image de la transformation qui s’est progressivement opérée dans la conception des jardins avant-guerre.
Le renouveau de l’art du jardin est à rechercher dans deux directions différentes, sinon opposées. La première s’apparente à une forme de nationalisme, le jardin à la française, avec sa maîtrise du végétal et la géométrie de sa composition, revendiquée par Pierre Véra dans un texte de référence dès 1912. La seconde est la redécouverte du jardin « maure », également géométrique et surtout limité en surface où l’eau, entre fontaines et filets cristallins, joue un rôle très important. 
Les réalisations de Laprade notamment, à l’Exposition de Paris, traduisent ces deux références à la géométrie du jardin à la française et à l’usage parcimonieux de l’eau et des matériaux de briques et de céramiques des jardins « maures ».
En collaboration avec les sculpteurs Jan et Joël Martel (1896-1966), Robert Mallet-Stevens aménage également un jardin moderne devant le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres avec une des quatre tours de l’architecte Charles Plumet.
Albert Laprade fait partie des premiers rénovateurs contemporains de l’art du jardin et crée à l’Exposition de 1925 deux jardins éphémères : le bassin des Nymphéas au centre de l’esplanade des Invalides et le jardin des Oiseaux, inspiré par les jardins marocains.

Des jardins…..
… Divers.

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine se trouve dans le Palais de Chaillot
1 place du Trocadéro 75016 Paris

Deuxième Partie:
Paris 1925,  Les ateliers d’art des grands magasins,
vitrines de l’Art Déco.

La bibliothèque Forney à Paris.

Dans le cadre de la commémoration du centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, la Bibliothèque Forney à Paris, spécialisée dans les beaux-arts, les arts décoratifs et les métiers d’art, présente jusqu’au 28 février 2026, une exposition sur les ateliers d’art de quatre grands magasins parisiens : « Primavera » du Printemps, « Pomone » du Bon Marché, « La Maîtrise » des Galeries Lafayette et « Studium Louvre » des Grands Magasins du Louvre.

La bibliothèque Forney installée depuis 1961 dans l’hôtel de Sens – rare vestige de l’architecture médiévale civile à Paris – a été fondée à la fin du XIXe siècle grâce à un legs fait à la Ville de Paris par Aimé-Samuel Forney, un industriel soucieux de revaloriser la situation des métiers d’art et de favoriser l’éducation des artisans. La bibliothèque Forney est l’une des grandes bibliothèques patrimoniales de la Ville de Paris.

Hôtel de Sens / Bibliothèque Forney.
côté rue du Figuier

Les Ateliers d’Art des grands magasins :

  • Créés entre 1912 et 1922, les ateliers de création sont dirigés par des artistes décorateurs renommés : Charlotte Chauchet-Guilleré, Paul Follot, Maurice Dufrène, Étienne Kohlmann. 
    Leur participation à l’exposition de 1925 est particulièrement remarquée.
    Les studios – « Primavera » au Printemps, « Pomone » au Bon Marché, « Studium Louvre » aux magasins du Louvre et « La Maîtrise » aux Galeries Lafayette – présentent chacun, dans un pavillon dédié, les dernières tendances du mobilier et de la décoration, contribuant grandement au succès de cet événement.

Conformément au cahier des charges de l’exposition, l’ensemble des pavillons et autres constructions étaient appelées à être démolies à la fin de la manifestation.

Les pavillons des ateliers d’Art des grands magasins dans l’exposition.

L’exposition met en avant le rôle particulier joué par les ateliers d’art des grands magasins en relatant la préparation de l’exposition de 1925 depuis 1900, leur place centrale dans celle-ci, et enfin l’importance des artistes novateurs qui y travaillaient dans les différents métiers d’arts concernés. 
Les œuvres sont issues en majorité des collections de la bibliothèque Forney et de celles des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris mais aussi, pour le mobilier, les céramiques et le textile, d’autres institutions culturelles publiques ou de collections privées avec, entre autres, le Mobilier National ou les services Patrimoine des magasins du Printemps, du Bon Marché, des Galeries Lafayette, de Tassinari-Chatel ou de Pierre Frey.

Les décorateurs ont fait travailler tous les plus grands artistes qui inventent l’Art déco dans les domaines du mobilier, des tissus, de la céramique, du verre…  Les catalogues commerciaux, affiches, papiers peints, photographies, objets publicitaires, catalogues d’expositions, périodiques, cartes postales…
Tous ces supports de publicité ont largement participé à la diffusion d’une nouvelle esthétique qui fait le lien entre l’Art Nouveau du début du XXe siècle et les formes géométriques simplifiées qui seront à l’honneur dans les années 1930. 

Les stratégies publicitaires :

Catalogue de Kohlmann.
Studio « La Maîtrise » Galeries Lafayette.
Catalogue Primavera – Le Printemps
Catalogue « La Maîtrise » Galeries Lafayette.
Catalogue « Studium ». Louvre
Catalogue « Studium » – Louvre

Les ateliers d’Art et les innovations : 

  • Les papiers peints :
Papier peint – Atelier Martine – « Les Eucalyptus ».
Papier peint L’Amazone, motif 1923 –
Line de Andara(1895-1981)

  • Les textiles :
Les soieries.
Toiles et étoffes.
  • Les céramiques :
Animaux divers.
Objets divers.
Chat blanc, chat noir.
  • Le mobilier :
Meubles moderne – Catalogue du Studium – Au Bon Marché.

L’exposition – gratuite – de la bibliothèque Forney  nous a fait découvrir un aspect méconnu de l’histoire de l’Art Déco en révélant comment le commerce et l’art se sont alliés pour démocratiser la création et renouveler l’esthétique du quotidien.
L’Art d’Être Curieux vous invitera au Musée des Arts Décoratifs de Paris, pour la troisième et dernière partie de la célébration du centenaire de l’Art Déco, le 31 janvier.

Bibliothèque Forney :
1 rue du Figuier à Paris (4e arrondissement)
ENTRÉE LIBRE

FLASH INFO :
La très belle exposition « Georges de la Tour »

est prolongée jusqu’au 22 février au musée Jacquemart-André à Paris.
Voir « L’Art d’être Curieux » du 29/11/2025.

VASTE EMPIRE QUE CELUI DU SOMMEIL ! UN LABYRINTHE SANS FIN…

Jusqu’au 1er mars 2026, le musée Marmottan Monet à Paris accueille l’exposition : “L’Empire du sommeil” .
L’exposition s’étend du XIXe au XXe siècle pour être fidèle à l’esprit des collections du musée, focalisé sur le « long XIXe siècle », des Lumières à la Grande Guerre.
Cette période privilégiée permet d’explorer l’art et la science du sommeil au travers de l’impact de l’industrialisation, du romantisme et de la naissance de la psychanalyse. Le sommeil devient alors un thème symbolique, riche en interprétations, à la fois mystique et scientifique. 

Entre peintures, sculptures, dessins et documents scientifiques, 130 œuvres signées autant par de grands artistes que par d’illustres inconnus, allant de 1800 à 1920, avec des incursions dans un passé plus lointain ou, a contrario, dans des champs davantage contemporains, nous invitent à une immersion dans « l’Empire du sommeil » cet état naturel de repos du corps et de l’esprit, pendant lequel l’activité consciente est réduite et le corps se régénère.

Entrée de l’exposition.

L’exposition invite à réfléchir aux multiples formes de la représentation du sommeil et enrichit la lecture de chaque œuvre présentée. L’objectif est de faire redécouvrir des représentations oubliées ou marginales qui mettent en évidence l’ambivalence du sommeil : repos réparateur, mais aussi image de vulnérabilité.

« L’exposition interroge la portée symbolique, allégorique et scientifique du sommeil à travers les siècles. » – Laura Bossi, Commissaire de l’exposition.

L’exposition essaie de dévoiler en huit chapitres, du « Doux sommeil » aux « Portes du rêve » et au « Sommeil troublé », les mystères du sommeil. Elle se propose à la fois de mettre au jour les représentations de cet état si particulier, si bien caché, et d’entrouvrir le labyrinthe sans fin du monde des rêves, où les artistes et les poètes laissent libre cours à leur imagination créatrice. 

Chaque chapitre illustre un aspect spécifique du sommeil, de la symbolique religieuse aux approches médicales modernes. Visiteurs et visiteuses  parcourent ainsi une vaste fresque où art sacré et visions profanes dialoguent.

  • LES FIGURES DU SOMMEIL DANS LA BIBLE  :

Pour saisir les diverses facettes du sommeil, il faut remonter aux origines de la culture occidentale – la Bible d’abord puis la permanence des mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la Genèse, le sommeil appartient à la symbolique des origines : Adam est endormi lors de la création d’Eve.
Le sommeil de l’enfant Jésus est souvent représenté comme une anticipation de la Passion, et la douceur de l’iconographie de la Vierge qui observe l’Enfant endormi rejoue la douleur de la Pietà.
Par la foi en la Résurrection, la mort est désormais perçue comme un sommeil dont on sera réveillé – miracle de la « résurrection de la fille de Jaïre ». Dans l’épisode de « Jean endormi » durant la Dernière Cène, le sommeil exprime la confiance en Dieu et l’abandon heureux. « La Dormition de la Vierge » révèle que Marie s’est endormie en Dieu. 

« La Création d’Eve » (1881-1882) –
George Frederic Watts (1817-1904)
« Jésus endormi » (1640 Antonio Randa (1577-1650) – « Le Sommeil de l’Enfant Jésus « (1500-1550) Garofalo (Benvenuto Tisi, dit Il) (1481-1559) –
« La Dormition de la Vierge » (seconde moitié du XV°) »
Saint Jean endormi (1500-1515)
Trois apôtres endormis (XIV°)
  • DOUX SOMMEIL, BONHEUR PUR :

Toutes et tous, nous dormons, même les insomniaques. Le sommeil, ce doux besoin qui occupe un tiers de notre vie, nous est nécessaire et nous procure un grand bonheur. Il apporte le repos et l’oubli des peines de la veille.
Cet état mystérieux dans lequel on « tombe » a nourri la création depuis des millénaires. Innombrables, les artistes qui nous ont laissé des portraits de leurs proches – parents, époux, amants – ou de leurs modèles endormis, au creux de la nuit ou le plus souvent le jour, pendant la sieste.
C’est peut-être le sommeil des innocents – nouveau-nés, enfants, bêtes familières, chats, chiens… – qui exprime au mieux l’abandon au bonheur de l’inconscience. 

« Jeune fille endormie » (vers 1615-1620) Anonyme
« L’homme endormi » (1861) Carolus-Duran (1837-1917)
« Le Sommeil de Saint-Pierre » ( ?) (vers 1740) –
Giuseppe Antonio Petrini (1677-1755/1759)
« L’enfant endormie – Mon deuxième sermon » (1864) –
John Everett Millais (1829-1896)
« Le Bébé endormi » (1888) – Jean Carriès (1855-1894)
« La Sieste » (1890) – Michael Ancher (1849-1927)
« Jean-Jacques Rousseau endormi dans la grotte des Etroits à Lyon » (1877) – Jean-Baptiste Chatigny ( 1834-1886)
« Dog Etching N° 8 » (1998) – David HOCKNEY

Laura Bossi (commissaire scientifique de l’exposition) :
« On n’a pas encore vraiment compris pourquoi on dort. Et pourquoi pas seulement les Hommes dorment, mais pourquoi tous les êtres vivants doués d’un cerveau dorment ? »… « Même les méduses, les poissons… On pensait qu’ils ne dormaient pas, mais en fait, apparemment, ils dorment aussi.
Les oiseaux dorment parfois avec une partie du cerveau. On a beaucoup, beaucoup d’écrits. Mais le sommeil reste un mystère ».

Dormeur (1979) – Georges Jeanclos (1933-1997)
Comme une chrysalide !

Percer le mystère du sommeil – cet état de conscience modifié dans lequel nous sommes plongé.es un tiers de notre vie – est un sujet qui a toujours fasciné les artistes qui, pour un grand nombre, n’ont eu de cesse d’aller explorer le labyrinthe de l’Empire du sommeil au travers de leur représentation de l’inconscient mettant en scène tout un imaginaire.
Toutes les facettes du sommeil, du doux rêve à l’hallucination cauchemardesque, de l’endormi à l’insomniaque, sont évoquées dans l’exposition. Peindre le sommeil, c’est aussi peindre l’intime.

«  Le sommeil est souvent aussi ambigu, parce qu’il y a le sommeil qui peut rappeler la mort ou bien l’amour, comme c’est d’ailleurs très bien dit dans les mythes grecs où le dieu du sommeil, Hypnos, est en même temps le plus doux des dieux. Mais en même temps, c’est le frère de la mort, et les deux sont les enfants de la nuit. 
L’Empire, c’est aussi l’empire sur nous-même. Nous n’avons pas le pouvoir de nous soustraire au sommeil. Et d’ailleurs, la privation de sommeil est une véritable torture. Il y a des rares maladies génétiques où les personnes qui ne peuvent pas dormir meurent », développe la commissaire de l’exposition.

  • HYPNOS ET THANATOS, LE SOMMEIL ET LA MORT SONT FRÈRES :

Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort).
C’est probablement l’atonie, la perte de force musculaire pendant le sommeil, la ressemblance extérieure des deux conditions qui ont inspiré le mythe. Hypnos est représenté comme un jeune homme ailé, parfois endormi, parfois tenant une corne emplie de l’eau du Léthé ou de jus de pavot, usé comme hypnotique depuis des millénaires. 


« Nuit et Sommeil » (1878) – Evelyn De Morgan (1855-1919)
influencé par la Renaissance italienne.
Détail.

Au XIX° siècle, les portraits et photographies de cadavres sur leur lit de mort, apparemment endormis, parés pour le souvenir, rappellent cette proximité du repos éternel et du sommeil quotidien.
Des artistes iront jusqu’à peindre leur épouse ou leur maîtresse sur leur lit de mort. 
C’est ainsi qu’après avoir peint son fils Jean dans un « doux sommeil » avec sa poupée endormie dans le berceau Claude Monet va peindre sa femme Camille sur son lit de mort où elle est, comme on faisait à l’époque, habillée avec sa robe de mariée et son voile de mariée:

« Jean Monet endormi « (vers 1863)
Claude Monet (1840-1926)
« Camille sur son lit de mort » (1879)
Claude Monet (1840-1926)
  • HYPNOSE, PSYCHANALYSE : 

Au XIXe siècle, Charcot – à l’hôpital de la Salpétrière à Paris – expérimente l’hypnose sur les hystériques. Freud sera fasciné par l’hypnose mais l’abandonnera vite.
Après la Grande Guerre, les Surréalistes reprendront l’exploration du domaine nocturne et useront de l’hypnose comme un procédé «créatif». 

« Le Rêve de la nurse française » revue hongroise Fidibuz (vers 1910) reproduite dans Sigmund Freud, L’interprétation des rêves.
« Hypnose » par Schrenck-Notzing (1885) – Albert von Keller (1844)1920) 
  • LES PORTES DU RÊVE :

Si la médecine moderne du sommeil est récente, c’est au XIX° siècle que l’on entreprend une étude des rêves qui se veut scientifique, avec les œuvres d’Alfred Maury (1861) et d’Hervey de Saint Denis (1867). La Traumdeutung (L’interprétation des rêves) de Freud paraît en 1899 et sera traduite en français en 1926.
Le rêve n’est désormais plus prophétique, mais incite à la réflexion : il ne nous révèle rien de notre futur mais éclaire notre passé. 

Salle de l’exposition. Présentation de: « Les portes du rêve »
(Crédit : Studio C.BARAJA)

Le sommeil et les rêves peupleront dès lors les œuvres des Symbolistes qui s’attachent à représenter la vie intérieure, comme Odilon Redon, Khnopff, Max Klinger, ou Kubin.
Artistes et poètes évoqueront souvent la possibilité d’un sommeil créateur : l’inspiration vient pendant la nuit et la Muse impose à l’artiste le retour au travail. Dans l’Apollon endormi de Lorenzo Lotto, c’est une fois le dieu solaire plongé dans le sommeil que dansent les Muses. 

« Le Rêve de Cendrillon » (1863)
Eugène Le Poittevin (1806-1870)
« Entre rêve et réalité  Lycidas », (1796)
Johann Heinrich Füssli (1741- 1825)
  • SOMMEIL TROUBLÉ : QUAND LA RAISON S’ABSENTE :

Au XVIIIe siècle, Goya, Füssli ou Blake tenteront de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars. Les Romantiques exploreront ce qui est désormais appelé l’inconscient : les phénomènes médiumniques, la folie, le somnambulisme. 

De nos jours, c’est peut-être l’insomnie qui nous trouble le plus. Dans la civilisation industrielle, les rythmes du travail, la lumière artificielle, les bruits de la ville, les écrans, les excitants, s’opposent à l’endormissement.
Empêché de tous côtés, le sommeil est devenu objet de désir, que l’on essaie de retrouver par tous les moyens. Parmi les drogues auxquelles on fait alors recours pour obtenir le repos, l’opium est la plus ancienne. Le pavot est souvent représenté comme symbole du sommeil et de l’oubli, et par extension, de la mort. Les Symbolistes le peignent volontiers. Plusieurs écrivains à la fin du XIXe siècle expérimentent les rêveries induites par le laudanum et le haschisch : le tableau de Gaetano Previati montre l’ambiance « maudite » d’une fumerie. 

Dans la section consacrée aux troubles du sommeil, un tableau du Tchécoslovaque Maximilian Pirner, une somnambule en équilibre sur une corniche, nous donne le vertige. De même qu’un autoportrait plutôt angoissant d’Edvard Munch, les yeux caverneux, intitulé « Le Noctambule ».

« La Voyante ou La Somnambule (vers 1865) –
Gustave Courbet (1819-1877) » 
« Le Noctambule » (1923-1924) – Edvard Munch
« Le sommeil de la raison engendre des monstres » (1797-1799) Francisco de Goya (1746-1828)
« La Somnambule » (1878) – Maximilian Pirner (1854-1924)
« Les Fumeuses d’opium » (1887) – Gaetano Previati (1852-1920)
« Visages ; Bâillements » (1918) – Max Beckmann (1884-1950)

  • AU LIT ! 

Le mot « chambre » vient des Grecs (kamara) et notre « civilisation du lit » est romaine.
Le lit est le meuble principal, même chez les pauvres qui dorment tous ensemble. Dans les demeures des riches, les lits se trouvent dans les pièces de réception. À la fin du Moyen Âge, la chambre à coucher se constitue comme un espace privé, abrité des regards. Au XIXe siècle, la morale chrétienne dicte la conduite à tenir dans la chambre : tout doit être pudique et voilé. Chaud et douillet, le lit est un refuge et un abri. Autrefois lieu de la naissance, de l’amour, de la maladie et de la mort, il garde une aura métaphysique, quand bien même est-il aujourd’hui remplacé par un lit anonyme d’hôpital.
On ne dort bien que dans son lit. Pour l’enfant, c’est dans le grand lit des parents qu’il trouve le réconfort quand s’évanouit la peur du noir. Mais le lit peut être aussi le lieu de l’abandon et de la sensualité. Un lit défait suggère la présence de l’Autre, étrange et familière à la fois, et nous trouble. La chambre est le lieu de l’intime, et le lit une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves. 

Nombre d’œuvres exposées soulignent la dimension intime de la chambre et des corps endormis. Ces représentations résonnent avec des questionnements actuels, notamment liés à la santé et à nos rythmes de vie moderne.

« Un lit défait « (vers 1824) – Eugène Delacroix (1798- 1863)
« Jeune fille endormie » 1878Federico Zandomeneghi.

L’exposition s’achève symboliquement avec « La Phalène », chef d’œuvre de Balthus qui représente une jeune fille éteignant la lumière avant de se mettre au lit :

« La Phalène » (1959-1960)
Balthus (Balthasar Klossowski dit de Rola) (1908-2001) 

Dans l’exposition se trouve un dessin intitulé : « Le songe de Tartini » réalisé par Léopold Boilly :

Ce dessin est inspiré par « La Sonate des Trilles du Diable« , composée par Giuseppe Tartini au XVIIe siècle, une œuvre célèbre de la musique classique entourée de légendes sinistres.
Selon l’histoire, Tartini rêvait que le diable jouait une mélodie sublime et tenta de la reproduire à son réveil. Le morceau résultant, bien que magnifique, fut considéré comme une pâle copie de la version entendue dans le rêve. La première de la sonate suscita à la fois admiration et malaise en raison de sa complexité technique et de la sombre légende qui l’entourait. Cette légende, symbolisant la quête du savoir interdit, a influencé diverses formes d’art et continue de mettre les violonistes au défi avec sa difficulté technique et ses exigences émotionnelles.

Le musée Marmottan Monet se trouve :
2 rue Louis Boilly
75016 Paris

Maintenant, « L’Art d’Être Curieux »
laisse le Chat de Geluck
vous présenter ses voeux :

NOUS RETROUVERONS TRÈS BIENTÔT LE CHAT AU MUSÉE MAILLOL 🙂

REGARDER LES SONS… ÉCOUTER LES COULEURS

Jusqu’au 1e février 2026, la Philarmonie de Paris (Cité de la Musique) nous emmène dans l’univers déroutant du peintre Kandinsky.

Considéré comme l’un des peintres les plus importants du XXe siècle, il est souvent désigné comme l’auteur de la première œuvre d’art abstrait de l’époque moderne, bien que des historiens d’art soupçonnent Kandinsky d’avoir antidaté cette oeuvre !

Vassily Kandinsky grandit à Moscou et Odessa dans une famille cultivée. En amateur, il pratique le violoncelle et l’harmonium. Il s’enthousiasme bientôt pour Wagner, et la musique agit sur lui comme un révélateur.
Lui-même affirme qu’elle nourrit et détermine sa vocation d’artiste par son langage abstrait.
Affûtant sa réflexion auprès de musiciens d’avant-garde, Kandinsky réinvente le langage de la peinture suivant le modèle abstrait de la musique, dont témoignent notamment sa série d’Improvisations et de Compositions.

Vassily Kandinsky avait une particularité très rare : la synesthésie. C’est un phénomène neurologique par lequel une personne va associer deux sens. Kandinsky associait la musique à la couleur : lorsqu’il assistait à un concert, son cerveau lui envoyait des couleurs différentes à chaque note entendue.

Par exemple, l’opéra de Wagner « Lohengrin« , par cet effet de synesthésie, lui semble représenter Moscou. « Je voyais mentalement toutes mes couleurs, elles se tenaient devant mes yeux. Des lignes sauvages, presque folles se dessinaient devant moi. »

Vassily Kandinsky.

« Tendez votre oreille à la musique, ouvrez votre œil à la peinture. Et… ne pensez pas !
Examinez-vous, si vous voulez, après avoir entendu et après avoir vu.

Demandez-vous, si vous voulez, si cette œuvre vous a fait “promener” dans un monde inconnu auparavant. Si oui, que voulez-vous encore ? »
Vassily Kandinsky

Aucune exposition n’avait jusqu’à présent replacé l’œuvre du peintre dans l’effervescence musicale de son temps. Cette exposition – riche de plus d’une centaine d’oeuvres et installations – renouvelle le regard sur l’œuvre du peintre en nous entrainant, à l’aide d’un parcours où les musiques chères au peintre sont diffusées au casque, dans un jeu subtil de correspondances entre musique, formes et couleurs.

Le parcours dévoile également un cabinet imaginaire exprimant la mélomanie de Kandinsky. Les partitions qu’il acquiert, les livres et prospectus musicaux qu’il collecte, les photos de ses amitiés musicales, sa collection de disques comme les gravures de chants populaires qu’il affectionne, constituent des objets essentiels de sa culture artistique.

Une partie de la collection de disques de Kandinsky.


Au cœur du cabinet, une sélection d’outils de son atelier sonde la musicalité du processus de création de Kandinsky, notamment son travail sur la « sonorité » des couleurs ou ses études visuelles sur la 5e symphonie de Beethoven :

Kandinsky : étude visuelle sur la 5e symphonie de Beethoven.


Quelques panneaux didactiques permettent aux visiteurs d’approcher la démarche du peintre, à travers l’étude d’un tableau : « Improvisation 3 » :

Kandinsky : « Improvisation 3 », 1909.

BASCULEMENT VERS L’ABSTRACTION…

Esquisse pour « Dimanche » (Vieille Russie) . Scène de style figuratif réalisée en 1904.
« Improvisation 19a » , 1911.
Détail
Étude pour « Petites joies » ,1913.
« Improvisation 12 » (Le cavalier), 1910.

COMME DE GRANDES PARTITIONS COSMIQUES…

L’abstraction amorcée entre 1910 et 1914 va progressivement se développer et prendra de plus en plus de force lorsque Kandinsky rejoint le Bahaus pour y enseigner. ( Le Bahaus est une école d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 en Allemagne. Par extension, « Bauhaus » désigne un courant artistique concernant, notamment, l’architecture et le design, la modernité. En 1933, le Bauhaus (installé à Berlin) subit des pressions des nazis, qui le considèrent comme une école enseignant un «art dégénéré». Sa dissolution est prononcée par ses responsables, qui fuient pour échapper au nazisme)

« Composition IX », 1936.

INSTALLATIONS…

Cette exposition se distingue d’un accrochage traditionnel par la création d’installations originales inspirées de son oeuvre, qui offrent au public une découverte sensible et musicale de l’univers du peintre.

Si vous souhaitez mieux connaître l’oeuvre de Kandinsky, nous vous proposons ce documentaire
de la chaîne ARTE, qui retrace sa vie et son oeuvre :

La Philarmonie de Paris / Cité de la Musique se trouve
221 avenue Jean Jaurès dans le XIXe arrondissement de Paris.

FAUX ET USAGE DE FAUX…

LE MOYEN ÂGE DU XIXe SIÈCLE :

CRÉATIONS ET FAUX DANS LES ARTS PRÉCIEUX

Hâtez-vous d’aller voir cette très intrigante exposition au musée de Cluny – Musée National du Moyen-Âge – à Paris !
Le XIXe siècle a cultivé une rêverie romantique emplie de nostalgie médiévale et il connait d’importants progrès technologiques. Les grandes collections d’objets médiévaux se constituent alors. Ce siècle aime et s’inspire du Moyen-Âge en produisant des copies, des pastiches, des œuvres composites et des faux. L’exposition propose des confrontations, mettant en regard certains objets médiévaux avec leurs « résonances » du XIXe siècle.
Elle est centrée sur les arts précieux : pièces d’orfèvrerie et d’émaillerie, ivoires, tissus précieux.
Ces domaines bénéficient au XIXe siècle de redécouvertes techniques qui permettront la réalisation de « faux » très finement réalisés. Collectionneurs, ateliers de création et de restauration, mais aussi faussaires, sont les principaux acteurs de ce « courant », autour d’un marché de l’art en pleine expansion, en particulier à Paris, qui apparaît alors comme la capitale des arts précieux.
Le parcours de l’exposition s’articule en quatre sections principales : les objets devenus modèles, le rôle des collectionneurs, les créations dans le goût du Moyen-Age, la question du faux et de l’usage du faux.

La visite de l’exposition demande de porter une attention particulière aux cartons explicatifs, afin de pouvoir saisir les subtilités des copies présentées au regard des originaux du Moyen-Age.
Nous avons choisi de vous en présenter quelques copies, parmi les trésors exposés !

Pendule : Notre-Dame de Paris
Attribuée à Bavozet frères et sœur
Paris, vers 1835
Bois, bronze doré, laiton, émail

À gauche : vierge à l’enfant assise, début XXe siècle. Buis.
À droite : vierge à l’enfant assise vers 1240. Ivoire d’éléphant.

La vierge à l’enfant de gauche (en buis) est une copie presque parfaite de celle de droite en ivoire.
Le faussaire a complété des parties manquantes (main droite de l’enfant) et ajouté une polychromie dont il ne reste que des traces. Cette transposition d’un matériau dans un autre est une pratique courante des faussaires, jusqu’au milieu du XXe siècle.

À gauche: plaque de reliure : « Christ en majesté » XIXe siècle.
À droite : plaque de reliure « Christ en majesté » fin XIIe siècle.

La grande plaque de Reggio Emilia (à gauche) figurant le Christ entouré des symboles des évangélistes, fait écho au chef d’oeuvre de l’émaillerie romane (à droite).
Mais outre son dessin suspect et la qualité de l’émail médiocre, les figures repoussées dans la plaque sont une bizarrerie technique.

Ange reliquaire. 1470.
Ange reliquaire. Fin XIXe siècle.

Le thème de l’ange a connu un retour en grâce dans la création artistique du XIXe siècle.
L’ange reliquaire du XVe siècle (à gauche) est exceptionnel tant par sa qualité d’exécution que par la rareté de ses poinçons. L’ange, aux ailes finement ciselées, tient un petit reliquaire architecturé.
La statuette de droite, qui s’inspire des modèles du Moyen-Age, figure un ange qui tient un reliquaire vitré dans lequel sont conservés des parcelles de la Vraie Croix.

Autel portatif. XIXe siècle.
Autel portatif. Début du XIe siècle.

L’autel portatif de gauche s’inspire étroitement de l’autel portatif germanique en argent, à droite.
Le mélange des styles de l’autel du XIXe siècle désigne cet objet comme un faux.

Prenez le temps d’aller et venir dans l’exposition, puis n’hésitez pas à visiter le reste de ce magnifique musée, rénové et réouvert depuis trois ans qui recèle des pièces magnifiques du Moyen-Age :

…. Sans oublier « La Dame à la Licorne », dont on ne se lasse pas 🙂

La Dame à la Licorne : La tenture dite de La Dame à la licorne est une composition de six tapisseries du début du XVIe siècle.
Chef-d’œuvre anonyme des débuts de la Renaissance française, elle est conservée au musée national de Cluny à Paris.

Le musée national de Cluny se trouve au coeur du Quartier Latin à Paris,
28 rue du Sommerard 75005 PARIS

GEORGES DE LA TOUR

Depuis mi-septembre et jusqu’à fin janvier 2026, le musée Jacquemart-André à Paris nous entraîne dans l’univers envoutant de Georges de la Tour.
C’est la première exposition consacrée à l’artiste en France depuis celle du Grand Palais en 1997.
Ce sont 30 tableaux et oeuvres graphiques venus de tous les coins du Monde ( Allemagne, Japon, USA, Italie, Portugal, Suède, Ukraine…. ) et d’environ vingt musées français, qui permettent une approche thématique destinée à cerner l’originalité de Georges de La Tour.
Le parcours explore ses sujets de prédilections : scènes de genre, figures de saints pénitents, effets de lumière artificielle… Tout en replaçant sa vie et son œuvre dans le contexte plus large du « caravagisme » européen, notamment celui de l’influence des caravagesques français, lorrains et hollandais.
(« Le caravagisme est un courant pictural de la première moitié du XVIIe siècle, qui tire son nom du peintre italien Caravage – 1571-1610- caractérisé par la prédominance de scènes aux puissants contrastes de lumière et d’ombre transcendées par la maîtrise virtuose du clair-obscur. »
Source : Wikipédia)

Le Caravage : « Saint Jérôme »
Le Caravage : « Les tricheurs »

ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE…

Né en 1593, à la limite du Moyen-Age et de la Renaissance, Georges de la Tour fut très connu de son vivant (à tel point que nombre de ses tableaux furent copiés…). Puis il tombe dans l’oubli avant d’être re-découvert au début du XXe siècle.
Il prend alors une place importante dans l’Histoire de l’Art, car les historien.ne.s de l’Art sont faciné.e.s par sa façon d’utiliser la lumière artificielle des bougies, au lieu de la lumière du jour.
Cet éclairage rend les traits des visages à la fois nets et doux, empreints d’une gravité et d’une beauté étonnantes, qui attirent l’oeil comme un gros plan !
En peignant des femmes et des hommes du peuple, des vieillards, des saints ou des gueux, Georges de la Tour semble vouloir nous prouver que seule la spiritualité unirait les êtres humains.


Lors de l’exposition « Caravage et le Caravagisme » au musée Fabre de Montpellier en 2012, dans laquelle étaient exposés des tableaux de Georges de la Tour, j’avais proposé à des étudiants issus des quartiers dits « sensibles » de Montpellier de visiter l’exposition, les laissant libres d’aimer ou pas, de rester ou de partir… Et rendez-vous pris deux heures plus tard dans le hall… Et là je vois arriver le jeune Illiès, qui se précipite vers moi :  » Madame.. J’ai vu la plus belle chose au monde !  » :

Georges de La Tour : « Le nouveau né » vers 1647.


La semaine dernière, au musée Jacquemart-André, devant ce tableau que je pouvais revoir « en vrai », l’émotion de ce moment m’est revenue, car Illiès avait raison : la simplicité du trait, les couleurs, l’éclairage presque vacillant de la bougie qui se pose sur le visage du nouveau-né et le regard de la femme qui le tient, inondent le spectateur de sérénité et de calme !
Ce tableau illustre bien comment Georges de la Tour transforme une scène domestique par la seule force de la lumière : il semblerait que la lumière émane du nourrisson… Peut-on y lire une allusion à la Vierge et à l’enfant Jésus ?

Des tableaux iconiques…

Même si les historiens estiment à – seulement – une quarantaine d’originaux l’oeuvre de De la Tour, ses tableaux nous sont familiers, tant ils ont illustrés nos livres d’histoire ou de littérature française…

Dès les années 1610, le style de Caravage s’est diffusé dans toute l’Europe, porté par les voyages des artistes et la circulation des œuvres, et s’est adapté aux traditions locales. Rien ne prouve que Georges de La Tour se soit rendu en Italie, mais il assimile avec une grande liberté ce langage nouveau : le clair-obscur, pour le transformer en un langage personnel épuré. (Le « clair-obscur« , dans une peinture est le contraste entre des zones claires et des zones sombres. Dans une œuvre figurative, il suggère le relief par l’effet de la lumière sur les volumes. On dit qu’un tableau est « en clair-obscur » quand ce contraste est important.)

« La fillette au brasero » vers 1640.
« Le souffleur à la pipe » 1646.
Celui-ci est la version originale, connue par huit copies…
« Les joueurs de dés » vers 1640-1652.
« Les larmes de Saint Pierre ». 1645.
« Saint Grégoire » de G.de la Tour ou d’après ? Vers 1630.
Deux versions de « St Jérôme pénitent » destinés à deux commanditaires différents…
On y retrouve les traits du St Jérôme de Caravage…
« La femme à la puce » 1632-1635
« La Madeleine pénitente »

L’art du détail

Si l’on peut regretter l’exiguité des salles du musée Jacquemart-André, surtout lorsqu’elles sont bondées – mais allons nous regretter qu’il y ait du monde dans les musées ? 🙂 – cette promiscuité un peu forcée avec les oeuvres nous fait découvrir les subtilités des détails auxquels s’attache particulièrement l’artiste ! Regards, gestes, mains actives ou posées, larmes, bougies… Deviennent alors des protagonistes indispensables à la compréhension de l’oeuvre de Georges de la Tour.

Détail de « Le nouveau-né »
Détail de « Le nouveau-né »
Détail de « Job raillé par sa femme »
Détail « La Madeleine pénitente »
Détail : « Le reniement de Saint Pierre »
Détail de « Les larmes de St Pierre »
Détail de « Les joueurs de dés »
Détail de « Le vieillard au chien »

Vers la fin de sa vie, alors que le caravagisme avait presque disparu, Georges de La Tour en conserva l’austérité, mais dans un esprit assez différent. Plus qu’un peintre de la nuit, de La Tour est un peintre de la flamme, une flamme qui révèle, transfigure, et donne à la scène la plus humble une évidente dimension religieuse.
Georges de la Tour meurt en 1652, à Lunéville, emporté par une épidémie à l’âge de 59 ans.

Le Musée Jacquemard-André se trouve
158 bd Haussmann
75008 PARIS

TRIO : UN DIRECTEUR HORS NORMES ET DEUX PLASTICIEN.NE.S

3° PARTIE : L’EXPOSITION « NIKI de SAINT PHALLE »
CENTRE POMPIDOU, PARIS, 1980.

«  Pour cette exposition l’artiste sélectionne des œuvres de toutes ses séries pour un parcours qui n’est pas strictement chronologique. La rétrospective met également en valeur la dimension architecturale et monumentale de plusieurs projets de Saint Phalle, achevés ou en cours, à travers photographies, dessins et maquettes »… Sophie Duplaix, Conservatrice en chef des collections contemporaines Musée national d’art moderne – Centre Pompidou (Extrait du dossier de presse)

Affiche de l’exposition Niki de St Phalle à Pompidou, 1980.

« L’affiche de l’exposition, sans concession, présente le dessin coloré d’une femme en porte-jarretelles, dans toute sa féminité. Des nombreuses sculptures auxquelles elle fait écho jusqu’aux Tableaux-tirs dégoulinant de peinture et suggérant une violence traditionnellement associée à la virilité, l’exposition dérange. Ou, plutôt, elle convie un public ouvert, dont la mentalité peut évoluer notamment grâce à l’art donné à voir en ce lieu innovant qu’est le Centre Pompidou, placé sous le signe de la haute technologie, de la couleur et de la modularité. » (Extrait du dossier de presse).

Niki de Saint Phalle.

« Française de naissance, naturalisée Américaine, puis Suisse, Italienne de cœur. Comme elle aime à se décrire, Niki de Saint Phalle est une citoyenne du monde ». 
Née en 1930 à Neuilly-sur-Seine et décédée en 2002 à San Diegoen Californie, Niki de Saint Phalle, de son vrai nom Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, a grandi entre deux cultures. Issue d’une famille de la noblesse française par son père, elle passe son enfance entre la France et les Etats-Unis, le pays de sa mère Jeanne Jacqueline Harper. 
Niki de Saint Phalle a d’abord été mannequin avant d’aborder l’art en autodidacte. A 18 ans, elle épouse Harry Matthiews, avec qui elle aura deux enfants.
Elle n’a suivi aucun enseignement artistique académique mais s’est nourrie d’abondants échanges artistiques avec ses aînés et contemporains. S’inspirant de plusieurs courants : art brut, art outsider, elle a commencé à peindre en 1952.
En 1961, elle est la seule femme membre du groupe des « Nouveaux Réalistes » fondé par Yves Klein et Pierre Restany. 

En 1953, victime d’une grave dépression nerveuse, elle est soignée en hôpital psychiatrique et les électrochocs  qu’elle y reçoit altèrent sa mémoire.
« J’ai commencé à peindre chez les fous… J’y ai découvert l’univers sombre de la folie et sa guérison, j’y ai appris à traduire en peinture mes sentiments, les peurs, la violence, l’espoir et la joie. »
Vers 1955, elle voyage en Espagne avec son mari et découvre les jardins de Gaudi dont elle s’inspirera à partir de 1978 et jusqu’à la fin de sa vie pour entreprendre ce qui sera son grand œuvre : « Le Jardin des Tarots », situé en Toscane. 
Elle s’éteint à l’âge de 71 ans le 21 mai 2002 à San Diego, en Californie.

À Paris, où elle trouve son inspiration au Musée d’Art Moderne, elle rencontre Jean Tinguely qu’elle épousera en 1971, après avoir divorcé de Harry Matthews.
Pendant longtemps, Niki de Saint Phalle cache un lourd secret, le viol par son père à l’âge de onze ans, qu’elle révèle dans son livre « Mon secret », initialement publié aux éditions de la Différence en 1994. Epuisé,  il vient d’être réédité en mai 2023 par Les Editions des femmesAntoinette Fouque et Le Rayon Blanc.
C’est un témoignage poignant sur l’inceste. Dans ce court récit (40 pages) écrit à la main, c’est la parole intime de l’une des plus grandes artistes plasticiennes du XXe siècle et «le cri désespéré de la petite fille» qui s’expriment. À l’âge de 64 ans, l’artiste entame ce texte rédigé sous forme de lettre adressée à sa fille Laura. Elle y raconte l’indicible avec des mots simples et poignants. 
« J’ai écrit ce livre d’abord pour moi-même, pour tenter de me délivrer enfin de ce drame qui a joué un rôle si déterminant dans ma vie. Je suis une rescapée de la mort, j’avais besoin de laisser la petite fille en moi parler enfin. Mon texte est le cri désespéré de la petite fille ». Niki de Saint Phalle.


Le livre « Mon secret » 1994
  • Portrait d’une artiste libre et flamboyante, une des figures les plus marquantes du XXe siècle.

À la fois plasticienne, peintre, sculptrice, réalisatrice et pionnière en matière de performance artistique, Niki de Saint Phalle fait partie au début des années 1960 des premières artistes femmes à acquérir la célébrité de son vivant. Avec son imaginaire et ses créations monumentales, percutantes, colorées et politiques, Niki de Saint Phalle a marqué l’histoire de l’art.
Dans les années 1960, l’artiste invente les “Tirs”, des œuvres explosives où la peinture jaillit sous l’impact des balles. Des performances spectaculaires, libératrices, et aujourd’hui emblématiques.

  • « Faire saigner la peinture »  Des œuvres-performances…

« … En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. En tirant sur ma propre violence, je tirais sur la violence du temps ». Niki de Saint Phalle.

Niki de Saint Phalle a commencé ses « Tirs » en 1960 avec des fléchettes sur des tableaux-cibles. Dans ces silhouettes, on peut reconnaître celle du père haï, qui l’a violée à l’âge de onze ans. 
À partir de 1961, dans la série « Les Tirs » qui vont suivre, Niki laisse éclater sa rage contre « Papa, tous les hommes, les petits, les grands, mon frère, la société, l’église, le couvent, l’école, ma famille, ma mère, moi-même (…).
Après avoir « tiré tous azimuts », elle déclare : « Victime ! Prêt ! À vos marques ! Feu! Rouge ! Bleu ! Jaune ! La peinture pleure, la peinture est morte. J’ai tué la peinture. Elle est ressuscitée. Guerre sans victime ! » 
Niki est en révolte contre le monde qui a généré des guerres, des massacres, le bombardement atomique d’Hiroshima, la guerre d’Algérie, contre «un monde secoué de convulsions violentes».
Elle confectionne, à la main,  des tableaux-reliefs recouverts de plâtre dans lesquels elle inclut des poches de peinture, des bombes de couleur et même des produits alimentaires comme des œufs. 
Devant un public médusé, l’artiste vise à la carabine ses tableaux-reliefs. À chaque coup de feu, les sachets éclatent, libérant des flots de couleurs. Les “tableaux-tirs” dégoulinent alors de peinture, transformant la toile en champ de bataille et renversant les codes de la peinture traditionnelle. 


Niki de Saint Phalle : séance de Tirs dans une cour à Stockholm 14 mai 1961 (crédit Lennart Olson)

Niki de Saint Phalle : séances de Tirs Impasse Ronsin 26 juin 1961

Niki de Saint Phalle : séances de Tirs 26 juin 1961…
… Exposition « Feu à volonté » Galerie J,  Paris

L’aspect spectaculaire de son travail fait d’elle l’une des membres les plus médiatiques du mouvement du « Nouveau Réalisme ». Elle invite des amateurs à tirer sur la toile, au hasard. L’œuvre trouve alors sa forme définitive, sous l’impulsion du public, pour exprimer la violence de la société. 
En s’emparant d’une carabine pour tirer sur ses compositions et « faire saigner » sa peinture, l’artiste bouleverse le monde de l’art. Si les Tirs sont aujourd’hui des performances iconiques de l’artiste qui lui ont permis de s’affirmer au sein de la scène artistique, la série fut très critiquée pour sa violence qui suggère une appropriation d’un comportement assigné au genre masculin. Par ce geste, elle retourne la violence contre le cadre même de la peinture et de l’ordre établi. « L’histoire, la religion, la politique : Niki de Saint Phalle a tiré sur tout ! »
Le Tableau-relief King Kong en est l’illustration :


Niki de Saint Phalle : « King-Kong », 1963 

Ce monumental Tableau-tir, l’un des plus ambitieux de Niki de Saint Phalle, est directement inspiré des films sur King Kong que l’artiste, férue de cinéma fantastique, a vus. Sous la forme d’un dinosaure, le monstre s’apprête à détruire tout un quartier d’une ville, tandis que des masques à l’effigie des tenants de la guerre froide viennent rappeler le contexte de cette possible fiction, à laquelle se mêlent de façon incongrue d’autres visages issus de la culture populaire. Réalisée pour la Dwan Gallery de Los Angelès, l’œuvre, avec ses études, reste pendant des années dans les réserves jusqu’à ce que Pontus Hulten en sollicite le don pour Moderna Museet, à charge pour lui de rapatrier l’ensemble à Stockholm.

  • Niki de Saint Phalle a fait de son art le lieu de nombreux combats.

Femme artiste engagée et militante elle ne fait aucun compromis. Elle soutient la libération et l’émancipation des femmes, la cause des Noir.es américain.es, celle des malades atteints du sida…

  • Le combat contre la religion et contre la guerre et les peuples colonisés :
  • L’émancipation des femmes en particulier est au cœur de son travail :

Après « Les Tirs », Niki de Saint Phalle entame une nouvelle série qui met en scène les stéréotypes féminins à travers des sculptures-reliefs particulièrement troublantes. 
À une époque où l’art reste largement dominé par les hommes, Niki de Saint Phalle impose sa voix. Aujourd’hui encore, les éclats de couleurs continuent de résonner comme autant de coups de feu contre les injustices et les carcans.

Le thème de la mariée apparaît en 1963 au sein d’un nouvel ensemble de sculptures dédié à la condition féminine, en y jetant un regard acerbe et profondément dérangeant. Si l’artiste est devenue, très jeune, épouse et mère, elle s’est toujours insurgée contre la soumission des femmes à leur conjoint et aux divers rôles que la société leur assignait alors. La figure de « La Mariée », par sa posture légèrement courbée, ses yeux hagards et la constellation de petits jouets dérisoires figés dans son buste, incarne la souffrance de la femme prisonnière des conventions sociales :


Niki de Saint Phalle : « La Mariée », 1963 (autre titre Eva Maria).

« Accouchement rose » est une sculpture-relief qui dénonce l’assignation pour les femmes à être essentiellement dans la fonction reproductive :


Niki de Saint Phalle : « Accouchement rose », 1964

Dans la déclinaison des rôles féminins auxquels l’artiste s’attaque avec violence, cette « Crucifixion« , est la plus iconoclaste. Présentée au mur tel le martyr auquel le titre fait allusion, cette femme sans bras, dont la tête est ornée de bigoudis, dénonce sans détours l’absurdité d’une condition qu’il est temps de dépasser :


 Niki de Saint Phalle : « Crucifixion », vers 1965 (autre titre : Leto)
  • Les Nanas

À partir du milieu des années 1960, Niki de Saint Phalle peuple le monde de Nanas, ces figures féminines colorées aux courbes généreuses. À une époque où les femmes sont encore largement limitées dans leurs aspirations, les Nanas, optimistes, actives, représentent un imaginaire libérateur. Monumentales, colorées, elles affirment leur présence, leur émancipation et leur pouvoir. 
Les Nanas portent des prénoms qui sont souvent ceux des proches de l’artiste… Elles s’appellent Louise, Elisabeth, Nana, Black Rosy…


Niki de Saint Phalle : « Les Nanas »

Niki de Saint Phalle : « Les Nanas »

C’est le corps de sa sœur Elisabeth enceint qu’évoque ici cette Nana aux formes généreuses qui fait écho aux rondeurs et aux coloris de la gigantesque déesse-mère de l’exposition de Stockholm, « Hon/Elle – en katedral » 1966 » (voir l’article sur l’Art d’être Curieux, de la première partie) :


Niki de Saint Phalle  « Elisabeth », 1965 
  • Le combat contre le racisme et les discriminations :

L’œuvre de Niki de Saint Phalle est par essence une œuvre de tolérance. Ayant grandi en partie aux États-Unis alors que la ségrégation raciale était encore en cours, l’artiste est très tôt sensible à la cause des Afro-Américains. 
Trouvant les personnalités noires insuffisamment reconnues, elle leur consacre en 1998 une série de sculptures.

En hommage aux héroïnes de la condition noire qu’elle a toujours défendues, Black Rosy, l’une de ses premières Nanas noires, renvoie à la militante Rosa Parks, magnifiée par sa taille, ses formes généreuses, son haut bigarré et sa jupe garnie de cœurs roses :


Niki de Saint Phalle : « Black Rosy » ou « My Heart Belongs to Rosy », 1965 (Rosy noire ou mon cœur appartient à Rosy) 

Niki de Saint Phalle, L’atelier de l’artiste –  extraits d’une interview réalisée en 1969

  • Des personnages qui dérangent

Après les Nanas épanouies et joyeuses, Niki de Saint Phalle qui ne veut pas laisser son travail se réduire à cette série très populaire, entame un ensemble d’œuvres particulièrement dérangeantes : « Les Mères dévorantes ».
Elles sont difformes, à l’image qu’elle se fait de sa propre mère, non pas sur le plan physique mais moral et psychologique. 


Niki de Saint Phalle : « La Promenade du dimanche », 1971
Dans « La Promenade du dimanche », un couple – qui pourrait être celui de ses parents – tient en laisse une araignée géante.

La femme laide et énorme semble écraser l’homme chétif, leurs regards hébétés inspirant tant le rire que l’effroi.

Niki de Saint Phalle : « L’Aveugle dans la prairie », 1974 
« Si l’homme est aveugle, c’est sans doute parce qu’il ne voit pas la vache joyeusement bariolée,
bien plus intéressante que son terne journal. »
  • Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely : une histoire d’amour et d’amitié artistique ininterrompue

En 1971, Niki de Saint Phalle réalise un livre, un « leporello », qui se présente sous la forme d’un soufflet que l’on déplie comme un accordéon. En quelque sorte, un livre qui s’anime :

  • Hommage à Jean Tinguely

À partir de 1985, la santé de Jean Tinguely se dégrade et il doit être hospitalisé à plusieurs reprises. Il décède le 30 août 1991 à Berne.
En 1992 Niki de Saint Phalle va lui rendre un vibrant hommage qui prend la forme de « Tableaux éclatés » qu’elle conçoit juste après son décès.
Les tous premiers qui préfigurent la série, plus sommaires dans leur fabrication, sont explicitement dédiés à «Jean». Ce sont de petits éléments qui tournent sur eux-mêmes.
« Les Tableaux éclatés » sont animés d’un « éclatement » des différentes parties qui s’ouvrent et se referment dans un mouvement plutôt lent, mesuré. Des capteurs photosensibles déclenchent l’éclatement du tableau.


Niki de Saint Phalle : histoires de famille :
« Elle était très blagueuse ». Bloum Cardenas et Laura Gabriela-Duke, respectivement petite-fille et fille de Niki de Saint Phalle, livrent quelques souvenirs émouvants d’une femme hors du commun.

La Fontaine Stravinsky, appelée aussi Fontaine des automates a été aménagée en 1983 devant le Centre Pompidou. Elle s’inscrit dans le programme de création de « sculptures fontaines ». Jacques Chirac, maire de l’époque, confia la création de la plus importante des douze fontaines prévues dans ce cadre à Niki de Saint-Phalle et à Jean Tinguely.
La fontaine est composée de 16 sculptures : 7 mobiles de Jean Tinguely, 6 figures en résine colorée de Niki de Saint-Phalle et 3 sculptures réalisées conjointement. Ces œuvres d’art ont été imaginées sur le thème du ballet du  Sacre du Printemps, et rendent hommage au compositeur Igor Stravinsky dont la place porte le nom.
Les sculptures évoquent, par leurs mouvements et les sons qu’elles émettent, la musique du compositeur russe. Chacune d’entre elles porte un titre qui se rapporte de près ou de loin à une œuvre de Stravinsky : La Sirène, Ragtime, Le chapeau de clown, Le Renard, Le Cœur, La Diagonale, L’Éléphant, La Vie, Le Rossignol, Le Serpent, La Mort, L’Oiseau de Feu, La Clé de Sol, L’Amour, La Spirale et La Grenouille.

En 1993, sa santé fragile amène Niki de Saint Phalle à s’installer en Californie aux Etats Unis.
Jusqu’à sa mort en 2002, elle reste en contact avec Pontus Hulten qui décède à son tour en 2006.


… Écoutons
« Gulliverte » par Anne Sylvestre
:
Anne Sylvestre.

L’EXPOSITION :
« NIKI DE SAINT PHALLE JEAN TINGUELY PONTUS HULTEN »

que nous vous avons présentée en trois parties,
se trouve au Grand Palais à Paris jusqu’au 4 janvier 2026

TRIO : UN DIRECTEUR HORS NORMES ET DEUX PLASTICIEN.NE.S

2° PARTIE :
L’EXPOSITION « TINGUELY », CENTRE POMPIDOU, PARIS, 1988-1989 

Initialement à la tête du musée d’art moderne de Stockholm, Pontus Hulten qui fut le premier directeur du Centre Georges-Pompidou de 1977 à 1981, est rappelé en 1988 comme conseiller de la présidence du Centre Pompidou. 

Il fait alors venir à Paris l’exposition rétrospective de Jean Tinguely qu’il a élaborée l’année précédente à Venise où il était directeur artistique du Palazzo Grassi.


Portrait de Jean Tinguely : « Anarchiste, anti-consumériste et roi de la récup… »
Jean Tinguely est un sculpteur suisse, né en 1925 à Fribourg et mort à Berne en 1991.

Enfant, Jean Tinguely crée, dans la forêt, au bord du ruisseau, une vingtaine de moulins hydrauliques et sonores, faits de roues de bois et de boîtes de conserves heurtées. Ces réalisations éphémères révèlent déjà son intérêt pour la construction, les matériaux pauvres, la roue, le temps, le mouvement, la vitesse et le son. 
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il fait un apprentissage de décorateur/étalagiste puis suit des cours à l’Ecole des Arts appliqués de Bâle où il découvre l’Art contemporain et en particulier l’Art abstrait, le Dadaïsme, le Bauhaus et le Constructivisme russe. C’est là qu’il rencontre en 1944 Eva Aeppli (1925-2015) qui devient sa compagne et qu’il épousera par la suite (en 1951). Jean Tinguely exerce alors son métier de décorateur/étalagiste et s’intéresse à la peinture.

Jean Tinguely Impasse Ronsin à Paris.

Jean Tinguely et Eva Aeppli s’installent à Paris fin 1952.
Alors qu’Eva réalise des poupées de tissu, Jean Tinguely continue son métier de décorateur et ses premières créations de sculptures métalliques qu’il expose à partir de 1954. 
En 1955, ils emménagent dans l’Atelier de l’impasse Ronsin.
En 1960, Jean Tinguely se sépare d’Eva Aeppli pour vivre avec Niki de Saint Phalle (1930- 2002), rencontrée en 1956 (qu’il épouse en 1971 et avec laquelle il va collaborer pendant trente ans malgré leur séparation de 1973). En octobre 1960, Jean Tinguely signe le « Manifeste des Nouveaux Réalistes » avec ses amis Yves Klein, Daniel Spoerri et le critique Pierre Restany mais également Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse et Jacques de la Villeglé.

  • Les créations des années 1945-1960 : Une grande richesse et diversité d’inventions :

Influencé par l’art d’Alexander Calder, Jean Tinguely abandonne la peinture et commence à s’intéresser au mouvement dans l’espace. 

« Le chat mobile » de Calder

Alexander Calder (1898-1976), sculpteur et peintre américain, est célèbre pour ses mobiles et ses stabiles. Il reçoit une double formation d’ingénieur et d’artiste qui stimule son extraordinaire inventivité.
« Pourquoi l’art devrait-il être statique ? En regardant une œuvre abstraite, qu’il s’agisse d’une sculpture ou d’une peinture, nous voyons un ensemble excitant de plans, de sphères, de noyaux sans aucune signification. Il est peut-être parfait mais il est toujours immobile. L’étape suivante en sculpture est le mouvement ». Alexander Calder

Jean Tinguely aurait aussi pu être impressionné par Heinrich Anton Müller (1869-1930) un artiste suisse, peintre et sculpteur, l’un des représentants importants de l’art brut qui réalise d’imposantes machines. Vigneron, il construit des machines destinées à faciliter le travail des viticulteurs. L’une de ses inventions, une machine à greffer la vigne est brevetée en 1903, mais sans la preuve qu’elle ait été réellement construite. A 37 ans, atteint de troubles mentaux Heinrich Anton Müller est interné dans une clinique psychiatrique. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie. C’est dans ce lieu qu’en 1914 il commence à s’exprimer artistiquement. Il construit des machines constituées de branches, de chiffons, de fil de fer ainsi que de grands rouages de différentes dimensions qui s’entraînent entre eux. Il ne subsiste plus que quelques photographies témoignant de ces étonnantes inventions détruites par leur créateur lui-même.

Une oeuvre de H.A Muller

Fasciné par l’assemblage des matériaux insolites et par le caractère non fonctionnel des mécanismes élaborés, Jean Tinguely réalise en 1954 des petites sculptures de fils de fer, à manivelle ou à moteur qu’il surnomme « Mes Moulins à Prières », des œuvres d’art animées sous le nom de « Méta mécaniques ».

Ces premières créations présentent des analogies formelles manifestes avec les machines mobiles de Mülller, les rouages agencés horizontalement et verticalement composent le même type d’assemblage.

J.Tinguely et le Moulin à Prières
« Le Moulin….
.. à prières »…
  • Les Méta-Matics :
    « Au moment où il crée la première de ses roues en fil de fer, Tinguely découvre une source presque inépuisable, un mécanisme dont l’objet n’est pas la précision mais l’anti-précision, une mécanique du hasard ».
    En 1959, il met au point ses machines à dessiner, les Méta-matics. À la fois sculptures, happenings et dessins. Il en réalise une vingtaine. Ce sont des sculptures animées qui se révèlent appareils à dessiner et à créer une œuvre d’art.
    Il suffit de placer une feuille de papier, d’appuyer sur un bouton pour mettre en marche le mécanisme et de laisser faire le bras dessinateur pour obtenir une sorte de dessin tachiste.
    Certaines Méta Matics sont portatives. Elles sont composées de métal et bois, fil métallique, courroies en caoutchouc, peintes en noir. De nombreuses autres sont fixes. Elles sont alors fixées sur un trépied en fer, des roues en bois, une feuille métallique façonnées, courroies en caoutchouc, tiges métalliques, le tout peint en noir avec un moteur électrique.

« Meta-Matic à dessiner » 1959
Meta-Matic à peindre
Meta-Matic 17 à peindre
  • L’art et la machine – le mouvement –  La cinétique qui a le mouvement pour principe :

« L’artiste se fait bricoleur, soudeur, mécanicien, ingénieur, sculpteur. Il utilise essentiellement des pièces recyclées en métal brut, rouillé ou peint (fil de fer, tôle, acier, fer, aluminium) et en bois. Mais aussi de toutes les matières (papier, carton, tissu, caoutchouc, plastique, verre, voire de l’eau, Fontaine, 1960) et de toutes sortes d’objets (pièces mécaniques, tuyaux, outils, boîtes, vaisselle, jouets, sculptures, vêtements, chaussures, meubles, instruments de musique, appareils électriques, éléments animaliers comme les plumes, la peau ou le cuir et plus tard le squelette) ».
Des décharges aux galeries d’art, Jean Tinguely a fait naître le mouvement dans l’art, transformant la ferraille en machines automatisées. « Il nous entraîne dans un monde chaotique où l’homme, perdu, ne maîtrise plus les objets ».

  • Le Transport
    En 1960, à son retour de New York, se tient à la Galerie des 4 Saisons à Paris, son exposition « L’art fonctionnel ». Pour transporter ses œuvres de son atelier de la rue de Poncin jusqu’à la galerie, Tinguely organise avec des amis Le Transport, autrement dit un convoi qui devient lui-même un happening :
« Gismo Parade » Paris mai 1960
Un engin à roues
Meta Matic sans date
  • Des tableaux animés et sonores :

Le Ballet des Pauvres – 1961

Ballet des Pauvres
Ballet des Pauvres
  • Les Philosophes  –  1988

« Lorsqu’il conçoit la série de Philosophes pour son exposition en 1988, Jean Tinguely pose un regard critique sur une institution qu’il admire tout en stigmatisant le pouvoir culturel qu’elle incarne, au cœur de Paris, dans un bâtiment monumental. Les philosophes qui ont inspiré Tinguely depuis sa jeunesse, ainsi que quelques amis artiste et autres personnalités, constituent les références de cette trentaine sculptures animées que comporte la série.
On peut reconnaître, sans qu’il s’agisse de véritables portraits, quelques attributs de ces penseurs, telles les plumes pour Jean-Jacques Rousseau, allusion à l’« état de nature »… »

Les philosophes

Au cours des années 1980, le thème de la mort occupe une place grandissante dans le travail du sculpteur comme dans « L’Enfer, un petit début »,une œuvre dans laquelle il pousse à l’extrême certaines de ses idées, notamment celle du mouvement.

« Enfer »
« Enfer » détails….

À partir de 1985, la santé de Jean Tinguely se dégrade et il doit être hospitalisé à plusieurs reprises. Il décède le 30 août 1991 à Berne.
« Lorsque Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely décident de se marier en 1971, ils ne forment déjà plus vraiment un couple mais sont liés indéfectiblement par l’art. Chacun se sent le plus à même de défendre les intérêts artistiques de l’autre, en cas de disparition de l’un d’entre eux. Ainsi, au décès de Tinguely, en 1991, Saint Phalle, épouse officielle, se retrouve avec la lourde responsabilité de gérer la succession de l’artiste, et de statuer sur le sort d’un musée dédié à Tinguely, dont les bases avaient été jetées du vivant de ce dernier. Il s’agit de choisir entre deux projets d’esprits diamétralement opposés. L’un est l’anti-musée conçu par Tinguely, qui avait déjà pris corps dans un gigantesque entrepôt, La Verrerie, isolé dans la campagne près de Fribourg, en Suisse, et visitable de façon restreinte.
Dans une ambiance obscure, on pouvait y découvrir ses œuvres mais aussi celles de ses amis : Niki de Saint Phalle, Eva Aeppli, Daniel Spoerri, Bernard Luginbühl… L’autre projet, plus classique, peut être initié à Bâle, grâce au soutien du collectionneur et ami Paul Sacher, avec qui Tinguely avait souvent discuté d’un possible musée dans la ville de sa jeunesse. C’est cette seconde solution que choisit Niki de Saint Phalle, à l’encontre de l’avis de la plupart de ses amis, mais avec l’appui de Pontus Hulten, qui en sera le premier directeur et réalisera la muséographie de la présentation d’ouverture, en 1996 ». Extrait du dossier de Presse.

Musée Tinguely à Bâle en Suisse

Les machines de Tinguely sont des anti-machines, plutôt que des machines. : « Mes machines ne font pas de la musique, mes machines utilisent des sons, je les laisse vivre leur vie, je les libère… L’unique chose stable, c’est le mouvement, toujours et partout » Jean Tinguely 1966.

Ici s’achève la deuxième partie de cette exceptionnelle exposition!
Très vite vous retrouverez la troisième partie consacrée à Niki de Saint Phalle
À très bientôt
🙂