LA FORTERESSE CACHE SON JEU!

Château de Tarascon.
Photo: (c) Ville de Tarascon

LE CHÂTEAU DE TARASCON

Passés les murs et les formes abrupts typiques d’une architecture médiévale, on entre dans l’univers riche et ciselé de la Renaissance…
Saisissant!
Invitée par la blogueuse de « La fille de l’Encre » (www.lafilledelencre.fr) j’ai eu le plaisir de visiter cet étonnant monument, devant lequel j’étais passée assez souvent sans ressentir l’envie d’y pénétrer, tant ses lignes austères ne m’inspiraient pas! Comme quoi, cessons de nous fier aux apparences 🙂

« Édifié dans la première moitié du XVe siècle, le château de Tarascon est l’une des plus belles forteresses de France. Bâti sur un rocher peu élevé, à l’intersection des voies terrestres et fluviales reliant la Provence au Languedoc, le château assume le rôle de sentinelle monumentale. Il contrôle, jusqu’en 1481, la frontière politique du Rhône qui coule à ses pieds. Tarascon est, tout au long du Moyen Âge, la base territoriale d’expansion et de conquête des comtes de Barcelone puis des ducs d’Anjou, devenus comtes de Provence.
René Ier (1434-1480) prend possession du château dans son état actuel.
Il n’effectue, dans cette demeure, que des aménagements décoratifs et de confort. À chacun de ses nombreux séjours, il en fait un lieu de rencontre, de fête et de prestige.
Siège du pouvoir régalien du comte, le château sert, dès le début, de lieu de détention. En 1480, un prisonnier catalan, partisan du roi d’Aragon, ennemi du roi René Ier, y est enfermé. Il grave, dans deux cachots, des graffiti exceptionnels de bateaux de guerre, de commerce, des motifs religieux et profanes. La fonction carcérale du château est accentuée entre 1642 et 1926. Tour à tour, le site est utilisé comme prison, maison d’arrêt et de correction. Les salles sont alors transformées en cachots collectifs ou individuels.
Sous la Révolution française, les partisans de Robespierre y sont exécutés en 1795.
De cette histoire, subsistent des centaines de graffiti gravés par des soldats espagnols, des marins britanniques et hollandais, témoins des guerres euro- méditerranéennes des XVIIe et XVIIIe siècles.
Ouvert à la visite à partir de 1933, le château est, depuis 2008, la propriété de la commune de Tarascon. »
Extrait de la présentation. Ville de Tarascon.

René, Roi de Sicile XV° siècle. (c) Ville de Tarascon.

ERRANCE…

Chapelle. Photo: (c) Sylvie Maugis

Une vingtaine de chambres, des salles de réception, de lecture, des innombrables escaliers en colimaçon pour monter sur la terrasse d’où vous pourrez admirer un paysage infini, puis d’autres escaliers, d’autre salles en enfilade, d’autres couloirs pour redescendre vers la cour d’honneur …
Quel plaisir de se perdre dans leur dédale! Chaque pièce vous plonge dans un pan de l’histoire du château et on imagine aisément les belles dames brodant près d’immenses cheminée, comme les prisonniers gravant leurs noms sur les murs de pierre ou le roi René dans sa bibliothèque: une expérience unique!

Bateau gravé par des prisonniers.
Photo:(c) Sylvie Maugis


Les grandes salles et les chambres sont rythmées de figures animalières et monstrueuses, caractéristiques des bestiaires du Moyen Âge. Ours, cerfs, renards, éléphants, chameaux, chevaux, griffons, tarasques, sirènes, pégases, etc. forment un vaste répertoire, qui fait écho à celui présent dans les églises romanes et gothiques, dans les maisons ou encore dans les châteaux.

Sirène. (c) Ville de Tarascon
Monstre (c) Ville de Tarascon

CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Le château, Centre d’Art René d’Anjou, présente régulièrement le travail d’ artistes contemporains en résidence.
Habituellement, je ne suis pas très « fan » de ce type de mélange, mais là, la réussite est totale!
« Mano à mano » d’Iris Marchand et Arsène Welkin s’intègre étonnamment dans ces grandes salles vides.
Lignes à l’encre de chine, formes et couleurs franches se mêlent à l’écriture, explorent et réinterprètent l’architecture, les décors du château, et ses illustres – ou moins illustres – hôtes. Elles nous interrogent sur les thèmes intemporels que sont le bestiaire, la vie de cour, le masculin-féminin, la prison, avec une acuité propre aux jeunes artistes.

Une oeuvre de l’exposition: « Mano à mano »
Photo: (c) Sylvie Maugis

En 2017, le Centre d’Art a accueilli Christian Lacroix qui a exposé quatre grands tapis inspirés des bestiaires du château. L’artiste a offert ses oeuvres au château et on peut se régaler du contraste!

Tapis de la salle des festins par Ch.Lacroix.
Photo: (c) Sylvie Maugis

Outre ces expositions temporaires, le Château et le Centre d’art René d’Anjou proposent de nombreuses animations tout au long de l’année, pour adultes et/ou enfants: www.chateau.tarascon.fr

CHAGALL LE SURRÉEL

Le poète Guillaume Apollinaire avait surnommé ainsi le peintre Marc Chagall qui, pour lui, était au-delà du surnaturel…
Et c’est bien là ce qui est troublant chez Chagall: la naïveté élaborée du trait, les couleurs franches, les multitudes de symboles, l’évanescence des situations pourraient nous éloigner de la réalité qu’il veut décrire…
Et pourtant, devant chaque tableau, on perçoit nettement le message transmis: la vie difficile dans les villages russes, l’exode, la guerre, les persécutions, l’antisémitisme…
Empruntant aux différents mouvements artistiques tels que le cubisme et le surréalisme, il restera toujours indépendant en « soignant » – en quelque sorte – l’articulation entre ses racines juives et russe et la modernité des courants artistiques qu’il va rencontrer et fréquenter à Paris.
Né en 1887 en Biélorussie, il quitte définitivement son pays à l’âge de 35 ans pour l’Allemagne, la France puis les États-Unis où il s’exile de 1941 à 1948 pour fuir le nazisme. Il reviendra en France où il vécut sur la côte d’Azur jusqu’à la fin de sa vie, en 1985.
À travers son oeuvre et son engagement politique, il exprime ses voeux les plus chers: combattre les inégalités sociales aussi bien que les différences de traitement entre les religions. Il rêve d’une société lissée et fraternelle, d’un monde de paix, à la fois idyllique et paradisiaque…
Rapidement reconnu et admiré tant par le public que par les institutionnels, Marc Chagall se verra confier le plafond de l’Opéra Garnier de Paris, l’illustration des Fables de La Fontaine et de la Bible, aussi bien que des étiquettes pour le vin « Château Mouton Rothschild », des vitraux et des mosaïques, partout dans le monde!

Plafond de l’Opéra Garnier Paris
Marc Chagall 1964
Étiquette Mouton Rothschild
Marc Chagall 1970

À NICE…

Le musée Chagall de Nice fut le premier musée construit du vivant d’un artiste (d’autres s’ensuivirent comme le musée Soulages à Rodez par exemple).

C’est toujours pour moi une émotion très forte de contempler un tableau de Chagall, depuis ce jour où, adolescente, j’ai pris conscience – en observant les traces de coups de pinceau de  » La création de l’homme «  – que le tableau que je regardais avait été peint par quelqu’un de bien réel, des années auparavant, et qui souhaitait me dire quelque chose!

« La création de l’homme » Marc Chagall 1956-1958
Photo: (c) Sylvie Maugis


À travers les grandes salles lumineuses et calmes du musée on s’envole littéralement dans son monde onirique jusqu’à l’impression de ne plus toucher terre… Et je pense au roman de Boulgakov : « Le Maître et Marguerite », que Chagall aurait pu illustrer! Même humour un peu grinçant, vision burlesque du monde, voire blasphématoire…
Je regrette juste qu’il n’y ait pas un glossaire des symboles, qui permettrait aux visiteurs de mieux s’approprier ses rêves!

Photos: (c) Kadia Rachedi
Mosaïque / Musée Chagall. Photo: (c) Kadia Rachedi

« Marc Chagall
Il dort
Il est éveillé
Tout à coup, il peint
Il prend une église et peint avec une église
Il prend une vache et peint avec une vache
Avec une sardine
Avec des têtes, des mains, des couteaux
Il peint avec un nerf de bœuf
Il peint avec toutes les sales passions d’une petite ville juive
Avec toute la sexualité exacerbée de la province russe
Pour la France
Sans sensualité
Il peint avec ses cuisses
Il a les yeux au cul
Et c’est tout à coup votre portrait
C’est toi lecteur
C’est moi
C’est lui
C’est sa fiancée
C’est l’épicier du coin
La vachère
La sage-femme
Il y a des baquets de sang
On y lave les nouveaux-nés
Des ciels de folie
Bouches de modernité
La Tour en tire-bouchon
Des mains
Le Christ
Le Christ c’est lui
Il a passé son enfance sur la croix
Il se suicide tous les jours
Tout à coup, il ne peint plus
Il était éveillé
Il dort maintenant
Il s’étrangle avec sa cravate
Chagall est étonné de vivre encore »

BLAISE CENDRARS
In Dix-neuf poèmes élastiques

« CHAGALL, LE PASSEUR DE LUMIÈRE« 

Empruntant le titre du roman de Bernard Tirtiaux:
« Le passeur de Lumière. Nivard de Chassepierre, maître verrier »,
le musée propose une exposition temporaire sur les vitraux créés par
Marc Chagall dans les années 50.

« En pleine maîtrise de ses moyens, Chagall a mis tout son talent de coloriste et de créateur d’images au service de cette technique exigeante pratiquée avec inventivité par Chagall et ses complices et amis, Charles Marq et Brigitte Simon. La touche finale, constituée des multiples rehauts de grisaille que Chagall apposait sur le vitrail pour faire vibrer la matière, nous offre toute la liberté et générosité de la main de l’artiste. En retour, le vitrail lui a permis de transcender les limites matérielles de la peinture en inscrivant les reflets changeants de la lumière comme une composante intrinsèque de l’œuvre. »
(Extrait du Dossier de Presse/Musée Marc Chagall)

Photo: (c) Kadia Rachedi

C’est passionnant de pouvoir admirer les cartons de travail, les outils des maîtres verriers, voir les documentaires et les reproductions de vitraux apposés sur les fenêtres du musée et l’étonnante salle de l’auditorium où le clavecin décoré par Chagall trône sur la scène environnée des vitraux originaux « La création du Monde »!
Mais comme pour les vitraux de Soulages à Conques, je ne peux que vous inciter à aller les voir « en vrai », au détour de vos voyages!
En France vous pouvez visiter la cathédrale de Metz, de Reims, l’abbaye de Moissac, la chapelle des Cordeliers de Sarrebourg, l’église de Le Saillant…

Vitraux…
Clavecin et vitraux « La création du monde » de l’auditorium
Photos: (c) Kadia Rachedi

– Le musée Chagall de Nice
se situe avenue du Docteur Ménard à Nice, dans le quartier Cimiez.
www.musee-chagall.fr

– Parmi les très nombreux ouvrages sur Marc Chagall,je vous recommande celui de Ingo Walther et Rainer Metzger:
« CHAGALL » aux éditions TASCHEN (10 euros.)

– Et le roman « Le passeur de Lumière » de B.Tirtiaux, sur l’apprentissage d’un jeune maître verrier à travers l’Europe et l’Orient.. Édition Folio.

Jean-Francis AUBURTIN au musée de Lodève…

Une découverte!


J’avoue sans honte aucune que je ne connaissais pas Jean-Francis Auburtin et je crois ne pas être la seule!
Cette exposition au Musée de Lodève (Hérault) va donc nous permettre de faire connaissance avec un peintre très apprécié en son temps et très mal connu du grand public…
Né à la fin du XIX° siècle, il fréquentera l’école des Beaux Arts de Paris et après un long séjour en Italie, participera à de grands programmes décoratifs d’édifices nationaux (La Sorbonne, le Palais Longchamp à Marseille, le Conseil d’État etc.)
Fasciné par les paysages marins, il va parcourir la France pour les représenter, de la Méditerranée à la Bretagne et à la Normandie.
Dans ces paysages réels, il intègre ses idéaux de beauté: nymphes, baigneuses et faunes viendront symboliser ses rêves d’une Nature pure et essentielle.

« Thalassa » J-F Auburtin
Photo: © Francois Doury


Très à la mode à l’ époque, il va s’intéresser aux estampes japonaises et, comme Monet, il en sera un grand collectionneur.
L’Art japonais va influencer sa peinture et il utilisera l’aquarelle et l’encre de Chine pour épurer les formes et réduire sa palette de couleurs afin de tendre vers une forte simplicité.

« Banyuls » JF Auburtin
Photo: © Francois Doury
« Belle-Ile -en- Mer . Goulphar » J-F Auburtin
Photo: ©Procolor Laurent Bruneau
« Sud Ouest. Pins, reflets de lac » J-F Auburtin
Photo: © Sylvie Maugis

Choix des couleurs, finesse du tracé et subtilités des détails nous entraînent dans son univers étrange et poétique…

Détail: « Madame Auburtin au bord de la mer »
Détail: « Bateaux au pied de l’Aiguille »
Photos: (c) Sylvie Maugis
« Exposition Monet/Auburtin à Giverny »
Animations jeune public


Comme toujours au musée de Lodève, l’accompagnement des jeunes visiteurs et visiteuses est soigneusement élaboré: le long de la visite par des séries de panneaux à leur hauteur, et par les nombreuses animations.
J’attire votre attention sur celles qui auront lieu pendant les vacances de Toussaint:
« Le Salagou comme au Japon »
Atelier familial pendant lequel il sera proposé au jeune public de transformer une image du lac du Salagou ( proche de Lodève) en oeuvre d’inspiration japonaise!
Renseignements: www.museedelodeve.fr

NARBO VIA… Le secret des échanges…

« NARBO VIA évoque la liaison entre Narbonne et sa romanité.
Narbo Martius (Narbonne) était la capitale de la province romaine de la Gaulle narbonnaise. Cet emplacement avait été choisi par les Romains comme carrefour naturel et stratégique, à la croisée de la Via Domitia, entre l’Espagne et le Rhône, et la voie d’Aquitaine entre Toulouse et Bordeaux.
Le mot « via » donne cette idée d’échange, de dialogue, de mélange de cultures »
Valérie Brousselle, Directrice de l’EPCC Narbo Via, pour « Connaissance des Arts » HS N° 922

Galerie Lapidaire. Narbo Via
Photo: (c) Christian Avenel

Et c’est bien d’échanges et de mélange de cultures dont il s’agit lorsqu’on visite ce lieu à la fois élégant, impressionnant et apaisant.
Les outils numériques interactifs permettent à chacun.e de s’approprier l’histoire d’une façon non seulement ludique mais presque addictive: on voudrait rester des heures sur les écrans tactiles à jouer avec les blocs sculptés de la prodigieuse galerie lapidaire, à savourer les nombreuses animations vidéo 3D dans les alcôves dédiées, à virevolter au milieu des fragments de mosaïques, de fresques… Et s’imaginer avec Bacchus au milieu des vignes environnantes!

Statue de Bacchus. Narbo Via.
Vidéo: (c) Christian Avenel

Écran tactile de la galerie lapidaire.
Photo: (c) Christian Avenel


À Narbo Via tout est mis en oeuvre pour attiser l’envie de la découverte et de l’apprentissage: une collection unique de près de 10000 pièces et des reconstitutions minutieuses réalisées par des équipes de professionnel.le.s qui se sont donné.e.s pour mission de rendre joyeusement accessibles ces pans trop souvent méconnus de notre histoire.
Et c’est une franche réussite, car on se sent étonnamment léger au milieu de tous ces vestiges monumentaux de l’époque romaine!

Projection vidéo sur les fouilles du Collège Victor Hugo de Narbonne
Photo: (c) Sylvie Maugis
Amphores. Narbo Via
Photo: (c) Christian Avenel

PODCAST:
Nous avons suivi Anne Lamalle, responsable du Pôle médiation et communication de Narbo Via, lors d’une visite pleine d’enthousiasme et d’humour du musée:

Mosaïque : « l’Ivresse de Bacchus » Photo:(c) Christian Avenel
EXPOSITION TEMPORAIRE:

« VENI,VIDI… BÂTI! »


Jusqu’au 31 décembre 2021, Narbo Via propose sa première exposition temporaire: « VENI,VIDI, BÂTI! ».
Articulée autour de six thèmes: « Concevoir », « Relier », « Bâtir », « Respirer », « Éclairer » et « Habiter » cette exposition nous permet de comprendre les défis auxquels les architectes romains ont dù faire face et qui interrogent et inspirent toujours les architectes contemporains.

Organisée en écho aux réalisations du cabinet d’architectes « Foster+Partners », l’exposition présente 70 objets issus des collections de Narbo Via ou d’autres musées, ainsi que de très belles maquettes, et
les liens faits entre les deux époques sont impressionnants !

À Gauche: Chapiteau de colonne romaine et à Droite: « l’Arbre de structure », aéroport de Londres.
Photo:(c) Sylvie Maugis
Maquette du pylône du Viaduc de Millau
Photo: (c) Fosters+Partners
Maquette du Pont du Gard
Photos: (c) Christian Avenel.

Pratico-pratique:

NARBO VIA, l’antiquité romaine en trois lieux ouverts du mardi au dimanche.

  • Amphoralis: l’ancien atelier de production d’amphores.
    Allée des potiers. 11590 Sallèles-d’Aude
  • L’Horréum: les galeries souterraines au-dessous de la ville moderne.
    7 rue Rouget de Lisle. 11100 Narbonne
  • Le Musée: le musée de l’antiquité romaine.
    2 avenue André Mècle. 11100 Narbonne
    (Stationnement: parking de l’Arena)
  • Renseignements/réservations sur narbovia.fr:
    programme des animations, conférences, concerts, ateliers etc.

PASSION DALI

Autoportrait de Dali Château de Pubol.
Photo: (c) Sylvie Maugis

Dernier épisode de ma

trilogie Dali…

Pass-sanitaire, passeport et masques en poche, je me décide enfin à franchir la frontière pour faire connaissance avec le château que Dali offrit à sa femme Gala, à Pubol, situé entre Figueres, où se trouve le musée Dali et Portlligat où le couple a vécu.

Cour du château musée de Pubol.
Photo: (c) Sylvie Maugis

« Lorsque Dalí achète le Château, en 1969, il est en fort mauvais état : plafonds effondrés, lézardes profondes et jardin à l’état de semi-jungle. Tout ceci confère à l’ensemble un air romantique que les Dalí sauront apprécier et tenteront de conserver. L’extérieur fût ainsi restauré sans que les marques  du temps soient toutefois dissimulées ou l’aspect originel de ruine altéré. Salvador Dalí met intelligemment à profit les murs et les plafonds à moitié défoncés, en créant des espaces inattendus aux dimensions très contrastées ; il conçoit la décoration intérieure à base de peintures murales, d’éléments d’architecture médiévale, de textiles baroques, d’antiquités, et de symboles romantiques… Le résultat : un lieu clos, mystérieux, privé, austère et sobre (…)  »
Extrait du site: www.salvador-dali.org


Quand Gala mourut en 1982, elle fut inhumée au château et Dalí déménagea alors de Figueres pour s’y installer.
En 1984, un incendie éclata dans sa chambre à coucher, Dali fut sauvé et retourna à Figueres, dans son théâtre-musée, y mourut en 1989 et y fut inhumé .

Tombeau de Gala. Château de Pubol
Photo:(c) Sylvie Maugis

Au château de Pubol, j’ai ressenti cette même impression qu’à Portlligat: entrer dans l’intimité d’un personnage médiatiquement extravagant et y déceler sa sensibilité d’homme « ordinaire », même si sa créativité hors normes explose à chaque détour de couloir! Mais derrière une pièce où foisonnent des dorures et des velours tapageurs, vous trouvez des petites niches de quotidien…

Salle de bains
Atelier du peintre
Chambre
Cuisine
Photos de l’intérieur: (c) Sylvie Maugis

Salvador et moi…

Depuis ma visite à Portlligat, (voir mon article) je voue une sorte de culte à « L’Angélus » de Millet, car la découverte faite par Dali sur ce tableau me l’a rendu fascinant au point que je m’amuse à collectionner des objets le représentant…

« L’Angélus »: Ramequin, pichet et tableau de ma petite collection

Quelle ne fut donc pas ma surprise et mon émotion de voir que les Dali collectionnaient aussi ces objets!

Collection d’objets « L’Angélus » Cuisine du Château de Pubol.
Photo: (c) Sylvie Maugis

Gala, Dali et Dior

Le Château-musée de Pubol propose une très jolie petite exposition sur les relations entre Gala, Dior et Dali: robes authentiques, films et photos nous racontent comment Gala comprendra vite que le style de Dior peut l’aider à briller et à se forger une image tout aussi singulière que l’est celle de son époux!

SI PERO*…

Salvador Dali, personnage extravagant, génial peintre ultra médiatisé, fut ami intime de Féderico Garcia Lorca – fusillé par les franquistes – et de Juan Bunuel…
Proche aussi de Franco et de son fiston et admirateur d’Hitler, ce qui entraînera son exclusion du mouvement surréaliste.
Cette face sombre du personnage, surnommé « Avida dollars » par ses détracteurs, nous renvoie à la brûlante question de l’homme et de l’oeuvre.
Peut-on admirer un artiste qui a des amitiés fascisantes ou des accusations avérées de viols, d’inceste, d’abus sexuel ou de harcèlement?

*Oui, mais..

LA MAGIE DE GIVERNY

Claude Monet dans son jardin de Giverny
Photo de Sacha Guitry en 1913 (c) Fondation C.Monet

Ce jour-là il tombait une douce pluie de printemps et les jardins scintillaient de perles d’eau… Cette luminosité particulière avait du charmer Claude Monet, quand il s’installa à Giverny en 1883 et déclencher sa passion du jardinage!
Le Clos Normand d’abord, puis à partir de 1890, le Jardin d’Eau, témoigneront de son engouement pour les plantes mais aussi pour leur « mise en scène » où il révélera une extrême originalité, réalisant deux jardins qui ne ressembleront à nul autre. S’entourant des conseils avisés d’un Georges Truffaut, échangeant ses expériences avec ses amis Gustave Caillebotte ou Octave Mirbeau, tous deux habiles jardiniers, fervent lecteur des catalogues des pépiniéristes, courant les expositions de plantes et les jardins botaniques, Claude Monet invente des jardins qui évoquent sa peinture, toujours en mouvement, où la lumière révèle les couleurs en vibrations continuelles.
Peu à peu abandonnés à la mort du peintre, les jardins seront restaurés à partir de 1977 avant d’être ouverts au public le 1er juin 1980.

Nénuphars du jardin d’eau . Giverny.
Photo (c) fondation C.Monet
« Nymphéas bleus »
C.Monet.Musée d’Orsay. 1916/1919

La visite commence par la grande maison qui abrita la nombreuse famille recomposée , lui même ayant eu deux fils et sa seconde épouse six enfants!
Restaurée entre 1977 et 1980, la maison restitue méticuleusement l’ambiance du lieu de vie que s’était aménagé le peintre…
Les tableaux et les nombreuses estampes japonaises – passion de Monet – sont, bien entendu, des copies et je n’ai pas réussi à savoir où étaient tenus les originaux 🙂
La salle à manger et la cuisine sont assez incroyables: jaunes et bleus pétants, figés comme un décor, où les ravissants bouquets de fleurs imaginés par l’équipe de jardiniers et renouvelés au fil des saisons, soufflent un peu de vie.

Détail de la cuisine Photo: (c) Kadia Rachedi.
Salon. Photo (c) Kadia Rachedi

Descendons au jardin…

Vers le jardin… Photo: (c) Kadia Rachedi

Quel serait le sentiment de Claude Monet s’il découvrait, aujourd’hui, ses jardins ? Peut-être aurait-il la sensation qu’ils n’ont cessé de l’attendre tels qu’il les avait laissés. Il verrait une dizaine de jardiniers s’activer aux mêmes tâches que ceux de son époque, et puis, selon les saisons il retrouverait ses chères plantes associées en fonction de leurs coloris, il irait jusqu’à son jardin d’eau, franchirait le pont japonais et revivrait, sans doute, l’émotion procurée par les mêmes jeux de lumière qui l’avaient tant fasciné.
Au fil des saisons les couleurs s’épanouissent, se répondent dans ce jardin lumineux et si reposant que l’on aimerait s’y laisser enfermer pour le regarder s’endormir et s’éveiller dans la rosée!

le Jardin, la maison et les serres
Photos: (c) Kadia Rachedi
Jardin d’eau . Photo: (c) Kadia Rachedi
et (c) Fondation C.Monet

Photo: (c) Fondation C.Monet
Photo (c) Kadia Rachedi
QUI MIEUX QUE LES JARDINIERS POURRAIENT VOUS PARLER DES JARDINS DE CLAUDE MONET?
Remi LECOUTRE Chef jardinier adjoint
Photo (c) Kadia Rachedi

DIALOGUE AFRICAIN À L’ABBAYE DE FONFROIDE

OUSMANE SOW et FREDDY TSIMBA,

PORTEURS DE VIES

Dans le cadre imposant de l’Abbaye de Fonfroide, près de Narbonne dans l’Aude, vous pourrez admirer jusqu’au mois d’octobre 2021, une exposition particulièrement saisissante en hommage à Ousmane Sow: trois de ses oeuvres – dont deux inédites – auxquelles répond une grande oeuvre de Freddy Tsimba.
Dans l’église de l’Abbaye, les visiteurs pourront admirer le Nouba qui se maquille, Saint Jean-Baptiste et une œuvre en bronze : La mère et l’enfant.
Le côté apaisant et calme de ce pur joyau architectural permet réellement d’apprécier ces oeuvres d’Ousmane Sow et la grande cour carrée de l’Abbaye accueille judicieusement la sculpture écho de Freddy Tsimba entièrement réalisée avec des pièges à souris ouverts!

« La mère et l’enfant » et « Le Nouba qui se maquille » Ousmane Sow.
Photo:(c) Sylvie Maugis
« Le Nouba qui se maquille » Détails.
« La mère et l’enfant »
Photos: (c) Sylvie Maugis
Photos: (c) Sylvie Maugis
« St Jean Baptiste » Ousmane Sow.
Photo: (c) Sylvie Maugis
Feddy Tsimba à Fonfroide

Freddy Tsimba, artiste Congolais né en 1967, fut accueilli en résidence à l’Abbaye de Fonfroide en Septembre 2020 et y réalisa une œuvre en écho à un ensemble de sculptures d’Ousmane Sow.
« Ma vraie école, même si j’ai fait les Beaux-Arts de Kinshasa, c’est la rue où je me fournis en abondance. Mes maîtres ont été les forgerons auprès desquels pendant 5 ans j’ai appris la technique du feu et de la soudure.
Ma force me vient de mes œuvres. Je ne suis pas là pour séduire, je suis là pour témoigner.
Pour réaliser mes sculptures, je risque ma peau et elle n’a pas de prix. J’ai récupéré dix mille cartouches dans des zones difficiles pour réaliser mes sculptures mais combien en reste-t-il ? Des tonnes ! Et elles sont porteuses de l’histoire tragique de mon pays. Mon but n’est pas de faire un travail pour plaire à un groupe de gens qui ont de l’argent ! Ce serait me trahir. Est-ce que réellement l’artiste doit plaire ? S’il plait tant mieux mais s’il ne plaît pas et qu’il est dans le vrai, tant mieux aussi ! »

L’exposition est organisée dans le cadre d’IN SITU Patrimoine et Art Contemporain en Occitanie, portée par l’association Le Passe Muraille.

Sculpture hommage à Ousmane Sow
de Freddy Tsimba.
Photo: (c) Sylvie Maugis

Écoutez voir!

Quelques mots

sur cette abbaye…

L’abbaye de Fonfroide. Le cloître
Photo: (c) Sylvie Maugis

L’abbaye de Fontfroide est fondée en 1093, au cœur des Corbières.
En 1145, la communauté rejoint l’ordre de Cîteaux et ne cesse de se développer jusqu’au XIVème siècle. Au cours de cette période, devenant l’une des abbayes les plus puissantes en Europe, elle joue un rôle crucial lors de la Croisade contre les Albigeois. Un lent déclin s’installe ensuite. Après le dernier départ des moines en 1901, Gustave et Madeleine Fayet
rachètent Fontfroide aux enchères en 1908.
Des artistes, appelés les « fontfroidiens », participent alors à la renaissance et à l’art de Fontfroide, parmi eux Odilon Redon, Richard Burgsthal et de nombreux amis de Pablo Picasso dont Déodat de Séverac, Ricardo Viñes, Aristide Maillol, Manolo Hugue… Créant en ce lieu une forme de “Villa Medicis” particulière. L’abbaye de Fontfroide est empreinte en ses murs de riches témoignages de ces résidences, dont le monumental triptyque d’Odilon Redon “le Jour, la Nuit et le Silence” ( malheureusement non visible du public!) ainsi que les vitraux de Richard Burgsthal.

Vitrail de Richard Burgsthal.
Photo: (c) Sylvie Maugis

Avant de quitter ces lieux magiques, il faut s’arrêter dans la « Chapelle des Morts » pour faire connaissance avec l’artiste coréen Kim En Jong, qui réalisa en 2009 les vitraux et le tableau qui ornent cette chapelle.

Vitrail de Kim En Jong
Photo:(c) Sylvie Maugis
Tableau de Kim En Jong
Photo:(c) Sylvie Maugis
ABBAYE DE FONFROIDE
ROUTE DÉPARTEMENTALE 613
11000 NARBONNE

www.fonfroide.com

IMPRESSIONS D’AUVERS…

Exposition « Vision impressionniste » au Château d’Auvers-sur-Oise. Photo: (c) Kadia RACHEDI

À Auvers-sur-Oise, on vit Van Gogh, on respire Van Gogh, on pense Van Gogh…
Chaque lieu qui fut fréquenté par le peintre, pendant les 60 jours où il y vécut avant d’y mourir, est soigneusement « ripoliné »: comme au cimetière où le mur semble neuf et où la pierre tombale de Vincent est nettoyée, (mais pas celle de Théo son frère!) ou dans sa chambre où la chaise en bois est disposée « comme dans un tableau » …

Tombes de Vincent et Théo Van Gogh
Cimetière d’Auvers-sur-Oise
Photo: (c) Sylvie Maugis
« La chaise et la pipe »
Van Gogh à Arles.
Chambre de Van Gogh à Auvers s/Oise

… On en oublierait presque les autres peintres qui y séjournèrent comme Daubigny ou Pissaro…
… Et on en oublierait aussi de regarder la ville: quel visiteur entre dans l’église, plutôt que juste la regarder de l’extérieur pour y trouver les similitudes avec l’oeuvre du peintre?
Construite au XI° siècle, elle allie art roman tardif et art gothique et mérite vraiment de s’y attarder, et mériterait aussi une petite rénovation !

Intérieur de l’église N-D de l’Assomption à Auvers-sur-Oise.
Photo:(c) Sylvie Maugis

Un grand nombre de sites et blogs de voyage vous permettront de tracer votre promenade à Auvers-sur-Oise, pour un jour ou plusieurs, soit sur « les pas de Vincent  » ou bien vers des endroits plus secrets comme les vestiges médiévaux, les bords de l’Oise ou les galeries contemporaines.

LE CHÂTEAU D’AUVERS

Façade du Château d’Auvers. Photo: (c) Kadia RACHEDI

Pour ma part je voudrais vous emmener au Château d’Auvers.
Depuis sa rénovation en 2017, le Château d’Auvers propose une installation audiovisuelle dynamique:

« Vision impressionniste, naissance et descendances »

Ce parcours est une approche pédagogique très réussie des périodes impressionnistes, pré et post-impressionnistes grâce à des projections animées autour des tableaux « repères » de ces moments de l’histoire de l’Art.
Des extraits de correspondances des peintres et de leurs proches, lus par Jacques Gamblin, ponctuent la visite et nous font partager leurs recherches, leurs questionnements et leurs réflexions sur la création.
On y apprendra que le photographe Nadar aurait dit devant un tableau:
« je suis impressionné! » et que cette exclamation a donné naissance au mot « impressionniste ».
Durant la déambulation à travers une dizaine de salles, le public se familiarisera avec l’évolution d’un courant artistique essentiel pour l’émergence de l’Art contemporain et ses influences sur les mouvements artistiques postérieurs tels que le pré-cubisme, le fauvisme, ou encore l’abstraction.
Les aménagements et la scénographie conçus par OMEO — Ysabel Sequeira intègrent des technologies sons et lumières innovantes.

Ces expositions ludiques sont importantes car elles permettent à un public « non initié » de faire connaissance avec l’Histoire de l’Art et peut-être aiguiser sa curiosité pour aller vers d’autres propositions culturelles…

« Tout ce qui travaille à la Culture travaille aussi contre la guerre »
Sigmund Freud

Photos de « Vision Impressionniste »:
(c) KADIA RACHEDI et SYLVIE MAUGIS

PODCAST

Delphine TRAVERS
Directrice du Château d’Auvers
Photo: (c) Sylvie Maugis

Passionnée et pétillante, Delphine Travers, Directrice du Château d’Auvers, a bien voulu répondre aux questions du Curieux:

Le Nymphée. Château d’Auvers. Photo: (c) Kadia Rachedi

Le Château d’Auvers recèle d’autres trésors comme les somptueux jardins et ce « Nymphée » de pierres et de coquillages.
Dans l’antiquité grecque, le nymphée est un bassin recueillant l’eau d’une source sacrée et par extension le temple destiné à la protéger et à recevoir des offrandes. Ces lieux de culte étaient consacrés aux nymphes, divinités féminines de la nature, qui peuplaient les forêts, les montagnes, les sources et auxquelles on attribuait un pouvoir fertilisant et nourricier.
Au XVIe siècle, en Italie, puis en France, la Renaissance redécouvre l’Antiquité. Parcs et jardins s’ornent de grottes artificielles et de salles fraîches décorées de statues et animées par des jeux d’eau. Cette tradition perdurera jusqu’au XVIIIe siècle.

Sur le site du château vous retrouverez toutes les propositions culturelles de cet été: ateliers de pratiques artistiques, animations enfants, concerts, expositions, rencontres…
www.chateau-auvers.fr

La minute cinéphile du Curieux…

Nous ne quitterons pas Auvers-sur-Oise sans rendre hommage à Kirk Douglas, interprète majestueux du film de Vincente Minelli: « Lust for life »
(« Envie de vivre ») sorti en France en 1956 sous le titre:
« La vie passionnée de Vincent Van Gogh ».
Le film fut intégralement tourné à Auvers en 1955 avec la participation des habitants / figurants et reste un souvenir vivace dans le coeur des auversois, tant la gentillesse de l’acteur a charmé le village! Et Kirk Douglas, peu avant sa disparition, avait d’ailleurs tenu à revenir à Auvers…

Kirk Douglas en 1955, devant la tombe des frères Van Gogh à Auvers.

Anthony Quinn (Gauguin) et Kirk Douglas (Van Gogh) dans une scène de
« La vie passionnée de Vincent Van Gogh »

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« Nous vous aimons MADAME »


SIMONE VEIL 1927-2017

J’avais tout juste 19 ans.
Une adolescence protégée et la connaissance des réseaux militants m’avaient permis de prendre la pillule contraceptive sans autorisation parentale.
J’avais ainsi pu échapper au périple angoissant de l’avortement clandestin en Angleterre, et participé aux caisses de soutien financier pour permettre aux copines de refuser une grossesse trop précoce et non désirée…
… Et j’entends encore résonner cette voix tendue et pourtant claire et décidée, qui s’adresse à l’Assemblée Nationale à majorité masculine:

Simone Veil, Ministre de la Santé. Novembre 1974. Assemblée Nationale


Tour à tour enthousiastes ou écoeuré.e.s ils et elles finissent par voter la loi sur l’autorisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG).
Simone Veil recevra des milliers de lettres d’injures, certaines la comparant aux « kapos nazis »
À elle qui avait été déportée dans les camps de la mort et y avait perdu père, mère et frère…
« Je ne mesurais pas la haine terrible que j’allais susciter » avait-elle dit.

L’exposition « Nous vous aimons, MADAME. Simone Veil 1927-2017 » retrace la vie de Simone Veil, son enfance, la déportation, puis ses études de magistrate, ses nominations et ses prises de position politiques et idéologiques.
Tour à tour émue, admirative puis interrogative face à ce parcours, j’ai été happée par cette lumineuse exposition richement documentée, et j’étais heureuse d’y avoir cotoyé un public jeune et mixte, visiblement passionné!

Exposition à l’Hôtel de Ville de Paris, jusqu’au 21 août 2021
Entrée libre sur inscription : https://quefaire.paris.fr/simoneveil
À NE MANQUER SOUS AUCUN PRÉTEXTE!

Art aborigène contemporain


au Musée Paul Valéry à Sète.

C’est toujours avec une réelle jubilation que je vais voir une exposition au musée Paul Valéry à Sète ( Hérault).
Ce musée est lumineux et les oeuvres exposées, quelles qu’elles soient, y pétillent!

Cet été, c’est une exposition très intrigante que vous allez pouvoir admirer: la collection d’art contemporain aborigène de Pierre Montagne.
70 oeuvres de 63 artistes sont accrochées au premier étage, ponctuées de panneaux informatifs clairs et très réussis.
Une importance particulière est accordée à un mouvement apparu dans les années 70, dans la communauté aborigène de Papunya, en Australie.

Une salle de l’exposition « Art aborigène ». Photo: (c) Sylvie Maugis
Panneau explicatif sur les symboles utilisés par les artistes aborigènes. Photo: (c) Sylvie Maugis

Mes nombreux séjours au Canada m’ont permis de voir quelques belles expositions d’art contemporain aborigène au Musée des Beaux-Arts d’Ottawa… Mais j’avoue mal connaître ces mouvements artistiques!
L’Art Aborigène est très mal connu également dans tout le sud de l’Europe, ce qui a présidé au choix du Musée de le faire connaître à travers cette exposition.

Qui sont les Aborigènes d’Australie ?

« Premiers hommes à avoir occupé le sol australien, les Aborigènes sont les autochtones de l’île-continent depuis au moins 40.000 ans.
Durant des millénaires, ces multiples tribus semi-nomades ont développé en autarcie une culture qui leur est propre, jusqu’au débarquement des colons occidentaux à la fin du XVIIIe siècle.
« A l’arrivée des colons anglais, les Aborigènes (…) se déplaçaient au sein de larges territoires, explique la spécialiste de l’Australie Maïa Ponsonnet1. Ils vivaient de chasse, de cueillette et de pêche en groupe d’une à quelques dizaines de familles. La fréquence de leurs déplacements et leur ampleur variaient selon les régions, car elles dépendaient largement des ressources en eau et en nourriture. »
Selon un recensement en 2011, il y aurait 670.000 indigènes en Australie, ce qui représenterait 3% de la population.

La culture aborigène
La tradition aborigène s’appuie sur une spiritualité liée à la terre, au paysage, la renvoyant à l’aube de la création du monde.
Beaucoup de groupes aborigènes estiment qu’au temps des origines la Terre a été le théâtre d’événements cosmologiques au cours desquels les ancêtres ont créé des paysages, les hommes, les divisions claniques, les rituels et la gestion foncière.
Selon les croyances des Aborigènes, rochers, collines, lacs portent l’empreinte laissée par les esprits créateurs. L’histoire de chaque ancêtre créateur s’inscrit dans un itinéraire géographique qui peut en croiser d’autres.
On traduit généralement cette philosophie religieuse par le « Temps du rêve ». Les cérémonies rituelles des aborigènes, chants, danses et peintures corporelles, maintiennent le lien entre le monde des vivants et celui des ancêtres : il s’agit de perpétuer les épisodes créateurs et les transmettre aux jeunes adultes.
Parmi les traits marquants de la culture aborigène, la peinture a une place importante qu’elle soit rupestre, sur sol, sur bois ou, plus récemment, sur tissus »
Extraits du site « terra australia » https://www.youtube.com/embed/VgfBmX5jbgc?feature=oembed

L’art aborigène contemporain porte une attention particulière à l’attachement au territoire, à sa lecture, à la préservation discrète des signes sacrés, camouflés derrière des points ou des pigments. Il a progressivement cédé la place à des œuvres innovantes. La grammaire picturale classique des rêves et représentations a progressivement offert de nouveaux terrains d’exploration et de créativité aux artistes grâce aux nouveaux supports (toile de lin, verre, bronze…) et matériaux (aquarelle, acrylique, film PVC pour protéger les pigments naturels des écorces peintes). L’époque contemporaine a favorisé la naissance d’individualité chez les artistes aborigènes. De nouveaux styles bien identifiables sont apparus. Contrairement au passé, à la lecture d’une toile il devient évident que celle-ci est l’œuvre de tel.le artiste ou de tel.le autre. Le marché de l’art mise sur ces individualités et invite les peintres à signer leurs créations.
Si l’art aborigène a permis de récupérer des terres hier, il s’avère aujourd’hui bien souvent comme un des seuls vecteurs naturels permettant aux jeunes générations de trouver une place dans la société. L’art fut hier un manifeste politique pour la reconnaissance des aborigènes, il devient presque aujourd’hui un passeport économique.

Dans l’exposition du Musée Paul Valéry, plusieurs communautés sont représentées: Terre d’Arnhem, regroupant 700 artistes, Désert central et occidental où nacquit l’art contemporain aborigène, l’Australie méridionale-Apy et l’Australie occidentale et Sud.

Katleen Petyarre 2015
Willy Muntjantji
Maringka Bake 2013
Edward Blitner 2015

J’ai noté que la majorité des oeuvres présentées ont été réalisées par des femmes. Interrogée à ce sujet, Maïthé Vallès-Bled, Directrice du musée Paul Valéry et Conservateur en chef du Patrimoine, m’a expliqué que, chez les aborigènes, il n’existait pas de discrimination « sexiste » quant à l’accès à l’art, que ce soit au niveau de la création qu’au niveau de la diffusion.

Si vos déplacements de l’été vous mènent dans l’Hérault, ne manquez sous aucun prétexte cette très belle exposition, jusqu’au 26 septembre!

Au rez de chaussée du Musée, vous pourrez également voir :
 » Retour au Musée avec Topolino », sympathique initiative d’un artiste sétois!

« Retour au musée de Topolino »
«